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II • Honneurs militaires

Fiche pratique n° 12  POLITIQUE DU DEVOIR DE MÉMOIRE : CÉRÉMONIE DE REMISE DE L’INSIGNE DE CHEVALIER DANS L’ORDRE NATIONAL DE LA LÉGION D’HONNEUR À M. RUDOLF BRAZDA, DERNIER DÉPORTÉ HOMOSEXUEL SURVIVANT

 

« Rudolf Brazda, au nom du Président de la République, nous vous faisons Chevalier de la Légion d’honneur. »

C’est avec ces paroles que Mme Marie-José Chombart-de-Lauwe, Grand-Croix de la Légion d’honneur, présidente de la fondation pour la mémoire de la déportation, remettait l’insigne à Monsieur Rudolf Brazda, le jeudi 28 avril 2011 à 14 h 00, au collège Maréchal-Leclerc de Puteaux, devant des élèves, des enseignants, des représentants associatifs, d’élus et de personnalités, avec au premier rang, M. Raymond Aubrac, grande figure de la Résistance.

 

Que s’est-il réellement passé et comment a-t-il pu être nommé chevalier ? Voici la petite histoire…

 

A - Contexte historique : qu’est-ce que la déportation d’homosexuels ?

 

La déportation d’homosexuels par les nazis s’inscrivait dans une logique de répression des « indésirables » ou des personnes considérées comme dangereuses par le régime. Étaient déportés les homosexuels condamnés au titre du paragraphe 175 du Code pénal (Strafgesetzbuch) allemand. C’est à ce titre que plusieurs dizaines de milliers d’homosexuels ont été arrêtés et envoyés dans les camps de concentration sous le régime nazi.

Ils étaient forcés de porter le triangle rose (der rosa Winkel).

 

Quels sont les chiffres et les sources dont on dispose actuellement ?

 

Pour la France (sur la base des recherches rendues publiques en 2007 par Arnaud Boulligny, détaché à Caen par la Fondation pour la mémoire de la déportation, auprès du bureau des archives des victimes des conflits contemporains - BAVCC) :

- 13 Alsaciens-Mosellans + 1 Français dont l’origine n’est pas déterminée, passés par le camp de concentration de Natzweiler, voire d’autres camps ensuite ;

- 6 Français arrêtés en France hors territoires annexés, dont l’homosexualité constitue le motif d’arrestation. Ils sont déportés et estampillés comme politiques à leur arrivée en camp. Seuls 2 survivent à leur internement concentrationnaire ;

- 1 autre Français arrêté à Paris est incarcéré en Allemagne et décède de maladie à la prison de Siegburg, près de Bonn ;

- une dizaine d’Alsaciens-Mosellans détenus en prison ou camp (notamment Schirmeck), autres que camps de concentration, soit en Allemagne, soit dans les territoires annexés ;

- une trentaine de Français présents sur le territoire allemand et visés par des enquêtes conduisant à leur arrestation, jugement, condamnation au titre du § 175, et enfin leur détention en prison ou pénitencier pour ce motif. Ce dernier chiffre est fortement susceptible d’augmenter de plusieurs dizaines avec l’ouverture et l’étude de dossiers du BAVCC non encore exploités.

 

Ces deux dernières catégories de persécutés par le nazisme sont assimilées à des déportés par la loi française.

 

On arrive ainsi à une soixantaine de Français concernés par la déportation en raison de leur homosexualité, si l’on considère le particularisme légal français en matière de reconnaissance.

 

Pendant longtemps, la déportation des homosexuels fut niée, cachée ou sous-estimée.

À la fin des années 1990, des organisations d’homosexuels tentèrent de participer aux cérémonies de commémoration, déposèrent des gerbes avec le triangle rose. Cela fut pris comme une provocation par beaucoup d’organisations. À ce titre, il n’était pas protocolairement recommandé d’inscrire ces associations dans le cadre des dépôts de gerbes.

C’est avec plusieurs batailles et au fil du temps que le combat de la reconnaissance de la déportation homosexuelle fut gagné.

Aujourd’hui, les associations telles que les Oubliés de la mémoire sont invitées à déposer des gerbes lors des commémorations, notamment lors de la journée nationale des victimes et héros de la déportation.

 

B - Préparation du projet

 

Pour Noël 2011, une amie offrit à Nordine Chouf, responsable du service protocole de la ville de Puteaux, le livre « Itinéraire d’un triangle rose », dont les auteurs sont Jean-Luc Schwab et Rudolf Brazda.

 

Rudolf Brazda est né en 1913 de parents tchèques près de la ville de Leipzig. Il a émigré en Allemagne. Il a été condamné par le régime nazi en raison de son orientation sexuelle et déporté au camp de Buchenwald en août 1942 sous le matricule 7952. Il y a passé 32 mois jusqu’à la libération de ce camp en avril 1945. Le livre témoigne des conditions qu’il a vécues.

 

Le projet fou naît dans le cadre de « la politique du devoir de mémoire » : pourquoi la ville de Puteaux n’invite-t-elle pas Rudolf Brazda à témoigner devant des élèves de 3e et pourquoi ne pas lui rendre un hommage appuyé en lui décernant la remise de la médaille de la ville ? Il faut savoir que deux autres villes, Toulouse et Nancy, avaient également décerné la médaille d’or à Rudolf Brazda.

Au fur et à mesure des échanges téléphoniques avec Jean-Luc Schwab, le co-auteur du livre, Nordine Chouf apprend qu’une proposition de Légion d’honneur avait été initiée par Jean-Luc Roméro, conseiller régional d’Île-de-France et militant associatif, ainsi que Florent Massot, l’éditeur du livre.

Entre-temps, Rudolf Brazda, âgé de 97 ans, se fracture un os du bassin à son domicile et se retrouve à l’hôpital de Mulhouse. Son état de santé est de plus en plus fragile et on pense que la fin de ce dernier déporté survivant est proche…

Afin de profiter de la promotion de la Légion d’honneur de Pâques, le service protocole a instruit en toute hâte un dossier de proposition, et le 24 avril 2011 M. Rudolf Brazda faisait partie de la promotion de Pâques.

Cette date était doublement symbolique : en France elle correspondait à la commémoration de la journée nationale des victimes et héros de la déportation, et pour Rudolf Brazda, elle correspondait également à l’anniversaire de sa sortie du camp de Buchenwald.

 

C - Préparatifs de la cérémonie

 

1. Présence des personnalités et lien intergénérationnel

 

La cérémonie était programmée le 28 avril 2011, cela permettait à Rudolf Brazda de rentrer officiellement dans l’Ordre national de la Légion d’honneur et de recevoir la médaille d’or de la ville de Puteaux.

 

La volonté de la ville de Puteaux était aussi de réunir l’ensemble des présidents des anciens combattants, des porte-drapeaux, des représentants du milieu associatif homosexuel, des représentants de l’éducation nationale et des jeunes.

 

Pour faire adhérer le monde patriotique, Nordine Chouf a contacté une grande figure de la résistance : Raymond Aubrac.

Il fallait également une personne qui remette l’insigne. Rudolf Brazda avait souhaité que la personnalité soit Marie-José Chombart de Lawe, présidente de la Fondation de la déportation. C’est sans aucun problème qu’elle a répondu présente.

 

Dans le milieu associatif gay, aucun souci n’a été rencontré. Chaque année, la ville de Puteaux organise le 1er décembre une soirée contre le sida.

Le collège Maréchal-Leclerc de Puteaux a été aussi contacté afin que cette cérémonie puisse avoir lieu dans l’établissement et surtout que le témoignage de Rudolf et un échange avec les élèves puissent se faire. Le collège possède des classes qui étudient la langue allemande, ce qui a permis que les questions posées à Rudolf Brazda soient en allemand.

Il a aussi été convenu que le coussin où était apposé la médaille d’or de la ville et l’insigne de Chevalier de la Légion d’honneur puisse être porté par un jeune de l’association « Le Refuge ».

L’association « Le Refuge » est le seul dispositif en France, conventionné par l’État, à proposer un hébergement temporaire et un accompagnement social et psychologique à des jeunes majeurs, garçons et filles, victimes d’homophobie, en rupture familiale.

L’association, qui gère un dispositif d’accueil de 27 places en appartements relais, est confrontée à plus de 300 demandes d’admission par an.

L’absence de prise de conscience et de soutien des pouvoirs publics est d’autant plus alarmante que les jeunes homosexuel(le)s connaissent un taux de suicide 13 fois plus élevé que les jeunes hétérosexuels.

 

2. Le jour J

 

L’hôpital donne l’autorisation à Rudolf Brazda de se déplacer jusqu’à Puteaux pour recevoir son insigne. Avec l’aide de M. Schawb, le service du protocole a tout mis en place. Jean-Luc Schawb s’est chargé du transfert de l’hôpital jusqu’à la gare de Mulhouse. Et a contacté la Croix-Rouge de la ville pour aller chercher Rudolf Brazda à la gare du Nord avec une voiture adaptée à son handicap.

 

- 12H30 : arrivée de Rudolf Brazda à Puteaux, déjeuner en mairie en présence de :

* Jean-Luc Roméro, conseiller régional, président des élus locaux contre le sida ;

* Gérard Siad, président du syndicat national des établissements gays ;

* Marie-José Chombart de Lawe, présidente de la Fondation pour la mémoire de la déportation ;

* Raymond Aubrac ;

* Philippe Couillet, président de l’association « Les « Oublié(e) s » de la mémoire ». C’est une association mémorielle nationale qui travaille à la connaissance et la reconnaissance de la déportation pour motif d’homosexualité ;

* Nicolas Noguier, président de l’association « Le Refuge » ;

* Stéphane Turland, directeur général du Banana Café.

 

- 14 h 30 : départ des personnalités vers le collège en véhicule d’époque (1939-1945).

- 14 h 45 : arrivée des personnalités. haie d’honneur dans le couloir effectué par les porte-drapeaux et les collégiens.

- 15 h 00 : les personnalités sont assises sur des fauteuils sur scène. Les porte-drapeaux se trouvent derrière eux.

- Mots de bienvenue de Mme Chantal Marinot, principale du collège.

- Diffusion du film retraçant le devoir de mémoire sur Puteaux.

 

Vous pouvez obtenir la vidéo sur le lien suivant : http://www.youtube.com/watch?v=A_FgGoI-FBU


 


- Discours de Mme Joëlle Ceccaldi Raynaud.

- Remise de la médaille grand or de la ville de Puteaux.

- Discours de M. Jean-Luc Romero.

- Intervention de Mme Marie-José Chombart de Lawe.

- Remise de l’insigne de Chevalier dans l’Ordre national de la Légion d’honneur par Mme Marie-José Chombart de Lawe (le coussin est tenu par un jeune de l’association « Le Refuge »).

 


 

- Témoignage de M. Rudolf Brazda. Les questions ont été préparées en allemand par les collégiens.

- Dédicace du livre à l’attention des élèves.

- Ouverture du cocktail.

 

D - Conclusion

 

Rudolf Brazda nous a quittés le 3 août 2011. Il était le témoin d’une histoire universelle que nous devons tous méditer.

Le contact avec les collégiens et l’intérêt dont ces derniers ont fait preuve à l’écoute de son récit sont essentiels pour que les jeunes générations puissent bâtir une société de paix, respectueuse des différences.

Lors de son témoignage, un élève lui a posé cette question : quel était son message à destination des jeunes générations ? La réponse a été claire : « Si je parle maintenant, c’est pour que les gens sachent ce que nous, homos, avons enduré, et pour que cela ne se reproduise plus. »

Le service du protocole a été particulièrement fier d’avoir pu participer à cette reconnaissance de la République.


Nordine CHOUF

Directeur des relations publiques et du protocole de la ville de Puteaux

06 67 86 19 50 – nordinechouf@voila.fr

 

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