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« Les départements doivent disparaître »

Article du numéro 390 - 15 novembre 2009

Interview

Noël Mamère est convaincu que le projet de société défendu par les écologistes depuis 40 ans est désormais validé par les Français. Le député Vert estime que la réforme territoriale annoncée veut ménager tout le monde. À ses yeux, la suppression des départements est une évidence.

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Noël Mamère est maire de Bègles depuis 1989 et vice-président de la communauté urbaine de Bordeaux.
Député de la Gironde depuis 1997, (il est secrétaire de la Commission des lois), il a adhéré au parti "Les Verts" en 1998,
après avoir été vice-président et porte-parole de Génération Écologie. Il a été candidat Vert à l'élection présidentielle de 2002.


Vous avez décidé, avec douze autres députés PS et Verts, de créer le Groupe d'action parlementaire sur l'écologie. Qu'est-ce qui justifie une telle initiative ?

Une tradition avait été instaurée par Pierre Joxe lorsqu'il était président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale : aucun socialiste ne devait signer un amendement avec d'autres formations, et notamment celles de gauche. Donc, ce Gap vise à casser les murs entre les groupes de gauche au Parlement. Sur la taxe carbone, par exemple, nous avons décidé de mener un combat commun.


Des élections partielles attestent d'une adhésion durable des électeurs, ce ne fut pas toujours le cas après de bons résultats électoraux...

Ce succès du 17 juin n'a pas été un feu de paille puisqu'il a été confirmé à l'occasion de deux élections partielles dans la région parisienne. C'est donc bien la preuve qu'il y a une rencontre entre le projet défendu par les écologistes depuis 40 ans et la société française. Les Français, qui pendant longtemps nous ont considérés comme des gens sympathiques mais rêveurs, nous prennent aujourd'hui au sérieux. Le PS ne prend pas encore conscience de ce tournant, comme le Modem d'ailleurs. Ils préfèrent nous cantonner dans un statut environnementaliste. Or, la crise environnementale n'est qu'un des aspects de la crise systémique que nous voyons arriver depuis bien longtemps. La crise du libéralisme n'a fait qu'activer notre crédibilisation.


L'apport de personnalités comme Eva Joly ne vous a-t-il pas permis d'asseoir un peu plus cette crédibilité ?

Si les Verts n'avaient pas eu l'intelligence politique de laisser de la place à des personnalités reconnues pour la qualité de leur engagement, sans doute ce succès n'aurait-il pas été aussi important... Mais Eva Joly n'est pas seulement une juge d'instruction intransigeante. Au cours de la campagne européenne, elle a su démontrer le lien entre les paradis fiscaux et la dégradation de la planète. Nous sommes un parti de débats, ouverts. Nous ne sommes pas dans le même fonctionnement bonapartiste que l'UMP où les élus doivent courber l'échine devant les patrons.


Comment prolonger cet élan émancipateur des Verts aux régionales sans entrer dans une confrontation avec le PS ?

Nous ne nous déterminons pas par rapport au Parti socialiste. Nous sommes aujourd'hui dans la gauche la composante sans doute la plus moderne. Nous n'avons pas à faire de complexes vis-à-vis du PS. Le PS est un parti d'élus, nous sommes une formation de propositions. Nous essayons de sortir des vieilles rengaines. Nous serons donc autonomes au premier tour, ce qui ne veut pas dire que nous ne ferons pas d'accord au deuxième tour. Mais les accords se dessineront en fonction des résultats du premier tour et des projets que nous défendons.


Quel projet allez-vous porter aux élections régionales ?

Nous n'éviterons pas un débat de fond sur la réforme territoriale. Nous allons mener une campagne nationale. Nous travaillons actuellement à faire émerger un certain nombre de thèmes transversaux qui seront ensuite déclinés dans toutes les régions. Nous insisterons sur la cohérence des territoires, sur le défi énergétique, sur l'organisation des transports, sur la formation... Pendant la campagne, nous inviterons des amis des régions européennes qui ont une autre pratique et où les régions jouent un rôle plus important. Je pense en particulier à l'Espagne et à l'Allemagne. Nous défendons depuis longtemps le projet d'euro-régions. Prenons la région Aquitaine : elle est trop petite, il faudrait une euro-région allant de Bordeaux jusqu'à Santander, en Espagne. Nous sommes contre la départementalisation. Or, la réforme que l'on nous propose aujour­d'hui veut ménager tout le monde.


Les départements doivent-ils disparaître ?

Bien sûr. Aujourd'hui, les seules entités politico-administratives qui ont la dimension européenne sont les agglomérations et les régions.


On parle souvent de l'inefficacité de l'organisation territoriale française. Est-ce que ça marche aussi bien que ça ailleurs ?

Oui, c'est évident en Espagne et en Allemagne. La tradition française est colbertiste. Nous avons empilé les étages démocratiques et nous sommes dans une situation où une communauté d'agglomération va prôner une politique qui peut être contraire à celle du département ou de la région. Il faut sortir de ces contradictions nuisibles. Il n'est pas normal par exemple que les représentants des intercommunalités ne soient pas plus contrôlés alors qu'ils gèrent les budgets les plus importants. C'est, pour l'heure, une belle machine à éviter le contrôle démocratique.


Les Verts sont contre le cumul des mandats et vous cumulez...

Nous sommes contre, mais nous sommes sous-représentés. Nous n'avons que trois députés à l'Assemblée, ce qui est scandaleux au regard de notre poids politique. Je suis pour une limitation stricte des mandats, à condition que ce soit accompagné de deux choses : la réforme du statut de l'élu, mieux payé, parce qu'il faut que l'on fixe le prix de la démocratie et surtout, la réforme du système électoral. Tant que nous n'aurons pas en France un scrutin identique à celui de l'Allemagne, nous resterons sous-représentés. En 1997, les Verts allemands ont fait le même score que nous aux législatives, 7,5 %. Nous avons eu 7 députés, ils en ont eu 51.


Telle qu'elle se profile, la taxe carbone vous déçoit-elle ?

Évidemment. Nous l'avions défendu au mois de juin à l'assemblée dans une proposition de loi qui reprenait mot pour mot les recommandations du Grenelle de l'environnement. Mais c'était avant les élections européennes, avant que tous les députés ne se convertissent à l'écologie. Donc, l'UMP et le Nouveau Centre avaient voté contre, avec l'aimable complicité du PS et du PC. La taxe carbone de Nicolas Sarkozy est un gâchis, une provocation. Elle n'a rien à voir avec ce que proposaient la commission Rocard, le Grenelle de l'environnement ou la fondation Hulot. Nous l'appelons d'ailleurs « contribution climat énergie ». Sans progressivité, la taxe carbone n'a aucune valeur. Les entreprises ne peuvent même pas s'y préparer parce qu'elles ne savent pas où l'on va. Elles peuvent donc continuer à se dire que ce n'est que de l'affichage.


Quel bilan peut-on tirer de l'action en matière d'environnement dans les collectivités locales ?

Elles font ce qu'elles peuvent, avec les moyens qui sont les leurs. La perspective de la suppression de la taxe professionnelle est une catastrophe pour nous. Nous essayons de lutter contre ce qui est la principale plaie écologique, à savoir l'étalement urbain. Nous avons relégué ainsi des gens loin des villes, prisonniers de leur voiture, de leurs prêts. Il faut renforcer la mixité sociale dans les villes et demander à Nicolas Sarkozy pourquoi il y a toujours 3,5 % de logement social à Neuilly.


Êtes-vous agacé par le fait que Nicolas Hulot bénéficie d'une telle aura médiatique sans pour autant descendre dans l'arène politique ?

Je ne suis pas du tout agacé. Je trouve que le film de Nicolas Hulot est fort, courageux, très politique. Donc, il n'est pas neutre. Son film démontre les dégâts sociaux et humains que provoque le système libéral. Il est sans doute plus utile à la place où il est que dans l'arène politique.