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Création et internet : de toute façon, rien ne sera plus comme avant. (12/05/2009)
Ce sont d'abord les majors qui ont fait la loi, leur loi, pendant de nombreuses années : concentration des labels, production de stars en petit nombre, alliances avec des radios et des grands distributeurs. Le disque microsillon en vinylite noire n'était pas reproductible, c'était la chance de cette industrie capitalistique et elle en a bien profité !
Tout le monde (artistes et producteurs compris) doit s'adapter au monde qui change et à l'évolution des nouvelles technologies. Les artistes sont nombreux à avoir compris qu'ils peuvent, grâce à internet (blogs, réseaux sociaux, etc.) créer et se faire connaître autrement en entretenant un rapport direct avec leur public. Et par ailleurs ils savent que ceux qui téléchargent achètent aussi des CD ou des films.
Les œuvres échangées sur internet méritent bien entendu de procurer des droits d'auteur, mais la question est de savoir qui les paye et comment est répartie la charge (ce peut être le fournisseur d'accès, la publicité, le produit d'une taxe forfaitaire auprès des internautes, etc.).
Comme souvent, la loi courre derrière les pratiques et les moeurs. Celle en cours de discussion au Parlement (la loi dite « Hadopi ») apparaît bien aujourd'hui, aux yeux de beaucoup, répressive et injuste. Elle est en outre dépassée avant même d'être votée, car on sait d'ores et déjà qu'elle pourra être facilement détournée.
Internet est un progrès qu'on ne peut refuser ou brider ; il permet de découvrir un foisonnement de nouveaux artistes que la radio et la télévision (sauf dans les premiers temps des radios libres) ne nous offraient pas jusqu'alors. Les artistes qui n'arrivaient pas à percer y trouvent une nouvelle chance.
Il est dommage que le Ministère de la culture ait pris une position défensive et intransigeante en la matière, en se targuant de le faire au nom des artistes, se donnant ainsi une image de ministère des (grands) artistes plutôt qu'un ministère au service des passionnés de culture.
Comme beaucoup, j'aime bien sûr l'œuvre de Pierre Arditi, Michel Piccoli, Juliette Gréco ou Maxime Le Forestier, qui défendent cette loi (tout en la jugeant parfois imparfaite) et dont l'opinion est abondamment reprise en raison de leur notoriété.
Mais figurez-vous que j'aime plein d'autres artistes dont les grands medias ne nous parlent pas ou si peu en ce moment. Notamment :
- ceux appartenant à l'un des 91 labels indépendants de CD1D ;
- des auteurs de science-fiction ;
- des auteurs de bande dessinée ;
- des exploitants indépendants de salles de cinéma et des cinéastes de renom tous opposés à la loi HADOPI ;
Comme l'indique le site « la Quadrature du net, « ils viennent briser le mythe d'un « projet de loi approuvé massivement par le monde de la culture et de la création » (cf. la séance de l'Assemblée nationale du 29 avril 2009).
La loi Hadopi sera soumise au vote final de l'Assemblée nationale ce mardi 12 mai. En raison de la crispation du président de la République et de la ministre de la culture sur le sujet et des pressions exercées sur les députés, le résultat ne fait guère de doute, en faveur de cette loi.
Mais ce n'est qu'une première étape. Grâce à des initiatives comme la plate forme "Création, Public, Internet", publics, acteurs culturels et artistes doivent continuer à réfléchir à ce que pourraient être de nouveaux modes de financement, qui prendraient en compte ces nouveaux usages plutôt que de les nier. Car on ne reviendra pas en arrière, voyez la voie qu'ont suivi, l'un après l'autre, tous les organes de la presse écrite...
François Deschamps

Extrait de
Lettre d'information du réseau culture - N° 208
(12/05/2009)
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