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Edito

Evaluation-sanction ou évaluation-valorisation ?. (29/09/2009)

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Le choix d'Annecy par l'Observatoire des politiques culturelles pour organiser un Colloque national sur l'évaluation des politiques culturelles (« un sujet peu glamour » reconnaissait son directeur, Jean-Pierre Saez) n'était pas le fait du hasard. C'était en rapport avec la tradition historique de l'évaluation qui a marqué cette ville, depuis l'étude de Joffre Dumazedier sur les loisirs, puis l'évaluation de 1987 (sur laquelle René Rizzardo, qui en fut l'opérateur, revint longuement), évaluation qui fut suivi de trois autres, la dernière en date ayant porté sur la politique d'éducation artistique en direction des élèves des classes primaires.

Dominique Puthod, Maire-adjoint de la Ville d'Annecy chargé de la culture et Vice-président du Conseil général de Haute-Savoie, a rappelé en préalable qu'évaluer une politique culturelle supposait d'abord qu'il y en existât une qui soit portée par l'échelon politique, c'est-à-dire que soit exprimées :
- d'une part l'affirmation de l'intérêt général que représente un servicepublic de la culture, digne de recevoir de l'argent public,
- d'autre part l'importance d'un certain nombre de valeurs portés et débattues par les différents acteurs, notamment les artistes (par ex, la diversité culturelle, l'éducation à la citoyenneté...).

Alain Lombard, Directeur régional des affaires culturelles Rhônes-Alpes, a rappelé que l'évaluation était un sujet complexe...qui fâchait !Mais elle est nécessaire d'un point de vue stratégique, car il faut pouvoir (d'autant plus s'agissant de culture) justifier de la légitimité de la politique publique mise en oeuvre et des fonds publics consommés. Il reconnaissait cependant qu'en matière artistique et culturelle, le qualitatif devait primer sur le quantitatif (d'aucuns estimant que la RGPP relève d'une vision par trop gestionnaire...).


Mais c'est une matière difficile, pour tout un tas de raisons :

. qui évalue ? le statut de l'évaluateur peut être sujet à débat, jusqu'à la question de l'auto-évaluation permanente de son action !

qu'est ce qu'on évalue ? on peut évaluer des choses qui ne sont pas sur le même plan : un projet, les acteurs qui le mettent en œuvre, le type de public touché...ou un secteur particulier, ou encore l'ensemble d'une politique...

avec qui évalue-t-on ? procède-t-on ou non de façon participative avec les acteurs concernés : ce sont là les questions de diagnostic partagé et de restitution publique...

. comment évalue-t-on ? on ne peut se contenter d'une mesure des effets quantitatifs d'une politique, d'autant quand on porte attention aussi à l'exigence artistique, au sensible.

Pour autant la question du choix des indicateurs et des critères qui traduisent le mieux les finalités d'une politique reste entière, mais on sait qu'y réfléchir suffisamment en amont, par exemple au sein d'un comité de pilotage, constitue déjà une bonne partie du travail.

Il n'y a pas deux évaluations qui se ressemblent
René Rizzardo revint sur l'évaluation d'Annecy en 1987 que lui avait confié le Service des études et de la recherche du Ministère créé par le regretté Augustin Girard. A l'époque, la commission culturelle d'Annecy était présidée par Pierre Jacquier, prof de philo qui, à partir d'éléments statistiques, d'une réflexion constante et d'un travail collectif sur la vie quotidienne des gens, l'urbanisme... se forgea une philosophie de la place de la culture dans la cité, « afin que celle-ci ne soit pas triste ».

Quatre objectifs étaient assignés à cette démarche : constat et évolutions ; analyse des moyens attribués (remis dans leur contexte) ; mise à plat des problèmes ; aide à la décision.

Il ne peut y avoir d'évaluation, insiste René Rizzardo, que s'il y a eu un contrat fixant des objectifs, que l'on va confronter à un contexte, et à des effets parfois en décalage.

L'évaluation parce qu'il y a crise, ou comme remède à la crise ?
Marie-Noëlle Provent, actuelle première adjointe au Maire, déléguée à la culture en 1989, rappela que la stabilité politique de la ville, marqué par un esprit de social démocratie, permit d'avoir une vision à long terme. Mais du coup, jamais de rupture, d'alternance dans la politique menée : il fallait en conséquence savoir la provoquer, ne pas se contenter de gérer l'existant, régénérer cette politique.

La crise d'identité - et financière - des structures socio-culturelles (disparition de l'emblématique MJC des Marquisats suite à un dépôt de bilan), les limites de l'engagement bénévole, enfin le manque d'objectifs et l'auto-légitimité de responsables associatifs lui en donnèrent l'occasion : elle commanda à Jean-Claude Wallach en 1992 une évaluation des MJC et du socio-culturel qui l'aida dans la formulation de nouveaux objectifs (Quand il y a crise, le regard n'est pas le même, dit celui-ci). Marie-Noëlle Provent rappela à cet égard les deux obsessions qu'avaient Jean-Pierre Jacquier : l'anticipation des besoins (incitant à l'évaluation), et la hantise de « la mémoire cristallisée» et de la reproduction.

Alors que les couches moyennes montantes avaient produit de nouvelles élites municipales, on mitdonc fin à un certain « laisser-faire bienveillant » envers les structures associatives. Cela s'inscrivait dans un contexte de transformation des maîtrises d'ouvrage des politiques culturelles.
Jean-Claude Wallach insista par ailleurs sur le défi consistant à apprendre à gérer le plus intelligemment possible les dissensus : autrement dit, construire ce qui nous unit sur ce qui nous divise.

Rennes, une évaluation-soutien
L'expérience de l'évaluation rennaise fut restituée par Martial Gabillard, qui fut longtemps adjoint à la culture. Après 1977, la priorité portait d'abord sur le socio-culturel, avec une politique de conventions car la municipalité avait privilégié le mouvement associatif.

Plusieurs principes étaient affichés :
- une évaluation-soutien, et non une évaluation-sanction (« guillotine à subventions ») ;
- une évaluation-action, interactive et sans tutelle, qui se fasse dans la continuité (elle dure depuis 30 ans) ;
- une co-élaboration de l'évaluation avec les acteurs (mais non de la décision, qui reste aux politiques).
Un comité de pilotage, qui rassemblait les politiques, le mouvement associatif et l'évaluateur (un labo universitaire local, médiateur important), passa du temps à réfléchir sur les typologies de publics, les critères à retenir, etc.
Il en ressortit le constat du rôle fondamental du socio-culturel, mais cela aboutit à une évolution des relations contractuelles, avec une adaptation plus précise des objectifs selon qu'il s'agissait d'équipements artistiques et culturels, socio-sportifs ou de maisons de quartier.
L'évaluation continua, en portant (à partir des années 95) sur les équipements culturels, avec des constats plus « politiques » : manque de lisibilité, inadaptation de la politique municipale, etc.
L'année 1996 vit des Assises pour la culture » durant toute l'année 1996. Elles montrèrent la capacité à organiser une expression du monde culturel, la nécessité de clarification du politique, et l'importance, aux côtés des grandes institutions artistiques (TNB, Transmusicales), des nombreuses et petites structures (scènes de musiques actuelles...).
Sur la durée, la continuité du dialogue entre décideurs publics et acteurs est problématique, tout comme l'absence de comparaison effectuée entre structures culturelles comparables.
Martial Gabillard insista sur le fait que les décisions politiques ne se réduisaient pas à la connaissance scientifique (que peut apporter telle ou telle évaluation) : elle est de l'ordre de la valeur, du choix, du risque... en fonction d'un contexte. La vérité politique est diverse...
L'évaluation est un outil de travail, avec ses dangers (pour obtenir des réponses pertinentes, il faut poser les bonnes questions). La richesse de la culture provenant de la diversité des approches, il prône l'extension de l'évaluation à des pratiques culturelles telles que les festivals, les arts de la rue et de la piste, les scènes de musique actuelles, les cultures marines et montagnardes...

Le débat fit apparaître la nécessité (mais aussi la difficulté) de pouvoir faciliter les processus communs d'évaluation quand on partageait une analyse et des objectifs communs (ex : nos rapports à la population dans les politiques culturelles au sein de territoires marginalisés). Cela supposerait des évaluations à caractère national. A cet égard, Jean-Claude Wallach a regretté le processus de déliquescence du Ministère de la culture depuis 25 ans (rappelant cette phrase d'un ministre : « le rôle de jardin de curé n'est pas celui du ministère »), l'ayant amené à s'intéresser davantage aux créateurs qu'aux territoires.

François Deschamps

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Extrait de Lettre d'information du réseau culture - N° 224 (29/09/2009)
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