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"MERDE À VAUBAN !"

Article du numéro 467 - 01 juillet 2013

Repères

On se souvient de la superbe complainte du bagnard composée par
Léo Ferré et de la chute vigoureuse de chacun de ses couplets. Aujourd'hui,
celui qui visite l'élégant château de Bazoches-du-Morvan, propriété du célèbre Maréchal, aurait plutôt envie de s'exclamer « Merci Vauban ! », tant ses recommandations à Louis XIV semblent, encore à notre époque, d'une remarquable actualité.

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On se souvient de la superbe complainte du bagnard composée par Léo Ferré et de la chute vigoureuse de chacun de ses couplets. Aujourd'hui, celui qui visite l'élégant château de Bazoches-du-Morvan, propriété du célèbre Maréchal, aurait plutôt envie de s'exclamer « Merci Vauban ! », tant ses recommandations à Louis XIV semblent, encore à notre époque, d'une remarquable actualité.
La bibliothèque pieusement conservée rappelle combien l'immense Vauban ne fut pas qu'un génie des fortifications : conscient de la connaissance intime et encyclopédique de la France qu'avait acquise son serviteur au cours de ses incessants périples à travers le pays, de places fortes en places fortes, le Roi lui avait donné consigne « de lui escrire tout ce qui lui passe par la teste » (1) ; d'où l'écriture d'un nombre considérable d'ouvrages - ses « oisivetés » disait le Maréchal - sur les sujets les plus divers : de l'élevage du porc à l'immortalité de l'âme, en passant par l'harmonie des sciences, les désordres du jeu, la culture des forêts, la statistique et dix autres sujets. Ainsi, écrivait-il « les rois pourront apprendre tout ce qu'ils doivent savoir et qu'on n'ose leur dire ».


Des conseils au goût du jour

Quelques thèmes sont plus particulièrement au goût du jour et pourraient sans doute inspirer utilement ceux qui font métier de nous gouverner.
Il y a d'abord ce « Mémoire sur le rappel des Huguenots » où Vauban, constatant l'exode de 150 000 protestants et de leurs capitaux et la ruine d'une partie du commerce, supplie le Roi de revenir sur la révocation de l'Édit de Nantes : quand les riches s'en vont, la pauvreté gagne. Il y a aussi « La description géographique de l'élection de Vézelay » où il critique un Morvan où tout est minable : « Mauvaise nourriture, mauvais vins, méchants habits auxquels il faut ajouter une noblesse, un clergé et une bourgeoisie désargentés » (2). L'égalitarisme par le bas crée la médiocrité pour tous.
Il y a surtout le traité sur « La Dîme royale » qui propose non seulement de soumettre à l'impôt tous les sujets du Royaume - y compris la noblesse et le clergé jusqu'alors exemptés - à proportion de leurs richesses mais surtout de concentrer en une seule taxe, compréhensible et allégée, les multiples impôts qui écrasent le pays : trop d'impôts tuent l'impôt.
On peut citer aussi cette recommandation faite au Souverain : « Il faut gouverner la France en regardant le monde » ; ce qu'exprimera différemment Mirabeau, quatre-vingts ans plus tard, en disant à Louis XVI : « Sire, vous ne marchez pas assez sur la mappemonde ». Même en l'état d'une mondialisation encore modeste à l'époque, le nombrilisme franco-français apparaissait déjà comme l'une de nos plus graves menaces.
La ballade de Ferré était vigoureuse : mais elle n'exprimait que la colère d'un bagnard. Nous, citoyens d'une République quelque peu fatiguée, disons plutôt à Vauban nos vifs remerciements pour avoir su transmettre par-delà le temps quelques conseils de bon aloi qui ont gardé toute leur fraîcheur et souhaitons qu'ils soient entendus par ceux à qui ils sont, à travers les siècles, aujourd'hui adressés, qu'ils soient à la tête de communes, de départements, de régions ou de l'État : « À ses grands Hommes, la Patrie reconnaissante ! ».


NOTES

(1) « Le château de Bazoches-du-Morvan, Demeure de Vauban », Arnaud de Sigalas, 1996.
(2) Ibidem.