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Centres de ressources : ces veilleurs aux avant-postes de la prospective... (03/06/2010)
La Conférence permanente des centres nationaux de ressources (Hors-les-murs, Irma, CNT, CND) organisait le 1er juin à la Villette une Rencontre nationale sur les enjeux de la ressource dans le domaine culturel, notamment le spectacle vivant.
Dans quel état seraient la création, la diffusion et la formation si elles ne pouvaient s'appuyer sur ce quatrième pilier indispensable (d'aucuns préfèrent y voir une « charpente » !) qu'est la ressource culturelle, condition sine qua non de la réussite des trois autres.
Ont été soulignées l'importance des données brutes (la ressource nécessite d'aller à la source !), la méthode de collecte de ces données, et l'association dès le départ d'un réseau fiable d'acteurs de terrain pour faire remonter et diffuser des informations qualifiées (qui doivent circuler dans les deux sens) : en effet on assiste aujourd'hui, notamment avec internet, à une explosion du nombre d'informations , mais qui sont parfois subjectives ou fausses.
La donnée brute (qui fait quoi, où ?) a un goût démocratique plus prononcé que l'information, qui est déjà une synthèse, une relecture, une signature politique (dans la mesure où c'est un outil qui permet de prendre des décisions). Mais l'on doit se méfier, d'une part de la prétendue indépendance de l'enquêteur (son expérience peut l'influencer, il est partie prenante d'un éco -système qu'il étudie et dans lequel il agit), d'autre part de l'instrumentalisation : l'élu peut vouloir chercher à connaitre l'utilité de telle ou telle subvention... cependant l'analyse n'est pas simple, notamment parce qu'on se situe le plus souvent dans le cadre de financements croisés. Pour Stéphane Fiévet, nouveau Délégué au théâtre au Ministère, Il ne faut pas se crisper sur ces risques, mais assumer « d'être soi parmi les autres ».
Il s'agit de données quantitatives (si les chiffres ne constituent pas la ressource culturelle, ils y participent), mais aussi qualitatives (on travaille sur l'humain), il peut s'agir aussi de repérer des actions de terrain innovantes pouvant faire évoluer le paysage culturel (créer de la ressource « actionnable »). On doit tenter de prévoir, d'anticiper les problématiques et le besoin de connaissance sur tel ou tel sujet, pour pouvoir répondre quand ils se feront jour. Pour autant, il faut savoir pourquoi on va chercher à compiler, sur la durée, telle ou telle ressource et savoir mesurer l'investissement généré (moyens, temps). Le tri, la validation, la réorganisation des données constituent une mission d'intérêt général.
L'observation est complémentaire de la ressource, elle permet d'analyser les données, de faire des comparaisons, de mettre en perspective, de dégager des tendances, d'aider aux choix. Autant la production de ressource peut être valorisante, autant l'observation peut être plus ingrate et faire l'objet de critiques. D'où l'importance de la co-construction de données, afin d'arriver à se mettre d'accord sur quelques données fondamentales.
Les centres de ressources s'appuient sur la pluri-disciplinarité artistique et sur la pluri-domanialité technique : cela exige une capacité d'expertise (clés de lecture) territoriale et artistique ainsi qu'un outillage technique, juridique et de gestion. Cela renvoie à la double compétence souhaitable des équipes (chacun doit être bon dans un domaine technique mais dans le même temps passionné et compétent dans un secteur artistique). Cet accent porté sur l'art doit les conduire à entretenir des relations fortes avec le milieu professionnel (participation à des rencontres professionnelles, festivals, etc.).
En terme de responsabilité, qui doit faire quoi ? il existe des centres de ressources sectoriels au niveau national, et des centres de ressources territoriaux au niveau régional (ils ont constitué une Plateforme interrégionale), voire au niveau départemental ou local. Ils assurent une activité parapublique, à l'interface entre les acteurs culturels et les pouvoirs publics.
La nécessité de pouvoir échanger pour établir un minimum de normes communes et de décloisonner les ont conduit à créer des bases de données mutualisées (RIC, Réseaudocs) au niveau français (pas encore européen). Il faut pouvoir apporter des réponses adaptées à des publics divers qui ont des besoins différents (professionnels du spectacle, institutions publiques, etc.), mais penser aussi que les ressources du secteur culturel peuvent avoir des usages sur des portails dédiés au tourisme, à l'emploi et à la formation professionnelle, à l'économie sociale et solidaire , aux agences d'urbanisme, etc. C'est aussi un moyen de repenser l'économie du spectacle vivant comme une part de l'économie nationale, et de considérer que si le financement public reste important, c'est aussi un espace de richesse qui n'est pas seulement artistique mais aussi économique et social.
Chistopher Miles, directeur adjoint du DGCA (Ministère de la culture), pense que les centres de ressources, nombreux, doivent - davantage encore- travailler ensemble. Considérant que les collectivités ont elles-mêmes accompagné voire créé leur propre agence, il a estimé que l'Etat, « dans un paysage culturel arrivé à maturité », n'avait plus les mêmes raisons d'être présent partout aujourd'hui... D'où l'importance pour ces centres de ressource de pouvoir comparer des tendances et émettre un certain nombre de prévisions en réponse aux questionnements de l'échelon politique, ce qui leur permettra d'asseoir davantage encore leur légitimité...
Enfin, la fonction de conseil et d'accompagnement est essentielle : accueillir les personnes ou les groupes qui par exemple n'ont pu trouver sur Google ce qu'ils cherchaient, et qui croient en la capacité d'expertise des professionnels de ces centres de ressource en qui ils ont confiance, en tant qu'ils qui savent qualifier les informations (ils représentent l'intelligence de l'information). Car on ne trouve pas tout sur Google, surtout quand on a du mal à définir la question qu'on veut poser. Car comme l'a rappelé Hervé Le Crosnier, la manière dont on se pose la question est l'élément fondamental de la recherche documentaire...
François Deschamps
Bibliographie : Sources et ressources pour le spectacle vivant - Rapport au Ministre de la Culture -Emmanuel Wallon,Paris, février 2006 - Tome 1 (l'éventail des missions) - Tome 2 (la palette des compétences et des disciplines) - Annexes

Extrait de
Lettre d'information du réseau culture - N° 259
(03/06/2010)
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