Lettre Culture

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Edito

La médiation culturelle dans les mailles du tissu social. (07/12/2009)

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D'une semaine à l'autre, j'ai été amené à réfléchir à la médiation culturelle, d'abord avec les voisins valdotains,  puis avec les cousins québécois, dans le cadre d'un colloque organisé par l'association Médiation Culturelle dans le cadre des Entretiens Jacques Cartier. Nous parlons, ensemble, une belle langue commune  à laquelle valdotains et québécois  tiennent plus que tout (et souvent plus que nous ), c'est pourquoi nous pensons donc nous comprendre sans traduction. C'est sans compter sur le fait que  les contextes sont différents et que nous ne mettons pas toujours les mêmes choses sous les mêmes mots.

Il n'y a pas de modèle générique de « la » médiation, il y a des médiations qui vont être différentes selon qu'elles sont mises en œuvre sur tel ou tel territoire (où les enjeux vont être différents), ou selon le champ culturel qui est concerné  : faire de la médiation cinématographique en milieu scolaire, ce n'est pas  pareil que de faire de la médiation dans un musée de sciences et techniques (vulgarisation scientifique) ou encore dans un musée d'art contemporain (où la production d'un texte peut entrer en conflit avec l'œuvre d'art).

Longtemps on a pensé la médiation « au bout de la chaine »,  après la conservation des collections, la création artistique et la diffusion ; les services des publics étaient  trop mal positionnés dans les organigrammes des institutions culturelles pour pouvoir être écoutés.


Alors que le monde est en train de changer, que les enquêtes sur les pratiques culturelles  démontrent que nos systèmes sont quelque peu en panne, « la culture est encore à conquérir », a soutenu Georges Képénékian, Adjoint à la culture et au patrimoine de la Ville de Lyon. Par ailleurs on ne peut comprendre les changements actuels si on se contente de ce qui se passe au niveau local : il faut penser global et donc « aller voir ailleurs » avant d'agir local (Marie-Christine Bordeaux).

On a donc parlé de démarches participatives et des droits culturels pour construire une culture commune (Jean-Michel Lucas), de la reconnaissance des cultures minoritaires, des pratiques amateurs et d'éducation artistique (le rôle de la famille et de l'école restent la base de la médiation culturelle, et l'on ne se remettra jamais vraiment de la division originelle entre les ministères de l'éducation et de la culture) ; mais il a aussi  été question  de passion, de militantisme culturel, de conquête « homme après homme ». Il faut réussir à accepter « où en sont les gens », leur (re)donner la parole, les écouter... ce qui n'empêche pas de leur faire découvrir des formes artistiques (et  sans chercher à faire a minima). Cela prend du temps, et c'est un luxe aujourd'hui, le temps culturel...

La médiation culturelle, c'est pour les uns une question de « posture » par rapport aux personnes avec lesquelles on entre en interaction, une démarche basée sur la qualité de la relation (Cécilia de Varine, présidente de l'association  Médiation culturelle).  Pour d'autres cela passe par des projets auxquels sont associées des valeurs (l'intérêt général par exemple), qui doivent faire l'objet d'évaluation (Yves Jeanneret, professeur à l'Université d'Avignon). L e métier de médiateur est un métier à tisser (!), c'est un passeur, un « artisan de la complexité » (Marie-Christine Bordeaux). J'ai bien aimé cette citation de Robert Bresson qui a été rappelée : « Créer n'est pas déformer ou inventer des personnes et des choses, c'est nouer entre des personnes et des choses qui existent, et telles qu'elles existent, des rapports nouveaux ».

Le chorégraphe François Veyrunes voit cette médiation dans le partage, qui donne du sens à la dimension artistique de sa danse quand il la pratique par exemple dans des chambres d'hôpital devant des malades (avec tout un travail d'explication en amont avec la direction, les infirmières... certaines trouvant que l'hôpital trouve plus facilement de l'argent pour la culture que pour payer leurs heures sup...). Cela a-t-il du sens, lui a-t-on demandé, qu'un corps en bonne santé rencontre un corps malade ? Oui si la démarche se veut juste, dans le respect de la personne que l'on ne cherche pas à agresser, soutient l'artiste.

L'un des grands mérites des organisateurs de ce colloque est d'avoir osé organiser une table ronde intitulée « Eloge de l'échec » ! C'est si rare dans un colloque que l'on nous parle de la valorisation de l'échec en ce qu'il peut nous apprendre...  Qui dit expérimentation,  innovation et prise de risque dit aussi évaluation (qualitative, au moins autant que quantitative). Il faut savoir tirer parti des difficultés ou des dérives pour s'ajuster et pour rebondir, en cas d'échec, sur de nouvelles perspectives (mais il n'est pas interdit de chercher à mettre en place en amont des méthodes qui intègrent l'échec et en limite les conséquences !).

On a aussi parlé de  « choses qui fâchent » : de la communication qui tue parfois la médiation ; du marketing culturel et de la recherche de l'audience à tout crin quand ne compte plus que la rentabilité économique ; du  « marché » qui peut nous prendre en étau.

Question : Comment défendre une offre culturelle de qualité en relégitimant nos politiques publiques, tout en sachant davantage que par le passé (la demande ne suivant pas l'offre)  prendre en compte la participation culturelle de tous les citoyens et les loisirs culturels en amateur ?

Nous sommes finalement autant menacés par la question culturelle que par le réchauffement climatique. C'est donc « juste » à un combat de civilisation que nous a appelé ce colloque, bien au-delà d'une impossible définition de la médiation culturelle ou d'une cristallisation sur les spécificités des médiateurs culturels...

François Deschamps

Lettre d'information du réseau culture
Extrait de Lettre d'information du réseau culture - N° 234 (09/12/2009)
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