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Le discours culturel du Président de la République . (21/01/2009)
© Service photo Elysée - D. Noizet
Depuis son arrivée à la Présidence de la République, Nicolas Sarkosy s'était peu exprimé sur la culture. Durant la campagne électorale, on l'avait entendu le 24 janvier 2006 à l'occasion de la clôture d'une Convention de l'UMP sur la culture, puis le 3 septembre de la même année lors de l'Université d'été des jeunes populaires UMP, à Marseille. Il y parlait surtout de l'éducation artistique et culturelle à l'école et des aides à la création, susceptibles d'être gérées à l'avenir par des agences indépendantes. En se positionnant ensuite pour le durcissement du dispositif contre le téléchargement gratuit sur internet, il a su s'attirer le respect de créateurs, donc d'une partie du monde de la musique et du cinéma (les relations professionnelles de sa femme, l'artiste Carla Bruni, y ont vraisemblablement contribué).
Présentant ses voeux le 13 février à Nimes à des acteurs culturels triés sur le volet (pendant que des intermittents non invités manifestaient à l'extérieur), Nicolas Sarkosy en a profité pour annoncer lui-même plusieurs mesures, laissant percer son désir d'être légitimé dans ce milieu.
Musées - Parmi les 92 priorités de l'UMP au moment de la campagne des Présidentielles figurait l'idée d'une « gratuité totale dans les musées nationaux ». Son initiatrice, Emmanuelle Mignon, disait s'être inspirée du modèle britannique et de l'exemple de Paris, où le maire Bertrand Delanoë a rendu l'accès des musées de la ville gratuit pour les collections permanentes. La ministre de la culture, Christine Albanel, plutôt sceptique, a fait réaliser durant six mois un test dans une quinzaine de musées, et il en en est ressorti... ce qu'on savait déjà depuis Bourdieu ! à savoir que la barrière d'accès aux musées est autant symbolique (et affaire de désir, qu'il faut aiguiser auprès des jeunes) que financière : si la fréquentation de ces musées gratuits a connu une hausse, le type de public n'a guère varié, ce sont surtout les habitués qui sont revenus plusieurs fois.
Le Président de la République a finalement annoncé l'accès gratuit aux 50 musées et à la centaine de monuments dépendant de l'Etat, mais seulement pour les moins de 25 ans. Il a donc pris une demi-mesure par rapport à ses intentions de départ (au lieu de 150 millions, la mesure coûterait environ 25 millions). Elle favorisera principalement les jeunes issus de la région parisienne ou qui s'y rendent, car c'est là que se trouvent la majorité de ces équipements nationaux. Mais elle touchera c'est vrai « le public le plus sensible à l'effet prix ». Et « ces jeunes qui auront eu l'habitude d'aller dans les musées, quand ils deviendront adultes, ils y emmèneront leurs enfants », a commenté le Président de la République.
La mesure s'appliquera à nouveau aux enseignants (on leur avait supprimé en 2004), mais on peut se demander pourquoi on ne l'élargirait pas aussi aux responsables du secteur « jeunesse et éducation populaire » (médiateurs culturels, animateurs socio-culturels). Enfin, qui compensera la perte d'argent des musées dû à la gratuité ?
La création d'un « Musée de l'Histoire de France » a été réaffirmée, dans un lieu emblématique restant à définir (aux Invalides ?), bien qu'il en existe déjà plusieurs (par exemple au Château de Versailles et aux Archives nationales) et que d'autres mériteraient d'être réhabilités. Ce pourrait être une fédération des musées et des monuments travaillant en réseau, a précisé Nicolas Sarkosy. En avril 2008, Hervé Lemoine, conservateur du patrimoine, a remis un rapport sur la question, dorénavant consultable en ligne.
Patrimoine et architecture - La situation des monuments historiques était alarmante. L'augmentation de 100 millions du budget alloué à la restauration du patrimoine protégé, énoncée dans le cadre du plan de relance (la dotation annuelle passera donc de 300 à 400 millions d'euros), sera pérennisée pendant toute la durée de la présidence. Trois priorités ont été citées par Nicolas Sarkosy : « les grands monuments emblématiques, les cathédrales et abbayes, ainsi que le patrimoine des petites communes. »
Conseil pour la création artistique - L'argent gelé dans le cadre de la loi de finances (5% du budget du spectacle vivant) va être débloqué. Un geste significatif certes, mais qui n'est que le début de l'application du budget voté. La nouvelle la plus surprenante est sans aucun doute la création d'un « conseil pour la création artistique » qui sera coprésidé par le Président de la République en personne (première interrogation) et la ministre de la Culture. Le producteur et distributeur de cinéma Marin Karmitz (cinémas MK2) est chargé de fixer la composition de ce Conseil et de l'animer. « Il s'agit de soutenir la création et de recentrer les aides sur l'excellence artistique car notre politique souffre d'un empilement de subventions », a affirmé Nicolas Sarkozy (toute la difficulté de « l'excellence » étant que l'art n'est pas réductible à des critères...). Quel sera le rôle réel de cette structure qui, d'après Marin Karmitz, sera « directement en lien avec le président de la République » : une force de proposition pour le Ministère ? un organe relais pour les professionnels du secteur ?
L'avenir nous le dira. Pour l'instant, le Président de la République, en affirmant son attachement au régime de l'assurance chômage des intermittents, qui doit cependant « être réservé aux situations pour lesquelles il est réellement légitime », a repris à son compte les conclusions attendues des Entretiens de Valois : "recentrer les aides sur l'excellence artistique, mieux diffuser les oeuvres, soutenir l'éducation artistique, renforcer l'évaluation, professionnaliser le dialogue avec les autres financeurs publics." Tout un programme porté (et c'est nouveau) par le Président de la République et non plus seulement par une Ministre qui semblait parfois esseulée. Reste maintenant à transformer l'essai, car l'Etat est-il prêt à casser sa tirelire pour autant ? Rien n'est moins sûr.
François Deschamps

Extrait de
Lettre d'information du réseau culture - N° 192
(21/01/2009)
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