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Vieillissement : pas qu'une mauvaise nouvelle

Article du numéro 373 - 01 février 2009

Repères

Même si la France s'en sort mieux que ses voisins européens, le vieillissement de la population va profondément affecter son modèle économique et social. Pour ne pas faire peser ce poids sur les générations futures, il faut dès maintenant prendre conscience du problème.

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Michel Godet est professeur au Conservatoire national des arts et métiers, membre du Conseil d'analyse économique.Il vient de publier, avec Marc Mousli, Le vieillissement, une bonne nouvelle ? à La Documentation française.


En 2006, les premiers baby-boomers ­fêtent leur soixantième anniversaire. Le grand mouvement de retrait des générations nombreuses de l'après-guerre commence. Ce sont chaque année près de 850 000 sexagénaires qui voient se présenter pour prendre la relève 750 000 trentenaires nés après le baby krach de 1975. Ce qui aura, à moyen terme, des conséquences sur la population active : le nombre d'actifs devrait continuer à croître jusqu'au milieu des années 2010, puis stagner. Le choc devrait s'étaler sur plusieurs années. Il n'en marquera pas moins profondément la physionomie de notre pays - et plus largement celle de l'ensemble du monde occidental, confronté au même problème de ­façon souvent plus aiguë que la France, qui conserve une fécondité relativement élevée.


Un poids pour les générations futures

La solidarité intergénérationnelle est naturelle et indispensable à la vie de nos sociétés. Mais elle ne consiste pas à faire payer - cher - aux jeunes, les erreurs de gestion et de prévision de leurs aînés. Si ces derniers voient s'accumuler les difficultés pour le financement de leur ­retraite, c'est d'abord parce qu'ils ont eu moins d'enfants (théorème de Sauvy, « les ­enfants d'aujourd'hui font les retraites de demain »). Ce n'est pas non plus aux générations ­futures de rembourser les dettes publiques accumulées par leurs ascendants. Gérard Calot le rappelait : « Une chute de naissances est, pour un pays, l'équivalent de ce qu'est pour une entreprise une diminution d'investissement ; cela permet de bénéficier, pendant un certain temps, d'une trésorerie plus confortable au prix de problèmes graves ultérieurs ; la politique familiale, c'est un investissement pour le long terme. [...] Une basse fécondité est ­accueillie de la manière la plus favorable par tous les acteurs de la société : moins de dépenses d'éducation, moins d'interruptions d'activité pour les femmes, plus de revenu disponible pour les ménages. »


Une dépendance à financer

Les dirigeants européens savent que la question du vieillissement par le bas (baisse du nombre de jeunes) est préoccupante, mais c'est rarement un sujet politiquement porteur. Ils ont néanmoins pris conscience du vieillissement par le haut. Ils savent que l'équilibre de nos systèmes de retraite et de santé nécessitera des mesures douloureuses. De plus, il faudra assurer le financement de la dépendance. On peut en effet vivre « jeune », bien portant et autonome de plus en plus longtemps, mais dans la tranche d'âge des plus de 80 ans, on estime que le taux de ­dépendance sera de 15 % en 2035. Et comme l'allongement de la durée de la vie et l'effet baby-boom font que le nombre de personnes dépassant cet âge va doubler en France d'ici à 2035 - elles seront plus de 6 millions - l'addition sera lourde, malgré les progrès ­sanitaires. On peut reculer les échéances, mais il arrivera inéluctablement un moment où les plus jeunes, encore actifs mais moins nombreux, paieront pour les anciens...

Tous les aspects de la vie sociale seront ­affectés par ces phénomènes : la transmission des patrimoines et celle des connaissances, le fonctionnement des services ­publics et celui des institutions politiques, le marché des voyages comme celui des cosmétiques ou encore l'immobilier, l'urbanisme, le management des grandes entreprises et la vie des PME.