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Edito

Culture et divertissement, le mélange des genres . (28/04/2010)

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Cela démarre un peu mal : le titre du livre dont je souhaite parler semble laisser entendre qu'il est intraduisible: Mainstream. Mais l'auteur de l'ouvrage (1), Frédéric Martel  (chercheur et journaliste à France culture et NonFiction.fr) a estimé qu'il fallait aussi se faire comprendre en français, aussi a-t-il rajouté en sous-titre : « Enquête sur cette culture qui plait à tout le monde » ... partout dans le monde.

L'auteur de « De la culture en Amérique » (Gallimard, 2006) s'est attaqué à la question de la mondialisation des produits des industries dites « créatives », notamment aux Etats-Unis. Les produits sont universels, homogènes, standardisés, uniformisés, répétitifs (en fait c'est tout un art que de produire cela, explique-t-il), les valeurs sont américaines mais mondialisées, en intégrant s'il le faut des valeurs locales, et en y ajoutant aussi, malgré tout, de la créativité. Les Etats-Unis n'exportent pas que leurs produits, mais aussi leur modèle...

Au-delà des Etats-Unis, Frédéric Martel a ainsi interviewé autour du monde plus d'un millier de personnes, notamment en Amérique latine, au Moyen Orient et en Extrême orient, dans ces dizaines de pays émergents dont on aurait sous-estimé le poids, qui développent maintenant leur propre culture et leurs propres médias. Et qui sont prêts, avec les gros moyens dont ils disposent, à affronter Hollywood ... à la vitesse du numérique (pendant que les Français ne verraient le numérique que comme une menace).


Il décrit la complexité du système, notamment la capacité qu'ont les magnats des industries américaines du disque, du jeu vidéo  ou du cinéma  (disons le capitalisme) à repérer, intégrer, récupérer  tout ce qui est bouillonnant, expérimental, innovant (produits de niche), talentueux,  voire marginal (contre-culture), ainsi que la diversité linguistique et culturelle (par exemple la culture noire, latinos, gay, féministe a poussé à prendre au sérieux la culture populaire propre à ces minorités). « La diversité culturelle est devenue en quelque sorte l'idéologie de la mondialisation »... Cette uniformisation de la culture de masse n'a pas éradiqué les cultures locales que l'on voit au contraire  prospérer (l'Amérique les produit même elle-même, à l'occasion, pour faire de l'argent), pour autant la culture américaine est devenue la culture commune... on aurait deux cultures.

Pour Frédéric Martel, l'Etat français défend cette diversité de façon incantatoire dans les instances internationales mais ne la valorise pas du tout sur notre territoire... pendant que les Etats-Unis, eux, détruisent la diversité culturelle à travers le monde mais la valorise beaucoup chez eux.

Il explique comment (plus que pourquoi) cette culture du divertissement est un soft power  (bah oui, ce serait aussi intraduisible...) qui peut permettre à un pays d'exister, d'avoir une influence sur les peuples ou les imaginaires à l'échelle des grandes régions du monde. Il n'analyse pas  les contenus (dommage, la culture n'est pas que de l'économie ou de la géopolitique), mais plutôt les stratégies : les modes de production et de diffusion, les méthodes marketing, l'influence dans le monde.

Vis-à-vis de « la vieille Europe », la vision de Frédéric Martel est assez radicale : on aurait cessé en Europe de vouloir être mainstream, on aurait fait le choix d'une culture davantage nationale et élitiste, en faisant disparaitre une culture populaire, celle-ci n'étant plus qu'américaine.  Pour Frédéric Martel, la culture mainstream serait « ce que l'élite n'aime pas mais que les français adorent, la culture de nos enfants, de nos étudiants».

Le livre est bourré de mots anglais, sous prétexte « qu'il faudrait peut-être commencer par produire cette culture pour en avoir les mots. Pour parler une autre langue que l'anglais, il faudrait que la France soit puissante »...

La culture, est-ce en définitive ce qui élève, ou bien s'agit-il de divertissement,  qui nivellerait par le bas et produirait un abrutissement général  (cf. Ariane Mouchkine parlant d'Eurodysney comme d'un  Tchernobyl culturel )? Mais ne créée-t-on pas, ce faisant, une hiérarchie ou une frontière trop grande entre ce qui serait de l'art et ce qui ne le serait pas ? Frédéric Martel prône un rapport décomplexé par rapport à la culture « On peut aimer à la fois Avatar et Valse avec Bachir, le Roi-lion et Bernard-Marie Koltès », plaide Frédéric Martel, en parlant d'un nécessaire décloisonnement, d'un mélange des genres (un cross-over, ne peut-il s'empêcher d'écrire !), permettant d'aimer tout à la fois, en critiquant ces regards condescendants, ce dédain, cette frilosité  envers tout ce qui est populaire.

On peut ne pas être d'accord avec cette thèse, critiquer cette culture mainstream ou souhaiter a minima qu'elle soit régulée afin d'empêcher les abus de position dominante des majors. Toutefois, cet ouvrage peut aussi aider à mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons, mondialisé et bousculé par la révolution numérique.

François Deschamps

(1)Editions Flammarion

Photo © auris - Fotolia.com

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Extrait de Lettre d'information du réseau culture - N° 254 (28/04/2010)
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