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Edito

Musées : du passé faisons l'avenir et inventons le musée de demain !. (24/02/2011)

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On parle beaucoup de renouveler les modes d'action culturelle dans le secteur du spectacle vivant, mais quand est-il dans le secteur patrimonial des musées ? Je suis allé écouter récemment Serge Chaumier, dorénavant professeur à l'université d'Artois (après 10 années en Bourgogne), venu parler du « renouvellement du projet muséographiquepour inventer le musée du 21ème siècle".

Les raisons pouvant expliquer l'inquiétude des professionnels des musées sont connues : baisse générale des ressources de l'Etat et des collectivités ; coûts de construction et d'aménagement des musées en constante progression ; exigences et normes faisant augmenter les charges (sécurité, accueil des publics, loi handicap, service culturel du musée  exigé par la loi de 2002 sur les musées) ; demande des publics poussant à développer une muséographie professionnelle avec des technologies devant être renouvelées rapidement etc.

Les essais de mutualisation des petits musées restent timides  (l'Etat n'a pas encouragé par exemple le développement des conservations départementales des musées quand il aurait fallu, c'est-à-dire dans le début des années 90). L'évolution est problématique, avec une dichotomie de plus en plus évidente entre les grandes institutions muséales (qui captent l'audience et la fréquentation, la notoriété et les crédits (notamment le mécénat que tout le monde espère), et d'autre part les petits équipements, dont certains sont au bord du décrochage.

A partir de ce constat, Serge Chaumier remet en cause de façon radicale le modèle de développement qui s'est imposé depuis 50 ans, reposant sur une forte professionnalisation et une focalisation sur les équipements dédiés.


Selon lui, la professionnalisation a créé une coupure :
-  entre le monde des professionnels et les amateurs (la professionnalisation s'est faite en écartant les bénévoles, telles les sociétés savantes, les sociétés locales, les « amis des musées »...
- entre les missions du Ministère de la culture version Malraux et l'éducation populaire ;
- entre les artistes et les amateurs, entre le monde de la culture et la société.

Quant aux lieux muséaux, le réflexe a trop souvent consisté à penser le patrimoine comme fonctionnant sur lui-même sans l'insérer dans de nouvelles fonctions sociales au c½ur de son territoire, de ne pas lui attribuer de nouveaux usages, de le sacraliser, de l'isoler en le confiant à des professionnels, bref de « muséaliser » à tout crin.

Le renouvellement n'est pas aisé, car d'abord les musées ne sont pas les seuls en cause, et en outre le Ministère a toujours favorisé ce modèle de développement qui atteint aujourd'hui ses limites. Parallèlement les associations connaissent elles aussi des difficultés dans le renouvellement de leurs cadres. On n'a guère favorisé l'investissement civique dans les associations culturelles, alors que paradoxalement beaucoup de jeunes veulent faire de la culture leur métier.

Il n'y a pas une solution unique, mais il faut peut-être envisager des développements différents selon le cas, en retrouvant un lien entre les ½uvres et l'action culturelle : informer, former et impliquer le public (rôle d'activateur) pour qu'il devienne acteur du projet.

Réinventer le musée consisterait à anticiper de nouvelles missions, à l'intégrer dans une logique de développement durable, à en faire un vecteur de transformation. Il pourrait abandonner un peu une logique purement conservatrice (voire fétichiste) des collections pour  « descendre dans l'arène des enjeux contemporains »et privilégier le faire ensemble et les débat s en partant d'ici et maintenant.

L'enjeu est politique puisque les questions contemporaines peuvent être sensibles. Mais on faciliterait l'interprétation (par les activités éducatives), la rencontre des points de vue, le débat contradictoire, les approches transdisciplinaires, la diversité des démarches, la convergence entre les secteurs de la vie sociale, les actions hors les murs, les démarches communes entre musées (mise en réseau), la diversification des financements (mécénat, souscriptions..).

Cette intervention était incisive et rafraichissante, mais elle a choqué un certain nombre de professionnels du patrimoine présents qui se sont sentis remis en cause dans leur travail. Serge Chaumier a dû ajouter que ce renouveau du musée ne signifiait pas qu'il ne faille pas rester exigeant sur la qualité,  et qu'il fallait continuer à composer avec des corps de métier qui ont chacun leur nécessité et leur spécificité : le scientifique (garants des contenus), le conservateur (chargé du projet), le muséographe (le contenu et sa mise en ½uvre) et le scénographe (le contenu dans sa visualisation).

François Deschamps

Photo FD: Cloître du Palais delphinal de St Donnat sur l'Herbasse

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Extrait de Lettre d'information du réseau culture - N° 291 (24/02/2011)
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