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Edito

Mémoire collective et identité. (28/11/2010)

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Centre Images, grâce à la Région Centre, prolonge son travail de collecte de films d'amateurs ou d'entreprise, en lançant une chaîne d'images d'archives intitulée Mémoire, qui permet de découvrir, d'explorer et de partager sur internet des milliers de films d'amateurs depuis 1920.

De façon similaire et parce que le cinéma n'a pas de frontières, Archivalp, né d'un projet européen transfrontalier entre la Cinémathèque des Pays de Savoie  et de l'Ain et la Médiathèque du Valais à Martigny (Suisse), permet de numériser et de mettre en commun des fonds liés au monde alpin (histoire, paysage, population, mode de vie, etc.), puis de les diffuser grâce aux divers médias (site web, DVD, TV locale, projections publiques).

C'est un cinéma du quotidien qu'il faut savoir apprécier comme caractérisant la mémoire collective d'un territoire. Si ces images n'ont pas la même qualité technique que les films professionnels, elles témoignent de la vie familiale, des travaux et des transformations économiques, de la vie sociale avec ses moments de joie et de peine.


Ce travail des cinémathèques me semble bien correspondre avec l'esprit de la convention pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel, adoptée lors de la 32e conférence générale de l'UNESCO en octobre 2003 et entrée en vigueur en 2006. Je suis cependant  un peu sceptique sur l'intérêt de cette procédure de reconnaissance officielle, par l'Unesco, de traditions populaires censée les préserver.

D'abord parce que ces traditions touchent à tant d'aspects de la vie et sont si nombreuses que les sélections effectuées  seront toujours plus difficiles... et discutables. Ainsi en 2010 ont été sélectionnés dix dossiers, dont  en France « le repas gastronomique des français », « le savoir-faire de la dentelle au point d'Alençon » et  « le compagnonnage », mais il y eût auparavant : les chants corses, la tapisserie d'Aubusson, la technique du tracé dans la charpente française, le maloya (musiques, chants et danses de la Réunion) et les géants participant aux processions dans le Nord et le Sud-Est...

Ensuite parce que la concurrence féroce entre les dossiers de candidature conduit les porteurs de projet et les collectivités territoriales qui les soutiennent à dépenser beaucoup d'énergie pour de coûteuses opérations de lobbying, voire politiciennes (Nicolas Sarkozy avait profité du salon de l'Agriculture pour annoncer la demande d'inscription par la France du repas gastronomique des français).

Pourquoi pas demain, s'amuse Marc Belit dans son édito, « les joueurs de pétanque comme les siffleurs de chiens, les collectionneurs de timbres comme les joueurs de mah jong ». « On se rendra compte alors, ajoute-t-il,  que les cultures du monde ne sont que l'autre face de la mondialisation unifiante qui les dissout pour mieux les muséifier ».

Et le risque principal est là, sans aucun doute : figer des traditions qui étaient vivantes au moment de leur reconnaissance et, de ce fait, faire en sorte qu'elles restent intactes et ne bougent plus, comme certaines musiques et danses folkloriques. Or les traditions évoluent, heureusement, elles se renouvellent en s'enrichissant sans cesse de nouveaux apports. Ces « traditions actualisées » nous racontent la vraie vie, le mouvement, je les préfère aux traditions sclérosées qui tendent trop souvent à nous faire croire « qu'avant c'était mieux »...

François Deschamps

Lettre d'information du réseau culture
Extrait de Lettre d'information du réseau culture - N° 281 (01/12/2010)
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