La Lettre du cadre territorial

Le magazine des professionnels de la gestion territoriale.

Accueil > Magazines > Lettre du cadre

La Lettre du Cadre Territorial

Un magazine à destination des cadres de la filière administrative qui balaye l'ensemble des questions managériales et décrypte l'actualité dans les domaines RH, finances et juridiques sur un ton impertinent, engagé et incisif.

Ajouter au panier Vous abonner (voir tarif )
(Règlement par CB, chèque bancaire ou mandat administratif)

A partir de :

129 €

Administrateurs : quel concours pour demain ?

Article du numéro 411 - 15 novembre 2010

Réforme

Le CSFPT propose de faire évoluer le concours de recrutement des administrateurs territoriaux. L'enjeu est important, car avec l'évolution du contenu des épreuves, c'est la question de l'adaptation du recrutement à l'exercice du métier qui est posée. Et avec elle également, celle de la Haute fonction publique territoriale voulue pour demain.

Participez à notre débat : Faut-il réformer le concours d'administrateur ?

Envoyer cette page à un ami

Soyez le premier à rédiger un commentaire !

Tous les articles du numéro 411

Télécharger cet article en PDF

Le Conseil supérieur de la fonction publique territoriale a approuvé à l'unanimité, le 29 septembre, un rapport qui propose des évolutions réglementaires pour les concours et examens professionnels. Réalisé par la formation spécialisée n° 2, présidée par Isabelle Belotti (FO), il est construit autour de trois mots d'ordre : moderniser, simplifier et professionnaliser. Le tout doit permettre de préserver le recrutement statutaire. « Notre réflexion intervient à un moment où la FPT s'interroge sur son devenir et son adaptation à la société. Les modalités de recrutement sont un axe de cette réflexion. Dans un contexte où le recrutement par contrat augmente, nous réaffirmons notre attachement au recrutement statutaire, tout en considérant que les concours doivent être modernisés pour s'adapter aux profils des candidats et des missions auxquels ils conduisent », explique Isabelle Belotti.


Des programmes toilettés

Le concours du cadre d'emplois des administrateurs est concerné. Pour l'essentiel calqué sur l'économie générale du concours d'entrée à l'Ena, il n'a, depuis sa création en 1987, fait l'objet que d'ajustements mineurs. Dans la contribution qu'il a adressée au Conseil, le CNFPT juge « obsolète » le programme de certaines épreuves et appelle à « leur adaptation à la réalité contemporaine des collectivités ». En annexe du rapport, il propose sa version d'un programme rénové ; « nous avons travaillé dans le sens d'un ancrage territorial accru et d'une meilleure prise en compte des affaires internationales », explique Jean-Christophe Baudouin, président de l'AATF, à ce titre associé aux travaux du CNFPT. On relève effectivement des adaptations, comme la refonte du programme traitant de l'aménagement du territoire avec l'ajout des politiques de gestion de l'espace urbain ou encore la part faite à la dimension européenne de l'action publique locale.
Mais on relève aussi de grands absents, au premier rang desquels : le management. « La gestion des personnels et l'animation des structures sont pourtant au c½ur de nos métiers », souligne Denis Courtois, DGS de la CC du Val d'Ambroise, ancien président de l'ADT-INET.


Une prime à la « tête d'½uf »

Ces aménagements sont jugés « timides » par les administrateurs eux-mêmes. « Les épreuves restent extrêmement académiques et la structure du concours est inchangée. Cela suffira-t-il à atteindre l'objectif de professionnalisation ? », s'interroge Pascale Bourrat-Housni, directrice du développement social à la région Ile-de-France. « Le toilettage des programmes était nécessaire, mais là n'est pas l'essentiel », affirme de son côté Patrick Ayache, DGS de Besançon qui propose de hiérarchiser différemment les critères de sélection : « la répartition des coefficients privilégie les matières techniques, ce qui au final donne une prime aux « têtes d'½ufs ». La notation doit être revue et le « Grand oral » se transformer en « jury de recrutement » permettant d'évaluer les capacités du candidat à exercer son métier futur ». Gilles du Chaffaut, DGS de Grenoble, appelle, lui, à la mise en place d'épreuves plus concrètes - « faisant appel au savoir être plus qu'au savoir-faire » - et plus ancrées dans la réalité territoriale : « les jeunes administrateurs méconnaissent la complexité du système de décision locale et peinent à passer du constat à l'analyse critique. Je dois expliquer qu'un maire n'a pas besoin d'une note de dix pages qui, au final, ne débouche pas sur une proposition ».


L'Ena en étalon

Académisme, théorique, formatage, vision étatique... ces termes sont plus fréquemment employés pour caricaturer les... « Énarques ». Justement, certains pointent les limites de la comparabilité des modalités de sélection. Elle a été utile pour affirmer le cadre d'emplois et asseoir la crédibilité de son recrutement. Mais aujourd'hui, le temps n'est-il pas venu de s'en émanciper ? « Nous passons trop de temps à nous comparer à la fonction publique d'État comme si c'était l'alpha et l'oméga de la qualité », remarque Pascale Bourrat-Housni.
« La Territoriale doit présenter un concours de même exigence et de même qualité que celui de l'État. Cela ne signifie pas qu'ils doivent être clonés. Sinon, il ne faut pas s'étonner de la monoculture des hautes fonctions publiques », relève pour sa part Denis Courtois. Le rapport du CSFPT ne tranche pas la question, mais plaide néanmoins pour un allégement du nombre des épreuves. « À quoi bon maintenir des épreuves qui reviennent à valider ce qui l'a déjà été lors de la formation initiale ? L'allégement sera un facteur d'attractivité pour un cadre d'emplois en concurrence avec les grands corps de l'État et je ne crois pas que ne plus être calqué sur l'Ena nuise à la qualité des recrutements », explique Isabelle Belotti. Au contraire, lui répond le président de l'AATF qui, soulignant que le concours de l'INET est aujourd'hui identifié par les candidats comme un « concours de la botte », affirme : « tout allégement risque de nuire à son attractivité, de même qu'une trop grande professionnalisation limitera sa comparabilité et ce faisant les possibilités de mobilités inter-fonctions publiques ».
Le débat entre « territorialisation », « professionnalisation » et « comparabilité » n'est pas nouveau. Ses termes sont connus et il n'est pas certain que les pistes d'évolutions proposées par le CSFPT contribuent à le trancher. La porte est étroite, il est vrai, pour qui voudrait parvenir à proposer un concours qui, en ayant les mêmes garanties de comparabilité, renforce son ancrage territorial et au final offre un autre regard sur la sphère publique.
Mais, du reste, est-ce sur le seul terrain des modalités du concours qu'une réponse doit être recherchée ? Ne faut-il pas également interroger la formation initiale d'application ? Ne faudrait-il pas aussi en finir avec un système de valeurs, encore dominant chez certains élus locaux et certains territoriaux, qui fait de la haute fonction publique d'État l'étalon de mesure ? En clair s'émanciper d'un complexe d'infériorité dont tout indique qu'il n'a vraiment plus lieu d'être.


Le spectre de Zoé

Pascale Bourrat-Housni
directrice du développement social,
de la santé et de la démocratie,
région Ile-de-France,
vice-présidente de l'AATF

« À force de vouloir rivaliser avec l'Ena, on sélectionne des candidats de très haut niveau. N'y a-t-il pas un risque, accru du fait qu'ils sont plus nombreux, de voir les administrateurs recrutés demain sur des postes ne leur permettant pas de montrer tous leurs talents ? Ne seront-ils pas alors dans une tension permanente entre l'envie de montrer ce qu'ils savent faire et ce qui leur est effectivement demandé ? N'est-ce pas là un peu de la frustration qu'exprime Aurélie Boulet dans son livre ? »


Promotion interne : avec ou sans examen ?

Dans une annexe au rapport, Muriel Gibert, adjointe au maire de Montrouge et membre du CSFPT, conteste la proposition de la DGCL de remplacer le dispositif actuel de promotion interne des administrateurs par un tour extérieur, avec passage obligé d'un examen professionnel organisé par le CNFPT. Selon elle, cela priverait les élus de leur faculté de promouvoir, en pénalisant les postulants compétents mais, moins aptes à passer des examens ou disposant de moins de temps pour les préparer. Dans leur majorité, les administrateurs se disent au contraire favorables à un système de régulation des promotions ; « un contrôle qualité externe garantit l'unité du cadre d'emplois », explique Gilles du Chaffaut. « Les élus ne vont pas perdre la faculté de promouvoir mais la faculté de promouvoir qui ils veulent, ce n'est pas la même chose », affirme Jean-Christophe Baudouin.


À découvrir
« Concours et examens professionnels : bilan et perspectives », CSFPT, octobre 2010