consultation Handicaps et ville

consultationAccessibilité en ville : guide des équipements publics

I • Se doter d’outils et méthodes

Fiche de cas n° 2  Les enfants et l’accessibilité de la ville : expérience impliquant l’école primaire à l’élaboration du plan de mise en accessibilité de Cazouls-lès-Béziers

A – Le contexte

 

1. La Direction départementale de l’équipement de l’Hérault

 

La DDE34 a depuis longtemps été mobilisée autour des thématiques liées à l’accessibilité. Après la parution de la loi 2005-102 du 11 février 2005 et de ses différents textes d’application, le portage de cette politique prioritaire de l’État auprès des collectivités a nécessité l’acquisition de nouvelles compétences et la mise en place de nouvelles pratiques.

Quelques expériences diverses menées ponctuellement (rédaction de cahier des charges, diagnostic d’accessibilité voirie…) ont souligné la nécessité de structurer l’action de la DDE autour d’un discours commun et d’un socle de compétences solidifié.

La DDE34 a donc sollicité le CETE Méditerranée afin de mettre en place une action de formation, à laquelle se sont rapidement jointes les autres DDE de la région Languedoc Roussillon. Le cadre retenu a été celui d’une formation-action, alternant les séquences d’apports théoriques avec les séances de mise en pratique autour d’un cas concret : l’élaboration du plan de mise en accessibilité d’une commune « pilote ».

 

2. La ville de Cazouls-lès-Béziers

 

La DDE34, par l’intermédiaire de son service d’aménagement territorial ouest (SATO), est un partenaire privilégié de cette commune de taille modeste (env. 3 800 habitants).

Une réflexion sur les modes doux de déplacements avait déjà été engagée par la ville, avec notamment une étude pour améliorer la prise en compte des piétons, qui avait conduit à revoir le plan de circulation du centre-ville. De plus, la ville se trouve dans une phase de mutation importante, avec une expansion urbaine forte et la réalisation de nouveaux équipements en lisière du centre ancien : maison de retraite, nouveau complexe scolaire… Il apparaissait donc essentiel de mener une réflexion sur les déplacements générés par cette évolution, en termes de cohérence de territoire mais aussi de sécurité et de qualité d’usage. L’élaboration du plan de mise en accessibilité de la voirie et des espaces publics était l’occasion de rassembler l’ensemble de ces thématiques. La commune a ainsi souhaité s’engager avec la DDE34 dans cette démarche de mise en accessibilité.

 

3. L’école primaire Saint-Exupéry

 

Depuis la publication de la circulaire n° 2002-229 du 25 octobre 2002, l’éducation à la sécurité routière en milieu scolaire a été renforcée, avec l’introduction d’une attestation de première éducation à la route (APER) délivrée à l’issue de la scolarité primaire. L’APER validera l’acquisition de règles et de comportements liés à l’usage de la rue et de la route et la connaissance de leur justification.

Dans ce cadre, une expérience du même type avait déjà été menée dans une autre école primaire (école « La Gardiole » à Fabrègues) par le rectorat et la DDE au cours de l’année scolaire 2006-2007 sur le thème de la sécurité.

Le contexte spécifique de Cazouls semblait particulièrement favorable au renouvellement de ce type d’expérience, comme le souhaitaient le rectorat et le conseiller pédagogique du secteur. En effet, le contexte urbain autour du groupe scolaire actuel – rues étroites du centre ancien caractérisées par l’absence de trottoirs, parking devant l’école plus ou moins organisé, sentiment d’insécurité… – a favorisé la prédominance quasi-exclusive de l’usage de la voiture pour les trajets domicile/école. Le règlement de l’établissement interdit même aux élèves de se rendre à l’école en vélo !

Il paraissait donc intéressant d’amener les élèves à s’interroger sur la qualité des cheminements piétons (ou cyclistes) vers l’école et plus généralement dans toute la ville, en abordant ainsi les questions de vulnérabilité de certaines catégories d’usagers ou de partage de l’espace. Les enfants peuvent se trouver en situation de handicap, notamment du fait de leur taille, et donc être considérés comme personnes à mobilité réduite (PMR). Ces questions étaient d’autant plus pertinentes que la construction du nouveau complexe scolaire entraînera de nouvelles pratiques de déplacements sur les voiries créées à l’occasion.

Ce projet pédagogique a donc pu s’inscrire en parallèle de l’action de formation menée par la DDE à l’occasion du diagnostic d’accessibilité et de l’élaboration du Plan de mise en accessibilité.

 

B – Le projet pédagogique mené à l’école Saint-Exupéry

 

1. Les objectifs du projet

 

Trois classes d’élèves de CM1 et CM2 ont participé au projet, encadrées par une « équipe projet » constituée :

- des 3 enseignants, responsables chacun d’une classe,

- du conseiller pédagogique du secteur de Cazouls,

- de la personne chargée de mission Sécurité routière et Prévention violence au rectorat,

- du correspondant territorial du SATO (DDE34) chargé de l’opération,

- du formateur accessibilité du CETE Méditerranée.

Il a ainsi été demandé aux élèves de réaliser le diagnostic sécurité/accessibilité de plusieurs itinéraires liés aux déplacements domicile-école (un itinéraire différent par classe impliquée). Le support du rendu était laissé à l’initiative des élèves et de leurs enseignants. Le travail réalisé a été intégré au rapport final remis par la DDE à la commune, à l’issue de l’action/formation au cours de laquelle il a été élaboré.

Une commission communale pour l’accessibilité de Cazouls ayant été montée dans le cadre de la formation/action (en attendant la création de la commission intercommunale, au niveau de la communauté de communes), il a également été proposé que les élèves soient intégrés à cette commission, qui assure le pilotage et le suivi de la mise en accessibilité de la ville. Ainsi, des représentants des classes impliquées dans le projet ont pu participer aux réunions et présenter l’avancement de leur travail.

 

2. Une première phase de sensibilisation

 

Une première séance avec chacune des classes impliquées a permis de sensibiliser les enfants à la problématique de l’accessibilité aux PMR. À partir d’une petite discussion sur le mode de déplacement utilisé par les enfants pour se rendre à l’école le matin, l’accent a été mis sur les difficultés que rencontrent les piétons sur ces itinéraires, et sur le fait que certaines catégories de piétons sont encore plus vulnérables que les autres. Les enfants se sont rapidement senti concernés, certains d’entre eux étant même en situation de handicap (un enfant en classe d’intégration scolaire – CLIS, un enfant appareillé, des accidentés avec béquilles, plâtre…) Ils ont également pu faire un rapprochement immédiat avec ce que connaissent leurs grands-parents.

La discussion les a ensuite amenés à prendre conscience du fait que la situation pouvait être améliorée et qu’ils pouvaient jouer un rôle, simplement en donnant leur avis et en communiquant avec ceux qui ont le pouvoir d’agir.

Une petite séance de mise en situation, avec l’utilisation de fauteuil et de lucarnes « mal-voyants », a donné un aspect un peu plus ludique à cet après-midi, mais a également renforcé la prise de conscience des enfants (cf. photos ci-après).

 

Séance de mise en situation des élèves – fauteuil roulant et lucarne de déficience visuelle


 


3. Le travail sur les itinéraires domicile/école

 

Chaque classe a travaillé sur un itinéraire domicile/école, choisi par les élèves. Les enfants ont ainsi fait des visites sur site, en relevant tout ce qu’ils considéraient comme dangereux ou gênant pour un piéton (photos, report sur plan…).

Le parti pris du projet pédagogique a été de travailler sans se reporter à la réglementation, mais de laisser les enfants se construire leur propre référentiel et ainsi de se placer dans un rôle d’usager.

Les itinéraires choisis étant cohérents avec les axes retenus par la DDE pour l’élaboration du plan de mise en accessibilité de la ville de Cazouls, les enfants et la DDE ont pu comparer leurs analyses à celles des techniciens de voirie. Les enfants ont ainsi pu vérifier qu’ils étaient dans le vrai et que, bien souvent, les « points noirs » qu’ils avaient identifiés correspondaient effectivement à des dysfonctionnements relevés dans le diagnostic. Leur travail est ainsi venu enrichir le document final, en apportant le point de vue d’une catégorie d’usagers.

 

4. La participation aux réunions de la commission

 

La ville de Cazouls étant membre d’une communauté de communes, il ne s’agissait pas d’une commission au sens strict de la loi, mais plutôt d’un groupe de travail, sorte de comité de suivi de l’élaboration du plan, qui a été le lieu de la concertation et de la mobilisation des différents acteurs autour de ce projet.

Deux élèves représentant chaque classe ont pu participer à ces réunions de travail, au cours desquelles ils ont présenté leur travail en classe et pris part aux discussions (cf. photo ci-après). Les autres participants ont souvent été étonnés de la pertinence de leurs prises de parole, et leur présence a joué un vrai rôle d’émulation et de « libération de la parole ».

 

Participation des élèves aux réunions de la commission


 

5. Premier bilan et perspectives

 

a) L’impact sur la réalisation du plan et sur la prise en compte de l’accessibilité dans la commune

 

Comme évoqué précédemment, la participation des enfants aux réunions de la commission et leur implication dans ce projet a joué un vrai rôle dans la mobilisation de l’ensemble des acteurs.

Cette émulation s’est également fait sentir à l’extérieur de la commission : les enfants ont en effet beaucoup parlé de la séance de sensibilisation à laquelle ils avaient participé. Certains d’entre eux ont demandé à leurs parents de les accompagner, le soir ou le week-end, sur les itinéraires choisis et de les aider dans leur travail de « diagnostic ». D’autres ont évoqué ce projet avec leurs grands-parents… Cette action spontanée de communication autour du projet a vraisemblablement joué un rôle capital dans l’appropriation du plan par les habitants de la commune, mais aussi et surtout par les élus. L’équipe municipale a ainsi pris conscience :

- de l’attente forte de leurs administrés quant à l’amélioration de la voirie ;

- de la nécessité de communiquer autour de ce projet, essentiel pour le développement de la commune mais parfois mal compris par la population.

Le traitement de l’accessibilité sous l’angle des déplacements domicile/école a également conduit à l’organisation d’une journée « école sans voitures ». Organisée un samedi matin afin de faciliter l’adhésion et la participation des parents, cette manifestation a été un vrai succès, plus de 90 % des élèves étant venus à l’école à pied ou en vélo, accompagnés par l’ensemble de l’équipe enseignante qui s’est sentie très impliquée dans ce projet. Ce bilan très positif devrait conduire à un renouvellement de cette action et éventuellement à la pérennisation d’un dispositif type « Carapattes » et « Caracycles » (appellation locale des pédibus et vélobus sur les trajets domicile/école). Cela a également conforté la DDE dans sa démarche d’amélioration de la prise en compte des vélos et piétons dans les propositions d’aménagement figurant au plan de mise en accessibilité de la ville.

 

b) Le bilan pédagogique et les perspectives

 

La participation des élèves et des enseignants à ce projet, ainsi que l’étroite collaboration avec un conseiller pédagogique et un représentant du rectorat, a permis d’élaborer un projet pédagogique innovant, complet et cohérent avec les objectifs d’éducation à la sécurité routière et d’éducation à la citoyenneté.

L’implication de classes de CM1 offre de plus une continuité permettant de prolonger cette action sur l’année scolaire 2008-2009, avec le nouvel enjeu lié au positionnement du nouveau complexe scolaire.

Le travail réalisé devrait être capitalisé sous la forme d’un CD-Rom rassemblant les outils méthodologiques et pédagogiques qui permettront à d’autres enseignants d’initier une démarche similaire dans leurs établissements.

 


Contacts :
CETE Méditerranée/DAT/AUSE – Fabrice LOPEZ – fabrice.lopez@developpement-durable.gouv.fr
DDE 34/SATOuest/AT – Laurent BACCOU – laurent.baccou@developpement-durable.gouv.fr
Éducation nationale – Michèle LASSERRE (Chargée de mission Sécurité routière et Prévention violence)–
michele.lasserre@ac-montpellier.fr


 

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