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Présomption de culpabilité. (02/09/2010)
Eric Woerth est dans une situation délicate alors que s'annonce le débat sur la réforme des retraites. Mais c'est sans doute la classe politique toute entière qui, par ses propos, a mis de l'ombre sur le principe de présomption d'innocence.
Dès le 7 septembre, la réforme des retraites va faire un retour tonitruant sur la scène politique. Mais il y a fort à croire que l'attention médiatique et populaire se porte autant sur le projet en lui-même que sur celui qui le porte. Et Eric Woerth pourra crier au complot, il n'en demeurera pas moins responsable de cette situation.
La classe politique s'est en effet tirée une balle dans le pied en matière de présomption d'innocence. Exemple frappant: Nicolas Sarkozy annonçant fièrement l'arrestation de l'assassin du Préfet Erignac. Pas encore jugé, Yvan Colonna n'était pourtant pas présumé coupable, mais présumé innocent. Les libertés prises par la classe politique sur le fonctionnement de la justice sont revenues essentiellement dans la figure de Monsieur Woerth. Il n'est pas rare que dès la première mise en examen, les adversaires politiques vous considèrent déjà comme coupables. De même avec les grandes "affaires" médiatiques: meurtre, viol, délits en tous genres, la classe politique ne prend pas de gant pour dégager des coupables et calmer le jeu.
Eric Woerth a beau se débattre en rappelant ce sacrosaint principe, il n'en demeure pas moins un doute sur son intégrité. Et ce doute est né de l'évitement général de la présomption d'innocence par la classe politique.
Alors que commande désormais, politiquement, la situation ? En maintenant son portefeuille ministériel à Eric Woerth, Nicolas Sarkozy peut imaginer deux situations. La première, c'est de faire porter un projet qui s'annonce par nature impopulaire par un homme fragilisé. Ainsi, le fusible est déjà prêt à sauter. La seconde, c'est non pas de fragiliser son Ministre mais de fragiliser sa réforme. Ce risque est courru par le Président et son équipe.
Forcément, du côté de l'opposition, le choix est multiple. L'on peut tout à la fois critiquer le projet et le porteur du projet. Reste à en faire bon usage pour ne pas paraître s'acharner sur un homme déjà blessé.
Voilà donc un gouvernement qui s'apprête à entamer une ligne droite cruciale vers 2012 en portant en son sein des divisions sur le dossier sécuritaire, un Ministre au coeur d'un scandale (fondé ou non) et qui refuse de démissioner, un autre Ministre (Brice Hortefeux) dont le jugement pour ses propos tenus à l'encontre d'un militant UMP sur son origine est suspendu à un appel qu'il a demandé, et un collectif gouvernemental menacé par un remaniement déjà annoncé. On va finir par croire qu'Alain Joyandet, Christian Blanc et Martin Hirsch ont eux, pris une décision qui leur évitera des sueurs froides automnales.

Extrait de
Lettre d'information du réseau politique - N° 270
(02/09/2010)
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