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Edito

Les français et la culture : évolution ou révolution ?. (19/10/2009)

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La grande enquête nationale sur les pratiques culturelles des français" (2008) qui vient d'être publiée présente l'intérêt d'une relative régularité (1973, 1981,1988 et 1997), ce qui permet d'objectiver la question des inégalités culturelles et de mesurer les évolutions, notamment d'une génération à l'autre (effets des transmissions inter-générationnelles).

En deuxième lieu, on remarque qu'au niveau de l'ensemble de la population, c'est la stabilité qui l'emporte : il y a une très grande continuité des pratiques, des effets liés notamment à l'origine sociale (un français dur deux ne fréquente quasiment jamais un équipement culturel...), une continuité aussi de l'effet de « cumul » (ceux qui lisent le plus sont ceux qui sortent le plus , etc.).

Les modifications sont lentes (on constate cependant une baisse de la durée d'écoute de la radio et de la télévision), et l'impact des nouvelles technologies, notamment Internet, pourrait paraître tout relatif au premier abord. (Sauf que le nombre des pratiquants a explosé : 2/3 des français sont connectés 12 h par semaine en moyenne, plus de la moitié sont équipés en haut débit, alors qu'en 1997 moins d'1% surfait sur internet !), A noter l'essor global du cinéma, de la musique (hormis les concerts classiques) et des jeux vidéo (de façon spectaculaire), la résistance du théâtre (de 16 à 19%), enfin le reflux de la lecture et de la fréquentation des musées (notamment en région). La multiplication des possibles provoque un émiettement certain de la consommation culturelle.


On pourrait donc parler d'une simple évolution des tendances observées en 1997, dans le cadre d'un consumérisme culturel qui devrait nous rendre humbles quant à l'impact des politiques publiques de la culture (que pèse-t-on face aux responsables des industries culturelles ou aux mutations démographiques et sociétales ?).

C'est lorsqu'on enlève les quinquagénaires des résultats et que l'on fait un focus sur les moins de 35 ans que l'on constate une révolution, du moins une réelle rupture générationnelle : goût accru pour les musiques et les films anglo-saxons (l'enquête quantitative a ici ses limites car il faudrait pouvoir caractériser de façon fine les manières d'écouter et la nature des répertoires écoutés), et par ailleurs baisse des autres pratiques (livres, journaux, musées, musique classique, radio et télé).

Depuis la dernière enquête, les disparités géographiques sont encore plus flagrantes entre Paris, où il y a toujours plus de consommation culturelle, et les régions française où il y en a de moins en moins.

Olivier Donnat, qui assure au Ministère de la culture la responsabilité de ces enquêtes régulières, distingue quatre groupes générationnels (bien qu'on ne soit jamais totalement associé à la pratique culturelle dominante de sa génération) :

- les plus de 70 ans, passés à côté de la révolution numérique, mais avides de culture ;

- les baby-boomers, qui accordent encore aux livres une grande importance ;

- les 30-40 ans,  qui se sont emparés de tous les nouveaux medias ;

- enfin les moins de 30 ans, adeptes notamment des appareils nomades.

Le groupe des moins de 30 ans. - C'est sur cette tranche d'âge que les produits numériques (ordinateurs, consoles de jeux, téléphones portables et smartphones)  ont des effets particulièrement importants, la fréquentation de la télé baissant au profit de tous les nouveaux écrans.

Normalement, c'est l'effet « cumul » et « renforcement des pratiques » qui joue, plutôt que celui de la substitution (plus on pratique internet, et plus aussi on sort au concert ou au théâtre ou on achète des disques). Mais chez les jeunes, c'est donc la première fois qu'un nouveau media aurait eu pour conséquence de faire baisser la pratique d'un autre media plus ancien.

Mais il faut relativiser, car il y a dorénavant entrelacement et diversité des pratiques (ce qui va rendre ce type d'enquête de plus en plus difficile à effectuer) : On assiste ainsi à une nouvelle culture de l'écran, puisqu'Internet permet aussi bien de regarder la télévision, d'écouter des CD  ou de télécharger des films. Internet favorise aussi de nouvelles pratiques amateur faisant appel à sa subjectivité (produire de la musique, des blogs de poésie, etc.). On assiste à une succession de modes d'utilisation d'internet. C'est l'outil de tous les possibles, du divertissement le plus affligeant à la connaissance des savoirs les plus pointus (l'accès aux œuvres symboliques),  que seules l'école et les familles bourgeoises transmettaient autrefois. La supériorité de la culture dite « légitime » prend donc un sacré coup dans les gencives.

Si le constat est préoccupant pour le livre et la fréquentation des bibliothèques, il faut souligner que le phénomène s'est développé avant même le développement massif d'internet : les français ont délaissé progressivement le livre pour aller vers la télévision et les jeux vidéo.

Ce qui doit nous questionner, c'est aussi l'effet générationnel. On sait maintenant que les goûts des jeunes de 20 ans (musique et films principalement anglo-saxons) seront les mêmes quand ils en auront le double, qu'en sera-t-il alors de la part des productions françaises dans leurs pratiques culturelles ?

Cette enquête nous montre l'ampleur des effets de ce début du 21ème siècle, marqué par la croissance ultra-rapide de la culture numérique et de l'internet. Elle doit continuer de nous interroger (tant les collectivités que l'Etat) sur l'élargissement de l'espace public qu'elle provoque, et sur l'adaptation indispensable des politiques publiques à ce nouvel univers, caractérisé par des  logiques plutôt individuelles au sein d'un monde globalisé, dans lequel de nouvelles identités culturelles se forgent sur des bases inédites.

François Deschamps

Crédit photo : Fotolia.com

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Extrait de Lettre d'information du réseau culture - N° 227 (20/10/2009)
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