La Lettre du cadre territorial

Le magazine des professionnels de la gestion territoriale.

Accueil > Magazines > Lettre du cadre

La Lettre du Cadre Territorial

Un magazine à destination des cadres de la filière administrative qui balaye l'ensemble des questions managériales et décrypte l'actualité dans les domaines RH, finances et juridiques sur un ton impertinent, engagé et incisif.

Ajouter au panier Vous abonner (voir tarif )
(Règlement par CB, chèque bancaire ou mandat administratif)

A partir de :

129 €

Marseille veut défendre son coeur

Article du numéro 451 - 15 octobre 2012

Métropole

Pour régler le « problème » marseillais (insécurité, pauvreté,chômage, etc.), Jean-Marc Ayrault pose un préalable : la création d'une grande métropole. Mais les EPCI visés pour rejoindre Marseille redoutent un tel enrégimentement, refusant de payer le prix des erreurs passées des édiles marseillais. Déterminé à agir, le gouvernement proposera une loi avant la fin de l'année. En passant en force ?

Envoyer cette page à un ami

Donnez votre avis 1 commentaire 

Tous les articles du numéro 451

Télécharger cet article en PDF

Depuis que Jean-Marc Ayrault, Premier ministre, a annoncé lors du comité interministériel qui s'est tenu à Marseille le 6 septembre dernier, que le gouvernement souhaite la naissance d'une grande métropole autour de la deuxième ville de France, Eugène Caselli (PS), président de Marseille Provence Métropole, doit se sentir un peu seul. Car les cinq autres EPCI concernés par la fusion (Pays d'Aix, Pays d'Aubagne et de l'Étoile, SAN Ouest-Provence, Étang de Berre et Salon-de-Provence) ont fait savoir, sans surprise, qu'ils refusaient une telle perspective pour répondre aux problèmes spécifiques marseillais. Le projet de Matignon est, en l'état, révolutionnaire tant persiste sur place un solide front anti-Marseillais. En 2011, le Pays aubagnais avait même sondé sa population lors d'un référendum symbolique pour marquer les esprits : 96 % des habitants avaient dit non. À Aix-en-Provence, Maryse Joissains (UMP), maire et présidente du Pays d'Aix, a accueilli la proposition avec ce propos cinglant : «J'ai dit non à Sarkozy sur sa réforme de la décentralisation, je dis non à Ayrault», rappelant avec fierté qu'elle fut la seule dans son camp politique à voter contre la loi de décentralisation de 2010 du précédent gouvernement.


La loi, "une garantie d'aboutir"

Du haut de son autorité, l'État aura-t-il les moyens de faire fléchir ce front du refus ? Depuis plusieurs mois, les neuf intercommunalités des Bouches-du-Rhône planchent sur le contenu d'un pôle métropolitain intégrant notamment des compétences comme les transports, les énergies renouvelables ou encore le développement économique. Si les huit intercommunalités en dehors de Marseille s'activent sans rechigner dans le cadre de cette formule light (les cinq incluses dans l'éventuelle future métropole et trois autres réunies autour du Pays d'Arles), du type métropole à la carte, Eugène Caselli n'a jamais affiché une très grande conviction, redoutant le risque d'une «coquille vide». Patrick Mennucci, député-maire (PS) du premier secteur de Marseille, se souvient de la genèse de l'initiative gouvernementale : «Je discutais avec Manuel Valls du besoin de renfort en policiers pour la ville (Ndlr, 205 nouveaux policiers viendront compléter les effectifs). Il m'a clairement dit qu'un tel effort de l'État n'était envisageable que s'il existait à Marseille un projet territorial d'envergure».
Depuis, tout le monde se perd en conjectures pour imaginer un scénario improbable ménageant la chèvre et le chou. Avec l'habileté qui le caractérise, Jean-Claude Gaudin (UMP), maire de Marseille, demandeur d'une grande métropole, redoute «un effet d'annonce» et invite le Premier ministre à redoubler d'efforts pour convaincre les présidents d'EPCI alentours, dont la plupart font partie de sa majorité. Deux scénarios sont envisageables, résumés par Jacques Pfister, président de la CCI Marseille Provence, porte-voix d'un monde économique très désireux de cette clarification : «Le premier, c'est un scénario dynamique et responsable dans lequel les élus de ce territoire prennent l'opportunité métropolitaine à bras-le-corps en proposant un projet ambitieux et vertueux autre que celui du pôle métropolitain qui n'est pas le véhicule adapté aux enjeux économiques, politiques et sociaux de ce territoire. Le second, c'est un scénario «par le haut». Dans ce cas, c'est par la loi que la métropole se bâtira aussi bien dans ses modalités de gouvernance que par l'attribution des compétences. Ce n'est pas forcément une mauvaise chose pour avoir la garantie d'aboutir».


Pas de hold-up métropolitain

Depuis des années, Jean-Claude Gaudin peste contre le fait que la ville centre supporte les charges de centralité (hôpitaux, opéra,etc.) sans que les EPCI alentours versent leur dîme : «La métropole doit apporter des réponses claires au problème de la répartition des ressources financières». Lors d'une récente réunion sur le pôle métropolitain, qui suit son cours d'élaboration, Eugène Caselli a tenté de rassurer ses homologues : «Il n'y aura pas de hold-up métropolitain». Pour lui, la récente fusion des universités d'Aix et de Marseille démontre clairement que l'union renforcera la visibilité d'un territoire marseillais élargi : «D'un seul, nous sommes devenus la première université de France, la dixième d'Europe et la 100e à l'échelle du monde». Le calendrier est clair : la loi devra être votée dès la fin de l'année, bien avant mars 2013, soit un an avant les prochaines municipales car au-delà, le cadre de l'élection et les modes de scrutin qui en découlent ne doivent plus être retouchés. «Ce pourrait un scrutin de liste, avec des listes par territoire, un peu comme pour les régionales». Cet acte III de la décentralisation chasserait la dernière réforme de 2010, qui ne prévoyait pas un mode de désignation des élus communautaires par suffrage direct.
Mais convaincre Aix et son maire, la coriace Maryse Joissains, relève de la mission impossible. Si les premiers échanges avec le Premier ministre et Marylise Lebranchu, sa ministre de la Réforme de l'État, ont été diplomatiquement jugés «constructifs», «l'os» de la gouvernance doit être attaqué au burin de la loi. «Une loi n'intégrera pas de force Aix-en-Provence. Elle ne sera pas constitutionnelle puisque les collectivités conservent leur destin autonome en main. Marseille est une ville malade depuis 30 ans et je me réjouis que Marseille soit une priorité nationale. Mais nous n'avons pas vocation à sauver Marseille. Déjà, au nom du rééquilibrage financier inscrit dans la réforme de 2010, les territoires alentours vont verser 40 M€ à Marseille. Nous voulons traiter les sujets les uns après les autres, comme celui des transports, en créant une autorité organisatrice unique sur tout le territoire départemental, avec le conseil général ou le pôle métropolitain comme maître d'œuvre. Mais je ne vois pas en quoi diluer la misère de Marseille dans les autres territoires réglera son problème», assure le maire. Magali Giovannangeli (PCF), présidente du Pays d'Aubagne et de l'Étoile, rejoint sur le sujet son homologue... UMP. «Si nous avons été efficaces, notamment en créant des zones d'activité pour doper l'économie, c'est parce que la désindustrialisation de Marseille nous a obligés à réagir», dit-elle, laissant entendre que face à l'inaction des édiles marseillais, les territoires alentours ont fait preuve d'audace et ne doivent pas en être pénalisés. Une audace qui butera, selon elle, sur le roc d'un grand «machin institutionnel». La preuve : alors que les transports en commun sont gratuits en pays aubagnais, Eugène Caselli a clairement laissé entendre qu'une telle transposition était inenvisageable à l'échelle métropolitaine, cette dernière ne pouvant tolérer «d'exception territoriale».


une Communauté métropolitaine Marseille Provence

Le président de MPM croit cependant que l'usage métropolitain évacuera les blessures de sa naissance aux forceps. Jusqu'au choix de la sémantique - «je propose la création d'une communauté métropolitaine Marseille Provence» -, il veut convaincre que la métropole ne dissoudra pas les identités territoriales, allant même jusqu'à proposer de réintégrer les services de proximité dans le giron municipal, comme le nettoiement... «Toutes les compétences transférées feront l'unanimité : le port de Marseille, le bassin industriel de Fos-sur-Mer, les universités, le développement économique, etc. Il faut dédramatiser la métropole, nous serons en permanence à la recherche d'un donnant donnant». Pour l'heure, les cinq autres EPCI craignent surtout un donnant-perdu...