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Edito

Ministère de la culture, l'avenir d'un beau projet.... (16/02/2009)

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Dans un point de vue publié par le Monde du 15 février sous le titre « La culture, projet d'avenir », Olivier Py, Directeur du Théâtre de l'Odéon, défend non sans raison l'existence d'un ministère de la culture fort, qu'il convient pourtant de faire évoluer.

Analysant l'évolution du concept de culture, il reprend l'idée que Jacques Rigaud avait développé il y a une douzaine d'années dans son Rapport « Pour une refondation de la politique culturelle », à savoir que la culture n'est pas seulement un secteur, mais une dimension de l'action publique, et qu'elle doit irriguer les autres champs de la société et les autres politiques. Ce qui sous-entend une « culture de la culture » que l'on aimerait voir se développer au-delà du seul Ministère de la culture. Ou du moins qu'on aimerait ne pas voir perdre du terrain, comme c'est hélas le cas aujourd'hui dans la politique de la ville, de la jeunesse (fermeture du site de l'Institut national de jeunesse et d'éducation populaire à Marly le Roi), dans la politique extérieure de la France, et même dans la politique du Ministère de l'agriculture, dont le désengagement vis-à-vis des associations d'animation culturelle en milieu rural est inquiétant.

Un Ministère à bout de souffle
Arrivé au bout d'un cycle durant lequel il avait pris l'habitude de donner le ton (mais aussi les crédits), le Ministère de la Culture a du mal à trouver un second souffle. Il est tout d'abord bousculé par la pression des acteurs des arts émergents (les cultures urbaines, les musiques amplifiées, le nouveau cirque, les arts numériques, etc.). Il est par ailleurs plombé par le poids de ses aides traditionnelles au patrimoine et à la musique classique, ainsi que par les charges de fonctionnement des grosses institutions artistiques majoritairement parisiennes. Il est enfin sommé de se réorganiser et de faire des économies dans le cadre de la Révision générale des politiques publiques (RGPP).


Tout cela advient dans un climat de défiance évident de la part du Chef de l'Etat qui, sans une allusion aux travaux récents des « Entretiens de Valois », n'a pas manqué de critiquer ledit Ministère lors de son discours d'installation du « Conseil pour la création artistique » (placé à ses côtés et sous sa présidence), le 2 février. Devant l'incapacité du Ministère à agir, à faire des choix et à sortir des mauvaises habitudes, il compte « donner un coup de pied dans la fourmilière » et impulser « un changement de culture ». La tendance semble consister à développer, en les séparant des directions centrales du Ministère, des agences qui se voient confier des missions spécifiques de soutien à tel ou tel domaine de l'activité culturelle. Mais avec quelle cohérence globale ?

L'articulation avec les collectivités territoriales
Par ailleurs, l'implication majeure des collectivités territoriales, non plus comme simples relais des politiques nationales mais comme organisatrices de politiques locales cohérentes et intégrées, est une réalité reconnue aujourd'hui par tous, y compris au sein du Ministère de la culture (de la Ministre jusqu'au conseiller sectoriel en région). Il n'empêche, les difficultés propres du Ministère l'ont poussé à se recentrer sur ses propres structures, plutôt que d'encourager la co-construction de politiques culturelles locales (que sont devenues ainsi les conventions de développement culturel avec les collectivités ?). En matière culturelle, les financements croisés restent une nécessité, tant pour « boucler un tour de table » quand on réalise un investissement que pour préserver l'indépendance des acteurs culturels.

Déclarer que les collectivités sont désormais des « partenaires majeurs » ne suffit pas, encore faut-il pouvoir faire fonctionner ce partenariat. Les DRAC (Directions régionales des affaires culturelles) devraient mieux prendre en compte cette articulation entre le national et le local (c'est ce qu'ont suggéré les Entretiens de Valois avec l'idée de « Conférences régionales du spectacle vivant »).

Au niveau national, la Ministre de la Culture a récemment créé, à la demande des associations d'élus, un « Conseil des collectivités territoriales pour le développement culturel » (qui se réunit le 17 février). Mais pour l'enrichir de fortes propositions, les associations nationales d'élus et la Fédération des collectivités pour la culture (FNCC, qui réunit plutôt les adjoints à la culture) ne peuvent faire l'économie d'une réflexion préalable commune. On ne peut que leur suggérer d'associer à cette réflexion « les experts du quotidien » que sont les directeurs des affaires culturelles des collectivités. Il nous faut inventer cette plateforme dont rêve Olivier Py « pour faire fructifier l'énergie » des actions culturelles menées par les collectivités, afin de mettre en avant les bonnes pratiques (ce ne sont pas toujours les plus coûteuses)... et repenser le rapport aux publics.

Un Ministère des artistes ou un ministère des publics ?
Le Ministère de la culture doit bien entendu s'appuyer sur les artistes, qui seuls sont en mesure d'inventer des formes nouvelles et nous faire partager leur vision du monde. On doit leur donner une totale liberté dans le cadre d'un projet artistique validé en amont et leur confier la direction d'équipements artistiques et culturels, pour peu qu'ils sachent accepter en contrepartie une mobilité après un certain nombre d'années sur le même poste.

Cependant, quoi qu'en pense Olivier Py, les études sociologiques, notamment les études sur les pratiques culturelles des français, sont utiles pour réfléchir aux politiques culturelles de demain. On ne peut ignorer l'évolution de ces pratiques à l'aune des mutations que nous vivons (développement des pratiques amateur, acculturation par le biais du multimedia, etc.). Si l'art est du ressort des artistes, les politiques culturelles sont de la responsabilité du Ministère et des élus locaux assistés de leurs techniciens (que le Ministère devrait davantage aider en terme de formation). Nombreux d'ailleurs sont les directeurs d'institutions artistiques et culturelles qui ont maintenant appris à travailler en bonne intelligence avec les collectivités territoriales, tout en restant très attachés à leur relation au Ministère de la culture.

Ce Ministère recèle des compétences et des ressources humaines indéniables. Pour le réinventer et lui redonner du sens (si la volonté politique existe), il lui faut affronter ses pesanteurs, et trouver un équilibre entre des missions régaliennes de réglementation et de contrôle, une mission patrimoniale et d'aide à la création contemporaine (en France et à l'étranger) et enfin une mission d'enseignement et d'éducation artistique. Il doit travailler en partenariat plus étroit avec les collectivités territoriales (notamment au travers des DRAC dotés de moyens corrects), avec une attention plus soutenue aux associations d'éducation populaire et aux publics, notamment les plus éloignés des œuvres culturelles.

Le développement culturel de la France, surtout en période de crise économique et sociale, ne peut que s'enrichir d'une alliance des efforts de l'Etat et des collectivités territoriales. C'est pourquoi il appartient aux uns et aux autres, sans nier les rivalités politiques, les transferts de charges ni la diversité des enjeux, de trouver de nouveaux modes de coopération. Les collectivités territoriales ont besoin de l'existence d'un Ministère de la culture ; celui-ci, en travaillant davantage avec elles, pourra retrouver une légitimité qui lui est contestée aujourd'hui.

François Deschamps

Lettre d'information du réseau culture
Extrait de Lettre d'information du réseau culture - N° 196 (16/02/2009)
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