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Fin de partie pour le fini-parti

Article du numéro 438 - 01 mars 2012

Collecte des déchets

Pour relever (enfin) le défi d'une ville propre, Marseille Provence Métropole (MPM) va mettre un terme au fini-parti en recourant à la manière forte : un « mouchard » lacé sur les bennes pour mesurer la distance parcourue par ces dernières. Mais Marseille n'est pas la seule ville confrontée au « fini-parti ». Lyon et Perpignan ont aussi mis fin à cette pratique qui menace la sécurité des agents.

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Contrairement à une idée répandue, Marseille n'a pas le monopole du fini-parti en matière de collecte des déchets. En revanche, il est clair que le lien entre la propreté de la ville et le maintien de ce mode managérial ancestral a tendance à s'établir plus nettement dans la deuxième ville de France. Ajoutons à cette mauvaise réputation quelques grèves marquantes des éboueurs (du secteur public comme du secteur privé) et un zeste d'incivisme et le tour (politique) est joué : rendre la ville plus propre devient un enjeu...
Élu en 2008 à la présidence de Marseille Provence Métropole (MPM) alors que la majorité était acquise à la droite, le socialiste Eugène Caselli ne doit son salut politique qu'à la mise en œuvre d'une gouvernance partagée avec les maires de droite. C'est la même méthode qu'il a mise en avant en sollicitant quatre élus marseillais, deux de gauche (Patrick Mennucci, Sylvie Andrieux, PS) et deux de droite (Yves Moraine, Martine Vassal, UMP) pour lui remettre un rapport sur la propreté de la ville, histoire de rendre neutres, sur un plan politique, leurs préconisations. Ces derniers ne se sont pas fait prier : ils proposent tout bonnement d'en finir avec le fini-parti. « La ville est constamment sale », se lamentent-ils, en raison d'un « travail insuffisamment efficace » et d'un « incivisme patent ». Du rapport, Eugène Caselli est tout de suite passé à son officialisation : la suppression du fini-parti concernera tout d'abord les agents de maîtrise, puis ceux chargés de la collecte, autrement appelés les « rippeurs ». Une autre mesure est prise, qui fait grincer les dents de FO, principal syndicat : l'allongement des tournées, dont les bennes seront équipées d'un GPS et d'un « chronotachygraphe qui retracera le temps de travail ainsi que le parcours » du véhicule. « Il s'agit d'un mouchard », lance Patrice Ayache, secrétaire général adjoint chez FO-Territoriaux. « Nous ne laisserons pas mettre en place une telle mesure, vécue de façon assez humiliante par les agents », poursuit-il (lire encadré).


Le bras de fer MPM-FO aura-t-il lieu ?

La communauté urbaine a par ailleurs décidé de ne pas remplacer, dans les trois ans à venir, des départs à la retraite des rippeurs (une quarantaine par an). Ils seront remplacés, à moyens constants, par des cantonniers, chargés de nettoyer les rues. Patrick Mennucci, maire PS des 1er et 7e arrondissements de Marseille, a assuré que la passerelle permettant aux cantonniers de devenir rippeurs et donc de bénéficier du « fini-parti » et de meilleurs émoluments, n'existera plus. Enfin, « une campagne de communication choc » est prévue prochainement ainsi, assure Eugène Caselli, que « l'intensification des sanctions » pour les plus inciviques.
Les élus ne craignent-ils pas une possible révolte des syndicats, et notamment de FO, majoritaire chez les agents ? « Le corps des mesures ne sera pas négociable », tranche le président de MPM. Il est vrai que l'événement « Marseille 2013, capitale européenne de la culture » arrive à grands pas et que la ville dispose désormais d'une marge réduite pour changer d'image. Eugène Caselli assure qu'il fera le point dans un an pour juger de l'amélioration de la qualité du service. Si cette dernière laisse à désirer, « l'équilibre public-privé pourra être modifié », sachant que la collecte des déchets ménagers est à la charge du service public sur 12 des 16 arrondissements que compte la ville. Nouvellement installé au poste de secrétaire général de FO, autrement désigné comme le « vice-roi de Marseille », Patrick Rué, n'apprécie pas la menace : « Nous sommes prêts à faire des efforts comme d'allonger la durée des tournées ou d'en faire une partie la nuit. Mais nous ne sommes pas des pantins. Pas question de toucher au service public ».


Le fini-parti, facteur d'insécurité professionnelle

Le fini-parti n'est pas une spécialité marseillaise. Pour Bruno Coudret, directeur de la propreté au Grand Lyon, la fin du fini-parti passe par l'homogénéisation des heures de travail. Les syndicats ne sont pas opposés à son principe, mais ils refusent la nouvelle répartition public-privé (le privé prenant en charge les 9 arrondissements lyonnais et Villeurbanne, les 56 autres communes du Grand Lyon étant prises en charge par le public). « Les deux négociations s'entrechoquent », assure le directeur. Pour Bruno Coudret, l'objectif pour les agents est de réaliser 33 heures ou 34 heures sur les bennes. « Grâce à un ergonome et un médecin du travail, nous avons amélioré, ces dernières années, l'usure physique des rippeurs. Mais, fin 2010, nous nous sommes rendu compte que les agents avaient réduit de quatre heures hebdomadaires le temps des rondes. Conséquence : 12 à 14 % d'absentéisme en plus ». Ce rééquilibrage du temps permettra aux éboueurs de récupérer un samedi sur deux ou un autre jour. L'accord devrait entrer en vigueur en 2013.
Pour en finir avec le fini-parti, l'agglo Perpignan Méditerranée a justement mis en avant la sécurité de ses agents en s'appropriant la recommandation de la Caisse nationale d'assurance-maladie (R.437) sur le sujet. « Plus on va vite, plus il y a un risque de se blesser », assure-t-on du côté de CNAM. « Afin d'accroître la sécurité des agents [...], l'utilisation systématique du lève-conteneurs est également instaurée, les collectes bilatérales dangereuses étant quant à elles supprimées », indique l'agglo perpignanaise dans le cadre d'un accord avec les agents.


FO ne veut pas entendre parler du mouchard

FO Territoriale à Marseille, c'est d'abord un chiffre éloquent : 15 000 militants ! Le puissant syndicat est installé à tous les secteurs clés de la ville et de la communauté urbaine. En un claquement de doigt, il peut paralyser la ville s'il entre en conflit avec les tutelles de la ville de Marseille ou de MPM ! En 2008, certains assurent que les raisons de la défaite de Jean-Noël Guérini (PS) aux municipales face à Gaudin sont à chercher dans la volonté du candidat socialiste de mettre un terme au fini-parti. Le passage de témoin récent du poste de « vice-roi » de Claude Argy, très implanté, à Patrick Rué, va-t-il entraîner un resserrement du clientélisme marseillais ?
Le ton semble évoluer : « On souffre nous aussi de la saleté de cette ville. Mais on ne règle pas les problèmes à partir d'effets d'annonce. Le rapport de la communauté urbaine procède d'une bonne analyse. Mais aucune appréciation de faisabilité n'est mise en perspective. Les Marseillais savent-ils qu'avec 186 cantonniers et avec le nombre de kilomètres à nettoyer, nous disposons de moitié moins d'effectif qu'à Lyon ? », assure Patrice Ayache, secrétaire adjoint du syndicat. « Nous avions des solutions. Nous sommes prêts à basculer des collectes du jour à la nuit sur certains axes pour travailler dans de meilleures conditions. Le fini-parti n'a rien à voir avec la propreté de la ville. Les agents en ont marre d'être traités de fainéants », explique-t-il. « Pas de mouchard et de privatisation des cantonniers », assure FO en direction de MPM. Le bras de fer se poursuit.