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L'eau publique : ça marche !

Article du numéro 376 - 15 mars 2009

Leader

Anne Le Strat est adjointe au maire de Paris, chargée de l'eau, de l'assainissement et de la gestion des canaux. Elle est depuis novembre dernier présidente du conseil d'administration de la Régie Eau de Paris, qui dès janvier 2010, regroupera l'ensemble des activités de production et de distribution de l'eau potable.

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Anne Le Strat est adjointe au maire de Paris, chargée de l'eau, de l'assainissement et de la gestion des canaux. Elle est depuis novembre dernier présidente du conseil d'administration de la Régie Eau de Paris, qui dès janvier 2010, regroupera l'ensemble des activités de production et de distribution de l'eau potable.


Quel était l'enjeu de la re-municipalisation de la distribution de l'eau à Paris : d'abord environnemental ou simplement financier ?

Les deux et, au-delà, un enjeu technique, démocratique et social. Il y avait une ­volonté politique de ramener la gestion de l'eau sous maîtrise publique et de retrouver, par la création d'un seul opérateur, la capacité de la collectivité à maîtriser son service. Avec trois opérateurs, des responsabilités se chevauchaient. Non seulement nous simplifions l'organisation, mais nous permettons aussi des gains économiques : nous avons identifié a minima trente millions d'euros de gains possibles, ne serait-ce que parce que nous réintégrons la rente économique des distributeurs dans le service. Les profits des entreprises ne sont en effet souvent pas ­réintégrés dans le service, mais servent à ­rémunérer les actionnaires. Tous les bénéfices de la régie « Eaux de Paris » seront ­réinvestis dans le service de l'eau.


Qui seront les grands bénéficiaires : la ville ou des consommateurs ?

Nous voulons que ce choix ait des conséquences sur le tarif de l'eau : il y aura une stabilité du prix de l'eau à euro courant (non indexé sur l'inflation), ce qui signifie une baisse relative, sachant que nous ne pouvons jouer que sur les 40 % du prix qui constituent la production et la distribution. Mais cette part avait augmenté de 260 % ­depuis 1985 ! De plus, nous travaillons à la mise en place d'un dispositif social pour ­répondre aux difficultés de certains ­ménages. Enfin, cela nous permettra aussi de renouer le contact avec l'usager. L'autorité organisatrice sera davantage contrôlée que ne l'étaient les délégataires, avec des indicateurs de performance. Les usagers siégeront dans le conseil d'administration, ils auront un rôle d'information, de participation, de concertation dans le service public de l'eau.


Faut-il un « service public de l'eau en France » qui échappe aux grandes majors ?

Je suis convaincue qu'un service public peut être plus efficace et mieux répondre à l'intérêt général et des usagers qu'un délégataire privé. Les expériences de retour en régie sont très concluantes, que ce soit dans un village de 500 habitants ou dans une ville comme Grenoble : ça marche. Ça marche en Allemagne, en Hollande, à New York, je ne vois pas pourquoi la France ferait exception. Cependant, si je crois au service public local de l'eau, je ne crois pas à un service national de l'eau. L'eau est une ressource locale, qui doit être gérée localement. Mais cela n'empêche pas d'avoir une politique nationale de l'eau et, pourquoi pas, d'inscrire de ­manière encore plus forte un « droit à l'eau ».


Mais le privé a des arguments, notamment en matière d'innovation technologique et de capacité d'investissement...

Nous allons toujours faire appel à l'innovation technologique du privé : par les marchés publics, l'appel à la concurrence... Le privé ne va pas disparaître du secteur. Ce n'est pas nous qui allons construire de nouvelles filières de traitement ou poser des ­canalisations. En revanche, nous aurons en interne les capacités technologiques de dire si ces filières et ces travaux sont adaptés à nos besoins. Le privé a son rôle, mais pas dans l'exploitation du service. C'est une ­redéfinition des rôles que nous devons avoir : trop longtemps, le privé a considéré qu'il pouvait faire le service public à la place des autorités locales. Cela a conduit, dans de nombreux cas, à une déresponsabilisation politique concernant les services d'eau, le privé s'arrogeant des prérogatives de puissance politique.