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Edito

La place de la recherche dans les politiques culturelles en Europe. (03/06/2009)

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L'Observatoire des politiques culturelles a eu la bonne idée, pour fêter ses vingt ans, d'organiser une série de colloques. L'originalité de la rencontre qui a eu lieu les 28 et 29 mai à Grenoble est d'avoir permis à 39 jeunes chercheurs de toute l'Europe (sélectionnés parmi 80 communications reçues émanant de 10 pays différents) de rendre compte des problématiques actuelles de la recherche dans le domaine des politiques culturelles... pour lesquelles certains voient un avenir, quand d'autres envisagent leur fin (du moins dans leur acception actuelle) !

Ces interventions avaient été regroupées en quatre thématiques : la question de la gouvernance des politiques culturelles ; les pratiques culturelles des habitants, l'éducation artistique et la médiation ; la régulation des industries culturelles et des médias (les stratégies territoriales s'y référant) ; les enjeux d'un développement culturel durable ; enfin la ville « créative ». Nous reviendrons sur certaines de ces communications, ainsi que sur la conférence d'ouverture de Guy Saez (directeur du laboratoire PACTE-CNRS à l'Université de Grenoble).

Mais au préalable Philippe Teillet, maître de conférences à l'IEP de Grenoble, s'est amusé à tracer le programme d'un colloque qu'on ne vivrait pas, composé de sujets qu'il aurait pu être intéressant d'aborder : l'européanisation des politiques culturelles (les effets territoriaux de projets culturels européens) ; la sociologie des professions culturelles et la professionnalisation ; l'évaluation des politiques culturelles ; les usages politiques de la culture ; les comparaisons inter-sectorielles (avec d'autres secteurs d'intervention publique que la culture) ; les problématiques esthétiques de l'art ; les pratiques numériques, la crise économique... Autant de sujets non abordés, mais ce n'est que partie remise puisque ce type de colloque devrait être reconduit tous les trois ans.


René Rizzardo a rappelé qu'en France la recherche avait toujours été présente dès les origines du Ministère de la culture avec le service des études et de la recherche dirigé durant de longues années par Augustin Girard. Les temps ont changé et les politiques culturelles sont en pleine transformation. La recherche a-t-elle encore sa place ? Milena Dragisevic-Sesic, professeur à l'Université des arts à Belgrade, estime que nos références sont encore trop, ou nationales, ou locales, et que beaucoup de mots, s'ils sont semblables, n'ont pas la même signification selon les pays ou les personnes (ex : territoires, durable, identité, dialogue interculturel, diversité culturelle...), ce qui fait que l'on a parfois du mal à se comprendre. La recherche, dira Jean-Pierre Saez, directeur de l'Observatoire des politiques culturelles, c'est aussi cela : le décryptage du sens des mots et des intentions (parfois cachées) qu'il y a derrière ces mots, pour voir le réel.

Milena Dragisevic-Sesic souhaite qu'on prenne garde à ce qu'elle estime être un piège, à savoir des recherches qui ne traiteraient que de « bons » exemples. Daniela Formento, responsable de la culture, du tourisme et du sport de la Région Piémont, évoque ces études qu'on lance parfois pour gagner du temps quand l'argent manque pour agir, ou encore des résultats d'étude qui ne vont pas dans le sens de ce que souhaitaient les commanditaires. Pour Jean-Pierre Saez, il faut dire en même temps ce qui marche et ce qui ne marche pas : la recherche est un risque. Il ne faut pas craindre pour autant, dit-il, de mettre plus de réel et d'action dans la recherche (recherche appliquée)

Quand on démarre une recherche, il faut d'abord apprendre à travailler ensemble, estime Daniela Formento, ce n'est qu'ensuite qu'on va chercher les moyens nécessaires (par exemple des programmes européens) pour le financement d'une recherche, celle-ci gagnant à pouvoir bénéficier d'un temps assez long et de moments de concertation. Xavier Troussard (Commission européenne) privilégie aussi la recherche qu'on confronte grâce à des débats, en faisant partager ses résultats (et pas seulement les processus de la recherche).

Anita Weber, Inspectrice générale honoraire du Ministère de la culture, prône aussi une articulation entre recherche, étude/expérimentation, et action (application), dans un continuum  associant aussi la participation des citoyens. Elle constate que l'on fait appel de plus en plus à des Cabinets d'étude privés, qui ont tendance à répondre de façon favorable à la demande, ou qui parfois travaillent sans vérifier des hypothèses, sans démarche scientifique. Il existe par ailleurs une méfiance réciproque entre le monde de la recherche (les chercheurs posent de nouvelles questions, sans donner de « recettes ») et les décideurs, qui ont parfois tendance à utiliser les résultats qui les arrangent (cf. la circulaire interministérielle sur l'éducation artistique et l'histoire des arts, qui n'a pas tenu compte des résultats du Symposium international de Beaubourg sur les effets de l'éducation artistique et culturelle).

Jean-Jacques Queyranne, Président de la Région Rhône-Alpes, pense qu'il faut aujourd'hui défendre la recherche en sciences humaines autant que les sciences dures ; et la recherche appliquée (le rapport à un champ culturel déterminé, de la production à la diffusion) autant que la recherche académique. Il faut diversifier, selon lui, la recherche sur les politiques culturelles (traditionnellement « bourdieusienne » en France) en l'ouvrant à d'autres concepts (le développement économique, l'organisation de la ville...). A la question : « comment rapprocher la recherche de la décision », il cite l'évaluation de la politique du spectacle vivant en région Rhône-Alpes, qui a pris la forme d'une démarche partagée et a été suivie de décisions (notamment la création du FIACRE, le Contrat d'objectif emploi-formation).

Le temps culturel est un temps long qui nécessite des expérimentations. Concernant les politiques culturelles nationales, il constate que se développe d'une part une culture du résultat (conception utilitariste), d'autre part une culture de l'annonce (ex : surmédiatisation de la décision sur la gratuité des musées, qui ne concerne en fait que 10 à 15 musées nationaux).

Jean-Pierre Saez conclura ce colloque européen en revenant sur les efforts à faire pour se comprendre, entre disciplines différentes et entre pays. Citant Aimé Césaire (« Nous sommes créolisés sans le savoir, nous manquons du sens de l'altérité pour nous comprendre mieux »), il dira qu'il n'est pas facile d'être européen mais que c'est notre horizon existentiel.

Un beau sujet de réflexion à quelques jours des élections européennes...

François Deschamps

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Extrait de Lettre d'information du réseau culture - N° 211 (03/06/2009)
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