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"C'est la crise, il y en aura bien qui postuleront...". (25/10/2009)
Sur Cap Territorial, le site emploi des collectivités territoriales, je m'interroge devant une offre d'emploi de « chef de projets culturels » dans une ville de 30 000 habitants sur un grade d'assistant de conservation de 2ème classe (donc un poste de catégorie B de la filière culturelle). En lisant cette annonce, et sans que cela soit clairement exprimé, on comprend en fait qu'il s'agit ni plus ni moins d'exercer, certes sous l'égide d'un directeur des affaires culturelles, la responsabilité globale d'un Musée municipal.
Cela peut expliquer que le niveau de diplôme exigé pour ce poste soit fixé de Bac + 3 à Bac + 4, mais qu'en fait il est précisé que « Bac+4 et expérience sont souhaités ». Rappelons pourtant qu'il suffit d'être titulaire du Bac pour pouvoir passer le concours d'Assistant du patrimoine...On se demande si à ce rythme il ne va pas falloir bientôt être docteur d'Etat ou énarque pour pouvoir être recruté comme Attaché territorial !
Dans les textes (décret du 30 avril 2002), l'assistant territorial de conservation, c'est celui qui « assure les travaux courants dans l'établissement ou le service dans lequel il est affecté » (...). Dans les services d'archives, il pourra par exemple être chargé de la collecte et du traitement des archives administratives, de l'élaboration d'index, etc. Il contribue également au développement d'actions culturelles et éducatives.
Or le profil de poste de cette petite annonce, outre des missions liées à la médiation, prévoit :
- la gestion du musée (suivi des travaux d'aménagement d'un parcours d'exposition permanente, mise en oeuvre scénographique et muséographique) ;
- la gestion et la conservation des collections ;
- l'inventaire informatisé des collections en cours ;
- l'élaboration des expositions temporaires ;
- une participation au choix des acquisitions et des restaurations (élaboration des dossiers de demande de subvention, présentation des dossiers aux commissions régionales et gestion des relations avec la DRAC).
Dans le Guide des métiers édité par le CNFPT (page 244) qui n'est pas un texte juridique, la définition de « chef de projets culturels (agent de catégorie A ou B) est vague : « il organise, suit et valorise manifestations et équipements, ainsi que la pratique artistique dans un champ donné ou vers un public spécifique ».
Dans le cas présent, on est vraiment en présence d'un poste de responsabilité comportant des missions de conception à l'échelle d'un équipement, même s'il s'agit d'un petit musée et si le profil de poste ne comporte pas de fonction d'encadrement de personnels...faute de personnel ! D'après les textes (décret du 2 septembre 1991), il revient en effet aux Attachés de conservation de participer à la constitution, à l'organisation, à la conservation, à l'enrichissement, à l'évaluation et à l'exploitation du patrimoine de la collectivité.
Rappelons aussi le salaire d'un assistant de conservation (de 1 346 ¤ brut en début de carrière à 2 330 ¤ en fin de carrière) et la lente évolution de carrière : il faut avoir au moins deux ans d'ancienneté dans le 7ème échelon (donc être là durant 10 à 12 années) pour pouvoir accéder à la 1ère classe, dans la limite de 25% des effectifs des assistants de 1ère et 2ème classe.
Après recherche, le Musée concerné est labellisé « Musée de France ». Or les activités scientifiques des musées de France doivent être réalisées, de par la loi, sous la responsabilité de « personnels qualifiés ». Ce qui peut expliquer, dans cette offre d'emploi, l'exigence d'un haut niveau d'études et d'une expérience professionnelle, afin de pouvoir se justifier auprès de la DRAC. En outre, un Musée de France devrait théoriquement comporter un service des publics, doté d'un personnel propre.
Sans doute la collectivité s'investit-elle davantage dans d'autres secteurs culturels. Mais pour son musée, fait-elle vraiment une bonne affaire en recrutant son responsable sur une grille de salaire de catégorie B (si tant est qu'elle trouve un candidat ?) Il y a fort à parier que le poste est vacant parce que l'ancien titulaire du poste a estimé au bout d'un moment que l'écart entre ses compétences + ses missions, en regard de son salaire, était devenu trop important. Il y a fort à parier aussi que le turn-over se poursuive sur ce poste, au détriment de la qualité du service rendu.
En mettant en adéquation le niveau d'exigence et un positionnement correct dans l'échelle statutaire, les collectivités investiraient à long terme et surtout éviteraient de créer du désarroi auprès de nos collègues qui souhaitent s'investir dans la filière culturelle de la fonction publique territoriale.
François Deschamps

Extrait de
Lettre d'information du réseau culture - N° 228
(25/10/2009)
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