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Un écoquartier primé et questionné

Article du numéro 400 - 01 mai 2010

Expériences

La ville de Grenoble a reçu le grand prix du palmarès Écoquartier 2009 pour la ZAC de Bonne. Un prix mérité de l'avis des spécialistes, qui n'hésitent pourtant pas à questionner cette réalisation.

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En mars derniers, le 2e Forum des quartiers durables se tenait à Grenoble, dans la ville qui a décroché le grand prix du palmarès Écoquartier 2009(1). Autant dire que les visites guidées de la ZAC de Bonne affichaient archi-complets... Car il y a ici matière à voir : la ZAC de Bonne est l'écoquartier le plus avancé de l'hexagone, avec les deux tiers du programme construits. La plupart des éléments programmés sont déjà visibles ou en cours : un immense parc urbain, une quinzaine d'immeubles d'habitations, un bâtiment de bureaux à énergie positive, les 15 000 m2 d'espace commercial, une école à ossature bois, un cinéma d'Art et essai, une résidence pour personnes âgées, deux résidences d'étudiants, un hôtel 4 étoiles... D'ici fin 2011, 900 nouveaux logements dont 40 % de logements sociaux seront achevés. Tous, en principe, devraient bénéficier de critères de performance énergétiques très intéressants(2) et, en tout cas, inédits à l'époque où le programme a été conçu, entre 2001 et 2003. Pourquoi une telle avance alors qu'il n'était encore question à cette date ni d'écoquartier, ni de Grenelle, et même pas encore d'urgence climatique ?


Convaincre les services

« La ZAC de Bonne, c'est dix ans d'efforts quotidiens pour tenir nos objectifs, un travail de fourmi que personne n'imagine », explique Laurent Gaillard, directeur de l'urbanisme de la ville de Grenoble. Ce travail commence au service Prospective urbaine qui réalise les études en amont, organise la sélection d'un architecte en chef qui sera Christian Devillers. Les mots d'ordre sont alors, pour la future ZAC : « nouveau quartier de la ville », « mixité fonctionnelle », « accessibilité ». Le programme de la ZAC établi, la ville passe le bébé à la SEM Sagès, aménageur, et continue de suivre le projet via la réalisation des rues, du parc, la commercialisation du foncier, l'élaboration des cahiers des charges, le suivi des chantiers de construction.

Fait majeur : la présidence de la SEM Sagès est occupée depuis 2001 par Pierre Kermen, l'un des leaders des élus verts grenoblois (groupe ADES). L'adjoint à l'urbanisme entend utiliser la SEM comme un outil pour bousculer les pratiques de la construction. Pour convaincre les services qui ne le sont pas suffisamment à son goût, Pierre Kermen fait inscrire la Caserne de Bonne dans l'appel à candidature du programme européen Concerto, dont l'objectif est d'innover en terme d'efficacité énergétique. L'ancienne caserne sera donc un terrain d'expérimentation. « Le courant développement durable était déjà dans les gènes du projet, ils se sont accentués avec Concerto » considère Laurent Gaillard. Quant à la sensibilisation du service urbanisme au développement durable ? « Elle est aussi venue de visites de terrain, notamment en Autriche qui nous ont motivés » répond le directeur de l'Urbanisme.
Les premiers promoteurs partant pour l'aventure n'ont plus eu qu'à tenter de tout mettre en ½uvre pour atteindre des objectifs plus qu'audacieux pour l'époque. Dernier élément contextuel non négligeable : le moral chez les professionnels de l'immobilier est alors à son zénith.


L'esprit durable de bout en bout...

L'aménageur s'adjoint deux assistances à maîtrise d'ouvrage. Le cabinet Enertech a pour mission de contrôler le respect du cahier des charges à chaque niveau : concours, vérification des documents d'appels d'offres des constructeurs, suivi des chantiers, livraison des bâtiments, en plus de la supervision de l'architecte en chef opérationnel Aktis Architecture. Autre action remarquable : en même temps que le lancement des travaux, la ville et ses partenaires mettent en place des formations pour les professionnels du bâtiment, car les savoir-faire en matière de développement durable sont balbutiants.

« Il y a eu énormément de suivi autour de toutes les innovations locales comme : le système de production de chaleur par cogénération » souligne Laurent Gaillard. Si l'Europe via Concerto n'a apporté que peu de subventions, elle a contribué à assurer une bonne gouvernance de projet et impose une évaluation pendant deux ans. « Des données techniques sont même relevées toutes les 10 minutes sur 40 logements » annonçait Valérie Dioré, directrice de la SEM Sagès aux participants du forum « quartiers durables », venus visiter la ZAC.
Enfin, l'esprit « durable » n'aura pas faibli alors que trois élus se seront passé le flambeau depuis le lancement du projet. Il revient désormais à Philippe de Longevialle, l'actuel adjoint à l'urbanisme, arrivé dans la dernière partie de la phase opérationnelle, d'impulser « l'âme » de Bonne, cet esprit collectif si caractéristique des écoquartiers du Nord de l'Europe... Réussira-t-il ce nouveau pari ? Rendez-vous dans quelques années...

1. Concours organisé par le Meeddat qui visait à assurer une reconnaissance aux collectivités ayant entamé des démarches exemplaires d'aménagement durable...
2. Consommation de chauffage sanitaire de 50 kW/m2/an, d'eau chaude sanitaire de 25 kW/m2/an, d'électricité dans les parties communes de 10 kW/m2/an.


l'avis des professionnels

Loïc Ahonlonsou
Chargé d'études PLU à la ville de Tours


« Une étonnante superficie de commerces »
« L'aspect « massif » m'a frappé positivement quand j'ai visité la ZAC. Les exigences en matière de stationnement également : moins de 1,5 voiture par ménage ! La réhabilitation de la caserne, son maillage avec les restes de la ville sont aussi très bien faits. Ils ont réussi à faire de la place centrale, reliquat de la Place d'Armes, un lieu de sociabilisation... Étonnante toutefois une telle superficie accordée aux commerces, l'équivalent de 30 % du centre-ville, alors qu'il paraît simple de se déplacer en tram ou en modes doux. Le prix du mètre carré de 3 500 euros peut enfin craindre que ce quartier ne favorise pas tant que cela la mixité...

Isabelle Dumont
Chargée de mission PLU à la ville de Beauvais

« Des modifications durables chez ses habitants ou une sélection de ses futurs résidents ? »
Ce que je trouve réussi : l'unité de l'opération enrichie d'une diversité d'aspects des nouvelles constructions avec des impératifs communs ; la structuration de la trame urbaine en cohérence avec le bâti environnant et autour du bâti réhabilité ; les espaces publics, l'incitation à recourir aux modes alternatifs à la voiture... La visite de cette ZAC m'amène à poser deux questions : est-ce que la manière d'habiter va engendrer des modifications durables chez ses habitants ou une sélection de ses futurs résidents ? Et quelle perception et appropriation éventuelle du quartier par les Grenoblois ?

Pascale Marchiset
Chef de projet « logement » à la communauté d'agglomération dijonnaise

« Une bonne qualité de l'espace public »
« La Zac m'a donné l'impression d'une belle restructuration en c½ur de ville. On est bluffé par la diversité architecturale et la densité. La qualité de l'espace public avec ses dalles de béton en pointe, en lien avec la tradition, même si toute l'architecture des bâtiments est par ailleurs très moderne, je trouve que c'est une bonne idée. On perçoit une certaine appropriation du parc par ses habitants. Malgré tout, les espaces sont réduits pour les enfants, les îlots bien léchés sont fermés. Je trouve aussi curieux l'emplacement de l'école de l'autre côté d'un axe très circulant...


À lire sur ce thème
« Éco-quartiers : le nouveau défi urbain », La Lettre du cadre territorial, n° 372, 15 janvier 2009.
Pour aller plus loin
« La boîte à outils de la ville durable », un ouvrage de Territorial Éditions. Sommaire et commande sur http://librairie.territorial.fr
Pour se former
« Concevoir et mettre en ½uvre des éco-quartiers » Lundi 13 et mardi 14 septembre 2010 à Paris
Contact : Évelyne Schaeffer, Tél. : 04 76 93 71 04, email : evelyne.schaeffer@territorial.fr