Lettre Culture

Lettre d'information du réseau culture

Edito

. (02/03/2015)

Soyez le premier à rédiger un commentaire !

Depuis un certain temps, depuis en fait que je suis les questions qui touchent à l'éducation artistique et culturelle, je me posais et je posais la question de la relation du projet éducatif de territoire (PEDT) et de la nouvelle politique d'éducation artistique et culturelle. Cette curiosité s'est accentuée ces dernières semaines alors que la ministre de l'éducation nationale faisait deux annonces sur ces questions : la première sur les PEDT, conjointement avec le ministre de la ville aux Mureaux le 3 février 2015, la deuxième avec la ministre de la culture, deux jours avant, sur éducation artistique et culturelle aux médias et à l'information à Malakoff.

Je me mets à la place d'un nouvel élu ou d'un nouveau maire d'une commune de France quelle qu'elle soit. Je regarde autour de moi les possibilités qui s'offrent à moi en matière d'enfance et de jeunesse, à l'école et dans le temps périscolaire : PEDT, CLÉA, PEL, CEL, TAP, NAP, ALAE, EAC, GAP, Parcours, projet d'école, fonds d'amorçage, etc... Les acronymes et les mots valises remplissent les textes officiels et posent autant de problèmes et de questions à ceux qui les écrivent qu'à ceux qui les lisent...Qu'est-ce qu'un parcours ? Que peut-on qualifier d'éducation artistique et culturelle ? Quelle est la différence entre une TAP et une NAP ? Un CLÉA (Contrat Local d'éducation artistique) peut-il s'intégrer dans un PEDT? La simplification républicaine n'a pas l'heur de concerner ces questions et ce sont les experts qui arrivent avec pas mal de circonvolutions à se retrouver dans ce dédale. Mon nouvel élu n'a plus qu'à, soit baisser les bras, soit faire confiance à ces experts, soit se plonger dans ce labyrinthe et y tirer le bon fil d'Ariane.

Que nous disent ces deux annonces pour nous éclairer ?


Un PEDT pour la ministre de l'éducation nationale propose « à chaque enfant un parcours éducatif cohérent et de qualité avant, pendant et après l'école, organisant ainsi la complémentarité des temps éducatifs et des interventions auprès des enfants ». Il y aurait 9000 communes qui seraient concernées aujourd'hui par un PEDT sur 23 700 communes qui accueillent au moins une école publique. L'objectif serait d'arriver à 100 % de communes signataires dans le courant de l'année. Ce document, qui n'est pas obligatoire, est fortement recommandé car il sera nécessaire pour accéder au fonds de soutien à l'organisation des activités périscolaires.

En lisant les différents documents qui concernent les PEDT : mettre en place un PEDT et les quatre étapes clés pour construire un PEDT, Les réponses à vos questions, on se rend compte que le PEDT concerne avant tout l'organisation des temps périscolaires de l'enfant sans aborder véritablement la question des contenus qui restent à l'appréciation des collectivités locales selon leurs volontés politiques et leurs moyens. Il insiste tout de même sur le projet pédagogique « sous-tendu » des « mono activités sportives, artistiques, culturelles... ». Il indique aussi que le PEDT « peut prendre en compte les dispositifs de contractualisation existants dans le domaine culturel (contrat local d'éducation artistique - CLEA, projet territorial d'éducation artistique - PTEA, contrat territoire lecture - CTL) etc. »

La question des contenus, pour ce qui concerne l'éducation artistique et culturelle, est donc abordée dans la nouvelle feuille de route présentée le 11 février à Malakoff. Il y est indiqué que le parcours d'éducation artistique et culturelle « concerne chacun des temps de la vie des enfants et des jeunes - temps scolaire, périscolaire et extrascolaire ». Son référentiel sera adopté au printemps prochain. 30 % des crédits seront consacrés aux actions développées dans les quartiers « politique de la ville ».
Les annonces en matière d'éducation artistique et culturelle de ce jour là comprennent :
- Une offre de formation croisée entre les acteurs culturels, les enseignants, les acteurs de l'éducation populaire.
- Le renforcement et le développement des PREAC (pôles régionaux d'éducation artistique et culturelle) ;
- Le développement du chant à l'école avec une opération « école en ch½ur » ;
- Un chantier prioritaire de maîtrise de la langue française en lien avec le réseau des bibliothèques et médiathèques ;
- Un renforcement du dispositif « passeur de culture » dans les musées ;
- Une journée nationale des arts et de la culture à l'école.

J'ai à chaque fois le même sentiment quand je décris ces politiques. Tous les ingrédients semblent y être mais il me semble qu'il manque quelque chose, un liant, un lien, un souffle, quelque chose qui ferait décoller ce grand projet politique. Certains me diront qu'un peu plus de dynamique interministérielle serait encore mieux. D'autres m'expliqueront que c'est avant tout une question de moyens et de volonté politique locale et nationale. Oui, il faut un peu plus de tout cela, mais il faut autre chose encore. Cet autre chose tient plus aux valeurs et au sens que doit porter la République dans ces politiques, quelque chose qui sortirait du faire de l'EAC pour aller vers être EAC.

Quelque chose comme ça : « Les arts sont encore plus indispensables aux hommes et aux femmes que ce qu'il y a de meilleur dans la science et la technologie. [...] Nous sommes un animal dont le souffle de vie est celui des rêves parlés, peints, sculptés et chantés. Il n'y a ni ne saurait y avoir de communauté sur terre, si rudimentaires que soient ses moyens matériels, sans musique, sans quelque forme d'art graphique, sans ces récits de remémoration imaginaire que nous appelons mythe et poésie. » George STEINER, Grammaires de la création, 2001 dans « Les neufs essentiels pour l'éducation artistique et culturelle » de nos amis belges de Culture et Démocratie à lire ...

Lettre d'information du réseau culture
Extrait de Lettre d'information du réseau culture - N° 434 (02/03/2015)
Téléchargez le N° 434 - Archives - Vous abonner