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Edito

Audiovisuel : l'avènement du tout numérique. (28/10/2007)

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Le 24 octobre s'est tenu à Paris un colloque monté par NPA Conseil intitulé « Horizon 2012 : Quelles stratégies gagnantes pour le tout-numérique ? ». La ministre de la culture à rappelé qu'à l'heure de la télévision et de la radio numérique, alliées à une nouvelle mobilité et à une personnalisation des usages (vidéo à la demande, développement des terminaux personnels comme les téléphones mobiles ou les baladeurs), nous savions tous que nous vivions une révolution des moyens, des technologies et des « tuyaux ». Mais, a-t-elle ajouté, le problème est de savoir ce que nous voulons faire de ce progrès. Sans soutien aux créateurs, à l'innovation en amont (dès le travail d'écriture), ces nouveaux supports ne seront que des coquilles vides de sens « ou alors dédiées en grande partie à des programmes venant d'autres pays, pour ne pas dire d'Outre-Atlantique ».

A ce sujet, le rôle d'impulsion du CNC est fondamental. Cependant on y trouvait jusqu'alors beaucoup de « guichets » très cloisonnés, sans coordination. Pour une fois, un dispositif expérimental a permis de mettre en commun des moyens (certes modestes, 1 M€) venant de différentes directions du CNC. Il s'agit d'un appel à projets pour des œuvres multimedia créées, dès l'origine, pour au moins trois supports de diffusion sur cinq : le cinéma, la télévision, la téléphonie mobile, le jeu vidéo, internet. 150 projets ont été envoyés au CNC, mais on constate une prépondérance de la logique marketing des producteurs (diversification d'un produit audiovisuel sur divers supports) sur celle d'auteurs investis par exemple dans des projets web documentaires ou des plateformes communautaires. Et le problème est de savoir si, du fait de la demande de programmes plus courts (des séries, des fictions, des programmes d'animation, des reportages de quelques minutes), on restera dans une logique d'œuvres...


En ce qui concerne les sources de financement, les fonds régionaux (voire départementaux) d'aide à la production se sont beaucoup développés, même s'ils restent en France des financements de complément (sauf peut-être s'agissant de l'Ile-de-France). En 2006, les collectivités ont engagé près de 50 M€ au travers de 1400 aides accordées, dont 800 dans le cadre de la mesure du CNC « 1€ pour 2€ » (500 concernent l'audiovisuel). Des conventions ont été signées avec 24 régions, 6 Départements, une communauté de communes, ainsi que la Ville de Paris. Cette politique territoriale du CNC est le gage du maintien de la diversité des oeuvres et contribue à la localisation des tournages sur l'ensemble des territoires. Le CNC souhaiterait aujourd'hui que plusieurs Régions puissent intervenir sur le même projet.

A l'occasion d'une conférence de CITIA sur « les nouvelles sources de financement pour les productions audiovisuelles » (qui s'est tenue à Annecy le 17 octobre), Grégory Faez, directeur de Rhône-Alpes Cinéma, a estimé qu'il n'y avait pas de véritable concurrence entre les fonds régionaux. Pour autant, il estime que le bilan de cette interrégionalité (bien que les chargés de mission cinéma/audiovisuel des Régions se rencontrent de temps à autre) est « moyennement positif ». Pour le producteur : les coûts augmentent avec l'augmentation des lieux de production, il a donc besoin de savoir s'ils vont rester inférieurs au bénéfice qu'il en tire avant de chercher à faire appel à plusieurs fonds régionaux. Pour le territoire : le partage se fait souvent au détriment de la plus petite Région, et au bénéfice d'un territoire dominant (y compris en terme d'emplois générés). Quant à la réciprocité, elle n'est pas évidente car les producteurs ne sont pas les mêmes d'un film à l'autre.

Quant à l'inter-régionalité européenne, Ciné Régio est un réseau d'échanges qui permet aux représentants de 27 Régions européennes d'apprendre à se connaître et à échanger. Si les modalités de soutien ne sont pas les mêmes d'un pays à l'autre (en France, il s'agit de coproductions sous forme de subventions, ailleurs de prêts bonifiés ou d'avances sur recettes), toutes les Régions se retrouvent sur le fait que leur intervention financière doit se traduire par une retombée sur leur territoire. En outre en France, le crédit d'impôt incite à la relocalisation des productions. Bref, la Commission européenne voudrait pouvoir libéraliser les échanges, mais chaque pays veut territorialiser chez soi... La stratégie européenne dépendra peut-être de l'après Viviane Reding, (l'actuelle commissaire à la société de l'information et aux médias de la Commission européenne)

Si l'Europe touche aux règles liant les interventions d'une Région au fait que les productions se passent sur son territoire, demain les Régions baisseront ou supprimeront leurs fonds d'aide !

Grégory Faez estime que dans le secteur de l'audiovisuel, il y a bipolarisation entre le marché (qui draine de plus en plus d'argent) et les fonds publics (CNC, collectivités territoriales) qui tentent de lier leurs aides à la recherche d'une certaine qualité. L'Etat et les collectivités vont-elles supporter longtemps que nos films d'auteur soient de moins en moins vues ?

On le voit, les enjeux sont complexes, et l'on est dans un domaine où l'imbrication entre le public et le privé est fort. En raison de la profonde évolution des pratiques culturelles et médiatiques actuelles (cf. la Brève ci-dessous), les acteurs culturels doivent s'y intéresser et prendre la mesure de ces changements dans leurs pratiques professionnelles.

François Deschamps

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Extrait de Lettre d'information du réseau culture - N° 133 (28/10/2007)
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