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Edito

REGIONALES EN RHONE-ALPES : UN DEBAT SUR LA POLITIQUE CULTURELLE. (08/02/2010)

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La culture avait été quasi-absente des débats lors de la dernière campagne des élections présidentielles. Il aura fallu cette inquiétude actuelle, tant du côté des acteurs culturels que des collectivités, pour remettre la question culturelle au goût du jour de la campagne pour les élections régionales des 14 et 21 mars. Ainsi le nouveau magazine culturel "Le Coup de Grâce" proposait-il le 1er février à Lyon un débat autour de la question culturelle en Rhône-Alpes (diffusé sur internet jusqu'au 14 mars). Les organisateurs ont eu un double mérite qu'il convient de souligner.

Ils ont réussi tout d'abord à réunir en personne les principales têtes de liste au niveau régional :
Françoise Grossetête (UMP), Bruno Gollnisch (FN), PhilippeMeirieu (Europe Ecologie) etJean-Jack Queyranne (PS), président sortant de la Région. Plus de 400 personnes étaient présentes.


L'autre mérite de ce débat est d'avoir été bien préparé, autour de quatre thèmes :
- la loi du désir : les candidats ont été questionnés surleur conception de la politique de la culture et sur les principaux axes de la politique culturelle qu'ils entendaient mener en cas de victoire ;
- la couleur de l'argent : furent évoqués les réformesen cours sur les collectivités territoriales et leurs conséquences pour la culture ;
- le goût des autres : aurait dû permettre d'évoquer avec les candidats la singularité de l'artiste et la parité, mais la difficulté des animateurs à maîtriser le temps de parole des orateurs en a décidé autrement.
- la fureur de vivre : les candidats furent questionnés, de façon plus prospective, sur internet et le numérique : comment prendre en compte ces outils de création, de diffusion et de partage qui modifient profondément les pratiques culturelles des français, et singulièrement des plus jeunes.


Jean-Jack Queyranne préside une vaste région de 6 millions d'habitants qui investit chaque année plus de 50 millions d'euros (sur 2,4 milliards) dans sa politique culturelle. Avec une méthode, qui a consisté à revisiter et adapter les politiques menées en matière de cinéma, de spectacle vivant, d'arts plastiques et de livre en organisant de vastes consultations avec les acteurs concernés ; et un budget que l'Exécutif a fait doubler au cours de son mandat et que Jean-Jack Queyranne affirme vouloir soutenir coûte que coûte en 2010. Un bilan globalement reconnu, qui rendait peut-être difficile le choix d'un angle d'attaque pour les autres candidats réunis autour de lui.

Je retiendrai quelques éléments forts de cette rencontre. Je passe assez vite sur un premier débat concernant les responsabilités de chacun : si de véritables politiques culturelles doivent être mises en place par les élus politiques, pour J.J. Queyranne autant que pour Ph. Meirieu, les choix artistiques ne doivent pas relever directement du pouvoir politique. La position des représentants de l'UMP et du FN était quelque peu différente, estimant que les élus devaient s'investir eux-mêmes, notamment dans les choix architecturaux des grands équipements voire le choix d'acquisition d'½uvres d'art.


Mais le c½ur du débat porta sur la question de l'équilibre entre l'offre et la demande culturelle, et sur l'équilibre entre la création/diffusion et la médiation culturelle.


Se référant à Bourdieu (toute offre culturelle accroit les inégalités) et à l'existence d'une fracture culturelle qu'aggraverait « lecrétinisme télévisuel que subit encore l'immense majorité des français», Philippe Meirieu souhaite placer la médiation culturelle au centre de la politique culturelle régionale, en souhaitant que la Région soutienne davantage les médiateurs culturels, les structures socio-culturelles et les associations de jeunesse et d'éducation populaire.


Sur cette question, Jean-Jacques Queyranne a d'abord rappelé que sans artiste, il n'y avait pas de culture, et Philippe Meirieu a été d'accord sur le fait que les artistes sont les premiers médiateurs culturels si... quand ils arrivent sur un territoire, il se passe un certain nombre de choses entre eux et le territoire : préparation en amont, travail avec les scolaires, les amateurs..., bref quand on fait tout pour éviter « le parachutage artistique d'évènements qui n'ont aucun rapport avec la population ». Cet effort, pour le candidat d'Europe-Ecologie, doit se faire systématiquement, quitte à diminuer le caractère évènementiel d'un certain nombre de manifestations culturelles, « le fantasme du rayonnement de la Région, car on ne rayonne pas à travers quelques étoiles entre lesquelles il y a des grands trous noirs d'une population...plantée devant sa télé ; on le fait si la population, les enfants, les amateurs sont globalement mobilisés »...


Jean-Jacques Queyranne a d'abord regretté que l'Education nationale n'ait pas su faire sa place aux disciplines artistiques et d'éveil culturel, en rappelant sa proposition qu'une demi -journée par semaine dans le temps scolaire, de la maternelle au lycée, leur soit consacré. Il a ensuite parlé de l'action culturelle de la Région en direction des jeunes, au travers de divers dispositifs tels que Lycéens à l'Opéra, Lycéens et apprentis au cinéma ou la carte M'RA, qu'il fallait intensifier.


Il a expliqué que le travail mené par la Région consistait à assurer au mieux la couverture de l'ensemble du territoire par la présence de compagnies artistiques qui cherchent le contact avec le public et sont en lien avec le territoire, ce qui ne permet pas de parler de parachutage. Après avoir précisé que la Région avait accompagné deux structures que des maires (UMP) avaient remerciées (la Cie de marionnettes Emilie Valentin dorénavant installée au Teil (Ardèche) et la Cie des arts de la rue Transe Express dans la Drôme à Eurre, il cita plusieurs initiatives significatives : le pôle du cinéma d'animation Folimage de Bourg-les-Valence, l'école et le festival du film documentaire de Lussas, le centre des arts du clown et du cirque de Bourg Saint-Andéol, ou encore un lieu de résidence artistique dans le Parc naturel régional du Pilat, l'essaim de Julie. « Ne rabaissez pas le niveau en matière d'exigence artistique » a-t-il ajouté à l'adresse du candidat d'Europe-Ecologie, en rappelant aussi l'importance économique des emplois culturels dans cette région (60 000 personnes), avec des artistes qui travaillent trop souvent encore dans la précarité.


Philippe Meirieu s'est dit partie prenante de ce bilan, mais il voudrait davantage de volontarisme dans le soutien aux initiatives dans les territoires et, surtout, « changer la manière de penser la question culturelle ».


Le Président de la Région aurait pu rappeler, à ce moment-là, que les responsabilités culturelles devaient se répartir, notamment à l'aube de la Réforme territoriale,, dans le cadre d'un partenariat renforcé entre les agglomérations, les villes, les Départements et la Région, celle-ci n'étant pas forcément la mieux placée pour intervenir spécifiquement à l'échelle régionale sur la question des pratiques amateur et de la médiation en milieu rural.


Pour autant, il aurait pu aussi se prévaloir des nombreuses actions menées sur tout le territoire, ainsi que dans les centres d'handicapés, hôpitaux et prisons, grâce au Fonds d'Innovation Artistique et Culturelle de la Région Rhône-Alpes (FIACRE) dans son volet "médiation culturelle" (1). Sans doute manque-t-il d'un document-bilan permettant de communiquer et de mettre en exergue de très belles actions (diffuses donc plus difficilement communicables), où la médiation culturelle était justement au c½ur de projets, et cela à l'initiative d'artistes.


Cela aurait évité quelques excès de langage à Philippe Meirieu qui, de façon paradoxale, s'est prononcé pour des aides plus substantielles et dans la durée au fonctionnement des groupes artistiques, plutôt que de « les obliger à faire leurs preuves devant les bureaucrates de la Région » pour des projets ponctuels. Sauf que cet appel à projets du FIACRE, en l'occurrence, permet justement de s'assurer qu'il existe un objectif premier de médiation, et que sa gouvernance prend la forme, avant décision par les élus, d'un comité de sélection (dont je fais partie) dans lequel figurent des artistes, des acteurs culturels, des universitaires et des techniciens du Conseil régional (particulièrement compétents) ainsi que des élus de la commission culture (l'élue verte Josiane Scheppler, décédée en juin dernier, participait à presque toutes les réunions).


Terminons par l'intervention de Françoise Grossetête (UMP), qui lança quant à elle deux idées : un tutorat artistique (financer pendant 2 ans des artistes confirmés qui prendraient en charge un ou deux étudiants, des Beaux-arts ou autre) ; et une reconversion de sites désaffectés en ateliers d'artistes qui seraient proposés à prix réduit à des artistes régionaux durant un an. Pour le reste de son programme, elle renvoya à quelques jours plus tard, sur son site internet. On y découvrira (p.21) qu'il est prévu de « recentrer les moyens de la Région sur ses compétences légales » et de « supprimer les dépenses hors-compétences qui sont gérées par d'autres collectivités ». Ce qui peut paraitre en contradiction avec ce qu'elle déclara : « la culture n'est pas une variable d'ajustement budgétaire, c'est un choix politique, c'est le budget que l'on décide. Je m'engage à consolider le budget dédié à la culture et à favoriser les ressources complémentaires (mécénat, programmes européens) ».


François DESCHAMPS

(1)

 - " Le Fiacre a trouvé la bonne allure ", de F. Deschamps, dans la Lettre d'info du Réseau Culture n°105 du 14.03.2007 ;

 - " Du rêvé au réel, un dispositif réinterrogé ", de F. Deschamps, dans la Lettre d'info du Réseau Culture n°167 du 24.06.2008 ;


Photo © Région Rhône-Alpes / Francis Mainard

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Extrait de Lettre d'information du réseau culture - N° 243 (09/02/2010)
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