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René Rizzardo, notre ami et notre guide. (14/04/2010)
« Il y a bien des choses dont je ne pourrai plus parler à personne lorsqu'il sera mort ». C'est par ces mots de Picasso parlant de Matisse à sa compagne Françoise Gilot, que Michel Orier, directeur de la MC2 de Grenoble, commença son éloge à René.
Il s'en est allé, notre ami René, trop tôt hélas. Sa voix forte et assurée, sa poignée de main si franche, ses interjections souriantes (« tu as dépassé ton temps de parole ! »), son pouvoir de conviction (il préférait plutôt se remettre en question et trouver de nouveaux arguments que de penser que son interlocuteur était bête parce qu'il n'avait pas compris ou ne voulait pas comprendre) ; ses convictions inébranlables (l'émancipation de l'homme passe par une culture exigeante qui doit pouvoir être partagé par tous) ; son optimisme dans la vie (qui lui faisait refuser la nostalgie pour toujours aller de l'avant)... tant et tant de choses encore, qui nous manqueront mais qu'on ne pourra oublier... et qu'il nous appartient désormais de faire partager à d'autres.
Nous étions des centaines vendredi dernier à Grenoble pour lui dire adieu et surtout « merci ». Beaucoup ont témoigné : son vieux complice Bernard Gilman, très ému (adjoint au Affaires culturelles avant lui auprès d'Hubert Dubedout); Catherine Tasca l'ancienne directrice de la Maison de la Culture de Grenoble et ancienne Ministre de la culture, que René avait souvent conseillé ; Jean-Jack Queyranne qui a parlé de « l'homme juste » ; Michel Destot qui a souligné le contaste qu'il y avait toujours eu entre sa simplicité légendaire et son rayonnement exceptionnel ; un conseiller du Ministre de la culture (Pierre Lungheretti) ; l'ancien président de l'Université Pierre Mendès France ; Louise Rollet, qui assista René dans ses débuts à l'OPC ; Jean-Pierre Saez bien sûr, qui a repris le flambeau de l'OPC, mais aussi Guy Saez et Mireille Pongy du Pacte-CNRS, ainsi que Marie-Christine Bordeaux ; des anciens travailleurs sociaux du quartier de la Villeneuve ; Marc Mallen l'ethnologue du Conseil général des Hautes-Alpes, son fils Pierre, guide de haute-montagne.
Etaient présents d'anciens DRAC ou haut-fonctionnaires du ministère (Michel Fontès, Jérôme Bouët, Jacques Laemlé...), Geneviève Gentil (Comité d'histoire des politiques culturelles), mais aussi des DAC de collectivités : Jean Guibal et Emmanuel Henras, Isabelle Chardonnier, Jean-Louis Biard...) ainsi que des directeurs de structures culturelles régionales (Jean-Claude Lartigot de la NACRe, etc.).
J'ai reçu de nombreux témoignages de mes collègues et amis, qui tous témoignent du respect, de l'attachement, voire même de l'admiration envers René Rizzardo.
Du côté des Départements, Vincent Lalanne (Culture & Départements) rappelle que dans les colloques organisés par l'association au Sénat dans les années 90, il nous avait maintes fois rappelé les enjeux et les défis de nos collectivités locales, qui étrangement plus de dix ans après gardent toute leur actualité. René souhaitait que les associations professionnelles, au delà de leurs différences, saisissent l'importance des évolutions politiques culturelles actuelles. Et puis était simple et très attentif aux autres, nous n'oublierons pas son sourire.
Jean-Michel Paris (CG Hérault) relève le rôle essentiel qu'il a joué, Helga Sobota (CG de l'Ardèche) souligne son attachement à la belle personne qu'était René, qui avait l'art de nous réunir. Philippe Mille (CG de Loire Atlantique) affiche son plus grand respect à ce « grand Monsieur »... la référence de ses premières armes dans le milieu culturel. Anne France-Lanord admirait sa capacité de réflexion, d'anticipation et de prospective dans le champ culturel.
Bernard Morin, un des premiers diplômés du DESS de l'OPC, m'écrit : René était un « grand acteur » de la culture et du développement territorial. L'Observatoire et ses réseaux continueront ce chantier de l'Action culturelle et de l'éducation populaire dans cette société aussi maltraitée (éducation, emploi, solidarité)... mais avec quels moyens ?
Du côté des Régions, Jean-Pierre Rata (PACA) estime que René était plus qu'un homme de talent et un grand professionnel, c'était avant tout un humaniste et un défenseur des valeurs qui sont communes à tous les êtres humains. Francis Gelin, Directeur de l'Agence culturelle d'Alsace, appréciait la personne chaleureuse et loyale autant que le professionnel, brillant analyste et visionnaire.
Du côté des Villes, Jean Perrin (Reims) rappelle qu'œuvrant avec conviction et dynamisme à la création de l'association des DAC des grandes Villes et Agglomérations, aux côtés de Jean-Jacques Aillagon, Jean-Louis Bonin, etc., il a accompagné sans relâche, pendant près de 10 ans, les travaux de l'association, alimentant ses réflexions avec le sens de la synthèse et la pertinence qu'on lui connaissait. Il a incontestablement contribué fortement à la reconnaissance de cette association (comme de Culture & Départements) et à leur donner toute leur place dans le « landerneau culturel ». Jacques Montaignac (Avignon), qui l'a accueilli pendant plus de 30 ans au festival (jusqu'en 2005), se souvient encore de son aide en 1998 quand la Ville se lançait dans la course au label « Capitale européenne de la culture en l'an 2000 ». Franck-Olivier Revillet (Roissy) parle d'un grand humaniste et porte-parole de la culture, quand Gilles thorand (Bourgoin-Jallieu) va jusqu'à parler de modèle (il ne devait pas aimer ce terme, sauf à le déconstruire/reconstruire), mais surtout de cette étincelle permanente qu'il avait dans les yeux et qui nous donnait foi en l'avenir des politiques culturelles.
Je terminerai cet hommage à plusieurs voix par le message de Cathérine Bernié-Boissard,géographe, docteure en sciences humaines et sociales à l'Université de Nimes et de Montpellier : « Comme bien d'autres, j'ai aimé le lire et l'entendre... il s'agit maintenant de poursuivre les tracés de ces chemins... ». René Rizzardo nous a ouvert des voies en effet et une manière d'avancer, l'avenir nous appartient maintenant en nous inspirant de son exemple.
François Deschamps

Extrait de
Lettre d'information du réseau culture - N° 252
(14/04/2010)
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