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Edito

Recruter utile, ou miser sur l'intelligence ?. (10/12/2008)

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« La part de la culture générale dans les concours de la Fonction publique devrait diminuer pour mettre fin à des questions parfois trop académiques et ridiculement difficiles", a déclaré le secrétaire d'Etat à la Fonction publique André Santini, dans une interview au Figaro le 1er décembre. Et d'ajouter, avec le sens de la nuance qu'on lui connaît : « Nous avons atteint les limites d'un élitisme stérile ».

S'il existe un certain nombre d'insatisfactions chez les candidats malchanceux aux concours de la fonction publique, c'est d'abord, rappelons-le, parce qu'il y a davantage de candidats que de postes, et que les jurys gagneraient parfois à être mieux constitués. Mais aussi que la France, contrairement à l'Allemagne, permet à des surdiplômés de passer par exemple des concours de catégorie C en prenant la place de postulants au bon niveau.


Le concours (l'écrit plus l'oral) reste le moins mauvais système de recrutement qu'on ait inventé (quand les corps d'emploi et options sont suffisamment variés) pour éviter la loterie ou le clientélisme, en général favorable à ces fameuses élites qu'il est devenu de bon ton de critiquer.

Que les épreuves des concours ne soient pas adaptées suffisamment à la vie professionnelle, c'est possible. Il convient sans doute d'adapter les épreuves de culture générale en fonction des différents niveaux de concours (catégories A, B et C) c'est-à-dire de ne pas mettre la barre trop haut, de les actualiser régulièrement, et d'abandonner une fois pour toutes les questions-pièges qui ne servent qu'à déstabiliser les candidats.

Pour autant, il n'est pas honnête de jeter le bébé avec l'eau du bain à partir de deux exemples, en brocardant la culture générale sous prétexte de « bon sens » et d'égalitarisme mal compris.

Sélectionner uniquement sur des compétences et des savoirs-faire techniques (qui peuvent parfois s'acquérir rapidement en formation professionnelle), en voulant ignorer la question des connaissances générales, c'est niveler par le bas, et c'est donc le type même de la fausse « bonne idée ». C'est comme si l'on supprimait les maths sous prétexte que finalement on n'en a pas l'utilité dans nombre d'emplois...

Personne ne peut nier qu'avoir une bonne culture générale de base (ce qui reste quand on a tout oublié) est source d'intelligence, de curiosité, d'ouverture et de sensibilité au monde qui nous entoure ; et que celle-ci apporte un bon esprit critique et de synthèse, permet l'adaptation à de nombreuses situations (avoir une vue d'ensemble d'un problème et trouver des solutions originales), et qu'elle favorise même, ensuite, l'apprentissage de savoirs-faire (l'informatique, la compréhension des textes juridiques, etc.).

A travers une épreuve de culture générale (si elle ne se résume pas à un QCM), le candidat à un concours peut démontrer ses capacités à argumenter, à conceptualiser, à construire son propos, à exprimer des sentiments : ne s'agit-il pas d'éléments indispensables quand on exerce une mission de service public ?

A l'heure où des menaces (suppression de postes, suppression des RASED...) pèsent sur le système éducatif dont le rôle consiste à enrichir le langage, à transmettre un héritage commun, bref à faire progresser le niveau général de tous, la position du secrétaire d'Etat sur les concours peut laisser à penser qu'avoir un certain niveau de culture générale est discriminant...mais l'orthographe, la conjugaison et la grammaire aussi, à ce compte-là !

Souhaite-t-on une fonction publique d'analphabètes, d'ignorants, de petits soldats ? Ou au contraire revendique-t-on pour eux aussi le droit à la culture, indispensable pour produire de l'homme, c'est-à-dire un individu hautement complexe dans une société hautement complexe (Edgar Morin) ?

François Deschamps

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Extrait de Lettre d'information du réseau culture - N° 186 (10/12/2008)
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