La Lettre du cadre territorial

Le magazine des professionnels de la gestion territoriale.

Accueil > Magazines > Lettre du cadre

La Lettre du Cadre Territorial

Un magazine à destination des cadres de la filière administrative qui balaye l'ensemble des questions managériales et décrypte l'actualité dans les domaines RH, finances et juridiques sur un ton impertinent, engagé et incisif.

Ajouter au panier Vous abonner (voir tarif )
(Règlement par CB, chèque bancaire ou mandat administratif)

A partir de :

129 €

Alors, malheureuse ?

Article du numéro 375 - 01 mars 2009

Leader

Le Conseil supérieur de la FPT a récemment adopté à l'unanimité un rapport sur les cadres A dans la fonction publique territoriale. Ce rapport, réalisé par le Maire de Sceaux, Philippe Laurent, à la demande du Conseil, dresse une situation pas vraiment rose de 3600 dirigeants territoriaux. Cet univers très masculin (80 % sont des hommes) est victime de blocages de carrières en nombre. Le rapport insiste sur l'urgence à assurer davantage de diversité et de renouvellement de cette filière, afin d'assurer l'avenir de l'encadrement de la FPT. La Lettre du cadre a interviewé Philippe Laurent à cette occasion.

Envoyer cette page à un ami

Soyez le premier à rédiger un commentaire !

Tous les articles du numéro 375

Télécharger cet article en PDF

Philippe Laurent est maire de Sceaux, membre du Conseil supérieur de la fonction publique territoriale. Il vient de rédiger un rapport sur les cadres territoriaux, présenté au CSFPT le 4 février 2009. Pour télécharger le rapport remis par Philippe Laurent, cliquez ici


Quel est aujourd'hui le principal obstacle au « bonheur des cadres » territoriaux ?

Sans doute, ce qui manque aussi aux collectivités territoriales : une vraie reconnaissance de leur rôle dans la société actuelle et des compétences avec lesquelles ils l'exercent. Plus spécifiquement, la perspective raisonnable de mener une carrière complète au sein de la fonction publique territoriale, avec un aboutissement digne des responsabilités exercées.


Les élus ne sont-ils pas les principaux responsables du malaise des cadres territoriaux ?

Les seuls responsables, non. Les principaux, oui. Il est étonnant de constater combien certains élus exécutifs de grandes collectivités considèrent que seul un haut fonctionnaire d'État peut être leur principal collaborateur. Cette attitude crée un véritable malaise et des interrogations profondes chez de nombreux jeunes administrateurs et ingénieurs territoriaux. Ces interrogations portent également sur la conception que les mêmes élus ont du rôle d'une collectivité en France : simple prolongement de l'État ou organe politique autonome ? J'ajoute que pèse aussi la relative incapacité des élus à s'organiser pour qu'existe un collège employeur structuré, à même de faire entendre ses spécificités et de négocier de vrais accords avec les professionnels. Pour autant, le rapport a été rédigé à l'initiative de membres du collège employeur du CSFPT. Les cadres territoriaux souhaitent des élus pleinement engagés dans leur mandat sur leur territoire, qui fassent confiance à leur savoir-faire, à leur expertise et à leur loyauté.


Faut-il restreindre l'accès des cadres de l'État à la territoriale ?

Dans ce domaine comme dans beaucoup d'autres, les mesures « autoritaires » ne sont pas de mise, et la liberté de recrutement par les élus de leurs principaux collaborateurs doit évidemment être préservée. Pour ­autant, le zèle avec lequel certaines administrations et certains organismes parapublics d'État cherchent à replacer leurs ­cadres en surnombre au sein des administrations territoriales devrait être modéré afin d'atténuer l'effet de « reprise en main » de la gestion publique locale. Les exécutifs locaux devraient être davantage conscients de l'immense intérêt de disposer de cadres supérieurs issus d'une carrière territoriale et en partageant toutes les valeurs. Nous mettons en avant dans notre rapport le fait que les valeurs du service public territorial se distinguent, par certains aspects, des ­valeurs du service de l'État.


Vos propositions ont-elles une chance d'être entendues... et concrétisées ?

Je pense d'abord qu'elles seront entendues et discutées par les professionnels eux-mêmes et par celles et ceux qui, au sein de l'administration d'État, suivent ces questions. J'espère qu'elles le seront également par les élus ­locaux, car c'est d'abord de leur volonté d'approfondir encore la décentralisation et la qualité de la gestion publique locale, que dépend le « bonheur » des cadres territoriaux. Quant à la concrétisation de nos propositions, qui sont de natures diverses, elle se produira pour certaines qui font consensus. Pour d'autres, il faudra la force de conviction que pourra mettre le futur Conseil supérieur de la fonction publique territoriale, mis en place fin mars. J'ai déjà proposé que notre rapport fasse l'objet d'un groupe de suivi permanent, compte tenu de la complexité et de la diversité des mesures à prendre.