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Dette, quand tu nous tiens...

Article du numéro 428 - 15 septembre 2011

Idées

L'endettement public est au coeur de l'actualité et nous pouvons craindre de ne pas être au bout de nos peines.

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La France surendettée ? Une réponse écologiste
Hervé Morel (préface de Robert Lion), éditions les Petits Matins

Les dettes illégitimes
François Chesnais, Éditions Raisons d'Agir

Retrouvez des extraits de ces ouvrages


L'endettement public est au c½ur de l'actualité et nous pouvons craindre de ne pas être au bout de nos peines. Or, le débat public à ce sujet donne la désagréable impression de tourner à vide, sur fond de vaines promesses de retour à l'équilibre : on n'y est pas arrivé avant-hier, encore moins hier, mais demain, c'est promis, on réussira ! Comment y croire ?


Un formidable transfert de revenus

Deux ouvrages ont le mérite de chercher au-delà des idées reçues sur le sujet : l'un (celui de François Chesnais), d'inspiration altermondialiste, met en question la légitimité des dettes publiques et soutient qu'une part d'entre elles, identifiées après audit de leur origine, devrait être dénoncée ; l'autre, ½uvre d'un écologiste (Hervé Morel), cherche comment l'action publique pourrait s'affranchir de cette addiction qui la met en péril.

Restent de ces analyses, relevant pourtant de sensibilités différentes, quelques fils rouges bien utiles à la réflexion car elles aident à sortir du cadre de pensée qui enferme ce débat. Il faut d'abord en retenir que, contrairement au discours habituel en la matière, l'essentiel de l'endettement public ne provient pas d'un excès de dépenses. C'est fondamentalement l'accumulation de mesures prises depuis 30 ans par les gouvernements - de droite et de gauche - pour alléger la fiscalité directe et les charges sociales qui a conduit à l'endettement massif. L'évolution comparée de la dette publique et de l'épargne des ménages montre clairement que, de fait, l'État a choisi d'emprunter à ceux qu'il renonçait à imposer. Ce faisant, il a opéré, à travers le service de la dette financé par une fiscalité de plus en plus inéquitable, un formidable transfert de revenus des moins aisés vers les plus riches.


Un autre système de décision

C'est la première raison de rompre avec la doxa encore répandue, qui associe de manière parfaitement abusive dépense publique/dette/progrès social. Plus profondément, ce sont les fondements intellectuels de cette complaisance à l'égard de l'endettement qu'il faut interroger. On les trouve dans le fameux modèle keynésien, qui a fait tenir pour évident le principe, pourtant contraire au bon sens, selon lequel l'État doit dépenser plus qu'il ne reçoit pour alimenter la croissance par la consommation. Sans doute ce principe a-t-il trouvé sa pertinence en d'autres temps, mais la donne a changé, notamment parce qu'une large part de la consommation donne lieu à importation, et aussi parce que la raréfaction des ressources naturelles met en question le modèle de croissance. Dès lors, il est clair que la reconduction des politiques de soutien de la demande par l'endettement est vouée à l'échec.

Pour imaginer une alternative à l'impasse dans laquelle nous nous sommes laissés enfermer, nous avons besoin d'un autre système de décision et de pilotage. Le modèle keynésien a servi de base à une sorte de despotisme éclairé qui laissait les commandes aux mains de décideurs (professionnels et politiques émanant du même monde) censés détenir des connaissances ignorées du plus grand nombre, et s'autorisant à manier en virtuoses des outils sophistiqués tels que le déficit budgétaire. Le moment est venu de redonner sa place au sens commun et de revenir aux fondamentaux démocratiques, notamment le consentement à l'impôt. L'action publique est à repenser à l'aune de ce principe de base : dépense publique, oui, à condition qu'elle soit décidée en connaissance de son prix, en même temps que le prélèvement de ressources qui la financera, sans se défausser de la facture sur les générations à venir.