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Redécouvrir le « bien commun »

Article du numéro 426 - 20 juillet 2011

Idées

Selon la doxa dominante, il est inutile, voire néfaste, de se soucier du bien commun puisque le marché est censé, si on le laisse faire, le réaliser au mieux. Pour les acteurs sociaux qui n'appartiennent pas au monde marchand, à commencer par les professionnels de l'action publique, il y a tout lieu d'y regarder de plus près et d'aller chercher en profondeur ce qu'il en est vraiment des fondamentaux du vivre ensemble.

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Où est passé le bien commun ?
François Flahault, Éditions Mille et une nuits
Retrouvez des extraits de cet ouvrage


Selon la doxa dominante, il est inutile, voire néfaste, de se soucier du bien commun puisque le marché est censé, si on le laisse faire, le réaliser au mieux. Pour les acteurs sociaux qui n'appartiennent pas au monde marchand, à commencer par les professionnels de l'action publique, il y a tout lieu d'y regarder de plus près et d'aller chercher en profondeur ce qu'il en est vraiment des fondamentaux du vivre ensemble.

C'est l'objet du parcours philosophique, riche et clair, que propose François Flahault dans cet ouvrage. Ce qu'il redécouvre est essentiel à la compréhension du sens et de la valeur de l'action publique. Remontant aux origines intellectuelles des droits de l'homme et des valeurs fondatrices de la démocratie, mobilisant aussi les découvertes récentes en primatologie, anthropologie et psychologie du développement, il montre que l'appartenance au collectif est constitutive de la personne humaine. « Le mode d'existence de l'être humain est écologique comme celui des autres êtres vivants : son être propre n'existe pas indépendamment de son milieu de vie, de la constellation relationnelle dans laquelle il s'inscrit ».


« Combinaison d'intérêt »

Il se démarque ainsi de la vision individualiste et utilitariste répandue aujourd'hui, selon laquelle l'individu aurait la primauté, et s'associerait ou non aux autres, au gré de ses intérêts. La société des hommes ne saurait se laisser réduire à une « combinaison d'intérêts », juxtaposant des membres qui ne dépendraient les uns des autres que pour leurs avoirs. L'être-même de chacun prend sa source dans les liens qui l'unissent aux autres et à la société ; le bien commun - et les biens publics qui le concrétisent - sont l'expression de ces liens et s'ils viennent à faire défaut, le désarroi perturbe non seulement la vie collective, privée de cadre, mais aussi les individus gagnés par le sentiment de vacuité et la perte de sens.


Un travail de la société sur elle-même

C'est à un problème de cet ordre que sont confrontées les sociétés dites développées, dans lesquelles les biens marchands occupent le devant de la scène. Dans la société « d'abondance » - pour un temps - les biens marchands ont la part belle ; c'est vers eux que se portent le plus facilement les désirs, expression de besoins ou résultats artificiels de puissantes manipulations par le marketing. Redonner leur vraie place aux biens communs exige un travail de la société sur elle-même qui est plus exigeant, car leur utilité ne s'apprécie pas à l'aune des satisfactions individuelles immédiates : les services qu'ils apportent sont dissociés des contributions qu'ils nécessitent, et on en mesure plus facilement le coût que la valeur.

François Flahault conduit ici ce travail de refondation du bien commun, dont notre époque a le plus grand besoin. En remontant aux origines de l'humain, il en assoit solidement les bases. Il met en lumière l'immense importance qu'ont dans notre vie - individuelle et collective - les biens publics à travers lesquels prend corps le bien commun. Il s'agit non seulement de biens matériels, mieux connus tant leur utilité relève de l'évidence (espaces publics, réseaux...), mais davantage encore de l'ensemble des biens immatériels (éducation, culture, solidarités...) sans lesquels il n'y a ni lien social, ni identité collective. Au centre de ces biens figurent les institutions publiques : biens communs spécifiques au sens où ils ont en charge tous les autres. Ceux-ci, en effet, ne bénéficient pas de la génération spontanée : ils doivent être produits, entretenus, transmis : tel est le c½ur des métiers publics.