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Tout salaire mérite travail !

Article du numéro 456 - 15 janvier 2013

Management - Vous au travail

Et si nous nous souvenions qu'il existe une relation contractuelle dans laquelle le salarié et l'employeur échangent une force de travail contre une rémunération. Cela permettrait de rappeler chacun à ses obligations et de redonner au travail (et à celui qui le fournit) une valorisation dont il a bien besoin.

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La dernière fois que j'ai prononcé cette phrase dans un séminaire, une personne m'a fait poliment et timidement remarquer que ma langue avait dû fourcher et que je voulais probablement dire le contraire, c'est-à-dire ce qui convient. Au-delà du grand moment de solitude de celui dont le trait d'humour est tombé complètement à plat, la réaction ne manque pas d'intérêt : elle traduit que l'idée que tout salaire mérite travail est choquante, au pire une faute inconvenante d'analyse, au mieux un trait d'humour à peine acceptable. Et pourquoi serait-ce le cas ?
« Tout salaire mérite travail » est choquant, voire insultant parce celui qui a l'impression d'être injustement payé pour ce qu'il fait. Nous n'avons jamais fini de dresser la longue liste des moments d'une carrière où nous n'avons pas été reconnus à notre juste valeur. D'autant plus que certains - les autres - ont été vraiment mieux lotis. Le travail est un lieu d'exploitation, tout le monde nous l'a dit et répété depuis longtemps, et pour le plus grand nombre la valeur du travail n'est jamais suffisamment honorée par le salaire. Quand on considère les difficultés de l'existence, le nombre de ceux qui ne parviennent pas à vivre normalement avec leur salaire, la phrase ne peut être que malvenue.


Des sous-entendus

« Tout salaire mérite travail » n'est pas audible puisque cela suggérerait que certains ne travaillent pas suffisamment pour le salaire obtenu. On en reviendrait ainsi aux insupportables pensées des temps anciens quand les philosophes, économistes, moralistes ou seulement observateurs, partaient du principe que les êtres humains préfèrent ne pas travailler et que les organisations du travail devaient contrôler étroitement la réalité de leur production. Si jamais il en allait ainsi, le comportement du tire-au-flanc ne pourrait être que la conséquence d'un défaut de l'organisation, d'un management inadapté ou de la dureté du système économique. Les managers savent que la question est taboue et qu'il n'est jamais facile de dire à quelqu'un qu'il ne fait pas son travail. Heureusement on a inventé les entretiens d'appréciation, avec leurs grilles d'objectifs et leurs référentiels de tâches. L'objectivation du travail accompli devrait s'imposer à tous et débarrasser ainsi le manager de l'obligation de mettre parfois les points sur les « i ».


Une mauvaise plaisanterie

« Tout salaire mérite travail » n'est pas très juste. Ou plutôt, cela ne rend pas justice à la réalité du travail en ne privilégiant que ses facettes matérielle et pécuniaire. On n'honore pas le travail en parlant ainsi, on en gomme tous les aspects relationnels, le développement personnel, la conscience professionnelle et la beauté idéale des aspects humains en réduisant le labeur à un simple échange d'argent contre une production. Tous les spécialistes des relations humaines nous ont pourtant appris que l'expérience du travail était plus vaste et qu'il fallait promouvoir des aspects moins triviaux de l'expérience du travail. De telles mauvaises plaisanteries ne peuvent qu'effaroucher notre vision post-moderne d'un travail qui serait court, sans aspérité émotionnelle et très rémunérateur.


Faire fi des tabous

Mais l'expression est-elle finalement aussi choquante ? Peut-on imaginer, en 2012, avoir encore de tels tabous qui nous empêcheraient d'aborder la réalité des choses en dehors de toutes les précautions du langage policé du management correct qui frise souvent la langue de bois ? Tout observateur du « monde du travail » est frappé du fait que ce soit avant tout un monde pour tout ce que la notion comporte de variété et de diversité. Le travail ne change pas, il éclate en des formes diverses et bien malin celui qui voudrait résumer cette dispersion en quelques tendances uniformes. Diversité de la population au travail, des formes juridiques, des contextes économiques, des protections, des environnements physiques, des représentations et aussi des rapports entre salaire et travail. Il serait donc légitime qu'il n'existât plus de tabou à propos du travail !
« Tout salaire mérite travail », c'est aussi, tout simplement, la reconnaissance de la base même du contrat de travail dont ils représentent les deux termes les plus importants. Bien que l'expérience de travail soit très vaste, relationnelle et contextualisée, il n'en reste pas moins qu'un contrat est signé (ou un arrêté d'installation) et qu'à la fin du mois, c'est une fiche individuelle au nom du salarié ou de l'agent qui lui est envoyée simultanément avec le virement bancaire sur son compte personnel. Tout salaire mérite travail, c'est donc la simple reconnaissance de la réalité contractuelle.


une implication implicite

Mais l'expression n'est-elle pas aussi nécessaire aujourd'hui, dans la situation de notre économie et de notre société ? Ce n'est pas un hasard si « Entreprise et Personnel » consacre sa prochaine Université d'hiver en janvier 2013 au thème de la performance. Dans un pays dont les besoins sociaux sont de plus en plus importants, il est impératif de produire plus de valeur, d'autant qu'il existe une lourde dette à rembourser.
Au niveau des entreprises, des administrations ou des associations le problème est le même : il est important que le travail effectué ait plus de valeur pour le même coût, cela ressortit aussi à la compétitivité. Le travail ne peut plus simplement être abordé en durée, comme l'interminable débat sur le temps de travail nous y a contraints : il continue de simplifier outrageusement la réalité du travail et de l'activité en faisant semblant de croire qu'une heure égale une autre heure. Bien évidemment, le travail est comme la relation, ce n'est pas que le temps mais son intensité et son produit qui comptent. La question de la valeur produite par l'entreprise et par les heures passées par les salariés se pose donc, et enfin, au niveau de chacun, partie au contrat de travail. Tout le monde sait depuis longtemps que l'implication des personnes est la ressource majeure pour surmonter une crise. Beaucoup d'institutions vivent des crises importantes qui remettent parfois en cause leur existence. Les business plans et les financements sont toujours nécessaires mais ne peuvent jamais remplacer l'implication de chacun. Par là, on peut entendre le minimum de conscience professionnelle pour « faire » réellement ses heures, ne pas laisser déborder sa vie personnelle sur le travail et ne pas abuser de l'institution ou de ses collègues. Par implication on peut aussi signifier que les règles, structures et systèmes ne sont jamais que des outils et tout dépend toujours de la manière dont ils sont utilisés : il est trop facile de se satisfaire du respect de la lettre des règles en cherchant surtout à en ignorer l'esprit. Par implication, on entend enfin de reconnaître qu'une institution n'est jamais faite prioritairement pour ceux qui la composent.


Question management

« Tout salaire mérite travail », c'est simplement une occasion, trop rare en ce moment, de faire un peu d'humour. Si ce mode de communication et d'appréhension de la réalité sied à notre époque, c'est que nos institutions de travail à haute susceptibilité en manquent cruellement. C'est aussi un moyen, dans chaque équipe ou institution, de se rappeler que les questions managériales sont toujours transcendées par la question des buts de l'institution et du service qu'elle doit rendre. En revenir à cette réalité première éviterait sans doute bien des incompréhensions.


Docdoc

À lire
Sur www.lettreducadre.fr, rubrique « au sommaire du dernier numéro » :
Comptes et mécomptes de la « culture de résultats », La Lettre du cadre n° 375, 1er mars 2009.


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