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La rénovation urbaine passe en seconde

Article du numéro 416 - 15 février 2011

Urbanisme

Ardemment souhaité par les élus, le Programme national de rénovation urbaine 2 a été annoncé par le gouvernement. Il concernera moins de quartiers, élargira sa cible aux copropriétés et aux centres anciens dégradés et pourrait s'appuyer sur des financements privés. Les contours définitifs du prochain PNRU seront connus avant la fin de l'année.

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«Il y aura un PNRU 2 ». Clair, net et précis. Le 1er février, Maurice Leroy, ministre de la Ville, a assuré devant les députés réunis au sein du comité d'évaluation et de contrôle des politiques publiques que la réussite du volet 1 du PNRU (Programme national de rénovation urbaine) impliquait forcément son prolongement. « Avec un montant global de près de 40 milliards d'euros, dont 12 milliards de subventions, le PNRU constitue un pivot de la politique du gouvernement pour la période 2004-2013 dans plus de 460 quartiers défavorisés », affirme le ministre (propos relayé sur le site Localtis).

Cette confirmation n'est pas en soi une surprise. Fadela Amara, l'ex-secrétaire d'État à la Ville, l'avait souhaitée ardemment. Et François Fillon, lors de son discours de politique générale de novembre 2010, l'avait annoncé, donnant mission à trois membres de son gouvernement - Benoît Apparu (Logement), Philippe Richert (Collectivités locales) et Maurice Leroy - de « prolonger le plan de rénovation urbaine ».


L'appel au privé

La réussite de l'ANRU, chargée de mettre en musique le PNRU, est rarement contestée par les maires et les élus. Mais son volet II risque de décevoir quelques aficionados. En effet, Gérard Hamel, député-maire UMP de Dreux, président de l'ANRU, a clairement laissé entendre que l'État ne pourrait pas faire un effort budgétaire équivalent. Lors d'une conférence de presse le 25 janvier dernier, il a assuré qu'il allait « falloir tirer les conséquences du PNRU, via les évaluations des projets réalisés, de la façon dont on a géré la « bosse des paiements » ». L'objectif est de clairement diversifier les partenariats, afin de « minimiser la participation de l'État », en se tournant du côté du secteur privé.

Aujourd'hui, l'ANRU est déjà grandement financée (à hauteur de 600 millions d'euros) par l'Action Logement, ex-1 % Logement, et, à la marge, par l'État. Ce dernier est actuellement en pourparlers avec Action Logement pour mettre sur pied une nouvelle convention triennale de financement (pour les années 2012-2014), englobant à la fois l'ANRU et l'ANAH (Agence nationale de l'habitat). Quant à ce qui est des financements apportés par le secteur privé, les dirigeants de l'ANRU analysent de près l'expérience développée dans le Nord - Pas-de-Calais par Batixia, une société d'investissement à capitaux mixtes, spécialisée dans le portage de projets d'immobilier d'entreprise dans les banlieues (lire encadré).


« Plus attentif à la mixité sociale »

Le PNRU 2 diversifiera aussi ses cibles : il faudra certes terminer les travaux entamés dans les quartiers difficiles mais être aussi plus volontaristes en direction des copropriétés dégradées et des quartiers anciens dégradés (le plan national qui leur est dédié ne concerne pour l'heure que 25 quartiers). Une attention particulière sera portée à l'habitat dégradé en Outre-mer, quelque peu oublié lors du PNRU 1.

« Il n'est pas sûr que nous atteignions sur le volet II les 500 quartiers du volet I », confie Gérard Hamel, favorable à un traitement plus qualitatif que quantitatif. « Nous devrons aussi être plus attentifs à la mise en ½uvre de la mixité sociale », assure-t-il, jugeant que « l'impulsion d'un développement économique dans les quartiers difficiles peut y aider grandement ». Il entend faire du « maire le pivot de la rénovation urbaine. Sans lui, rien ne peut se faire ». Enfin, il invite les acteurs de la politique de la ville à s'inspirer de la réussite de l'ANRU pour la transposer au niveau social, « par le biais d'une vraie contractualisation avec les collectivités inscrites dans la durée ».


Procédure de paiement facilitée

Pour l'heure, l'ANRU va tester en 2011 une procédure de paiement qualifiée de « révolutionnaire » pour les pouvoirs publics puisqu'elle vise à simplifier le mode de paiement. Ce dernier sera rendu effectif par une simple déclaration du maître d'ouvrage, sans vérification in situ de la réalisation des travaux. « Le principe de base est la confiance », a assuré le directeur général de l'ANRU, Pierre Sallenave. Un engagement qui réjouira les chefs de projets ANRU dont beaucoup se sont plaint des longueurs dans les délais de paiement.

Autre chantier bien avancé, celui des internats d'excellence, mesure symbolique du plan Espoir Banlieue, dont l'objectif est de permettre à des jeunes en échec scolaire d'être installés dans de meilleures conditions de scolarité ; l'ANRU en est le coordonnateur. Cinq conventions ont déjà été paraphées, l'objectif est d'atteindre le seuil des trente conventions dès cette année. D'ores et déjà, certaines communes ont fait part de leur volonté de bénéficier de l'ANRU 2 : Fleury-Mérogis (Essonne), qui compte 81,6 % (!) de logements sociaux sur son territoire, estime légitimement être concernée.


Batixia, créateur de mixité

Qu'on ne s'y trompe pas : Batixia ne fait pas dans le logement. Mais si les pouvoirs publics s'intéressent de près au travail de cette société, c'est parce qu'en « investissant dans l'immobilier d'entreprise dans des quartiers où les entreprises ne vont généralement pas, nous sommes des vecteurs de mixité sociale », comme l'explique Jean-Marie Bricogne, directeur général.

Batixia est née en 2002. Il s'agit d'une société d'investissement régional (SIR) issue de la loi SRU. « Nous ne sommes pas une SEM mais notre fonctionnement y ressemble un peu ». Dans le capital, on trouve le conseil régional, la Caisse des dépôts, la Caisse d'Épargne Nord France Europe et Batixis, un pool d'investisseurs privés. « Nous disposons d'un budget d'investissement de 15 Me. Notre approche est simple : nous repérons un bâtiment ou un projet susceptible de déboucher sur la création de bureaux et nous cherchons un associé privé, nécessaire à la finalisation du projet. L'objectif est vraiment d'attirer du financement privé dans les banlieues », dit-il.

« L'ANRU a peu travaillé cette dimension sociale. Nous sommes présents dans les zones classiques de contractualisations, de type ZFU. Mais nous allons aussi là où personne n'investit. L'un des critères de financement est justement l'absence caractérisée d'initiatives privées ». Ce travail est « facilité » par la présence importante de friches industrielles dans la région. Des opérations classiques de rénovation se déroulent, où Batixia accompagne des projets liés à de l'activité tertiaire. Plus original, à Maubeuge, dans le quartier de l'Epinette, un bâtiment devait être démoli. Batixia a réussi à convaincre l'ANRU que l'immeuble pouvait être transformé en pool de bureaux. Cette transformation a été réalisée en grande partie avec le financement prévu pour... la démolition.

« C'est une réussite évidente. Au c½ur du quartier, les habitants croisent des gens qui travaillent. C'est symbolique, ça valorise le quartier. Cet hôtel d'entreprises est très bien intégré dans le quartier », assure le directeur général. « Bien sûr, les loyers doivent rester attractifs, ils sont de 95e au m² environ quand, dans d'autres secteurs, ils frisent les 120 euros ». On comprend mieux donc pourquoi l'ANRU souhaite élargir cette expérience inscrite désormais dans la durée. Pourquoi, en effet, ne pas « sauver » certains immeubles pour en faire des bureaux ?


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