| Lettre du cadre | Techni.Cités | Tessolidaire | Profession territoriale | Fiches pratiques | Dossiers d'experts | Classeurs |
Date de mise en ligne : 23/03/2009.
Edito
Qu'elle soit contrainte ou volontaire, la déconnexion semble être de plus en plus anxiogène pour une partie des internautes. Dans quelle proportion ? Je suis bien incapable d'émettre la moindre hypothèse sur ce point, mais le sujet questionne, c'est un fait. En voyage récemment, j'ai dû moi aussi déconnecter. Déconnexion toute relative, certes, puisque je pouvais accéder à Internet à tout moment, ce que je n'ai pas manqué de faire pour rassurer la famille (non, l'avion ne s'est pas écrasé !) ou pour consulter les prévisions météo. Mais rien de plus. Et ça fait du bien !
Christophe Deschamps a expérimenté récemment la déconnexion forcée, du fait d'une panne informatique d'abord mais aussi en raison de ses activités professionnelles. Comme les choses sont bien faites, il en a tiré un billet fort pertinent qu'il a eu la bonne idée de publier juste à mon retour, de façon à ce qu'il soit en bonne place dans l'agrégateur au moment de rattraper une douzaine de jours de veille ! "Déconnecter régulièrement n'est pas du temps perdu (au contraire)", affirme-t-il. S'extraire du flux, c'est en effet prendre du recul. C'est laisser la place à tout autre chose, être disponible. C'est aussi adopter une position réflexive, prendre le temps de digérer l'information autant que les données (voir le distinguo opéré par Bertrand Duperrin dans son intéressant billet "La surcharge informationnelle est un mythe"). Christophe Deschamps note à ce propos que cette période de déconnexion a été pour lui particulièrement productive.
Après la déconnexion, forcément on ne peut pas tout lire. Alors on fait un tri, bien plus sévère qu'au quotidien. On se rend compte qu'au final, on arrive toujours à extraire l'essentiel et que si une information nous a échappé, c'est sans doute parce qu'elle était mineure. Dans un billet déjà signalé ici, Jean-François Ruiz évoquait très justement "le mythe de pouvoir tout lire" et la nécessité de "se laisser aller" et de "combattre l'Anxiété de l'Information".
Le problème, c'est que déconnecter c'est un peu comme les régimes express que commencent à nous proposer les magazines féminins en ce début de printemps : moins de quinze jours pour retrouver la ligne avant d'enfiler son maillot ! Le régime informationnel est draconien pendant dix jours. Puis suivent les bonnes résolutions : je continue les efforts tout en reprenant une alimentation normale (un peu de vinaigrette dans la salade améliore l'ordinaire). Puis vient le temps des écarts. Un premier, pour lequel on culpabilise et après lequel on s'impose quelques restrictions. Un deuxième, dont on est peu fière, mais qu'on ne compense pas. Un troisième totalement décomplexé. On reprend enfin ses mauvaises habitudes ; c'est bien connu, on se jette sur la nourriture comme sur l'information pour calmer ses angoisses ! Mais comme si nous sentions que l'infobésité nous est nocive, nous ressentons, de temps en temps, ce besoin de déconnecter, la nécessité d'une petite "détox", pour rester dans l'analogie avec la presse féminine. L'idée n'est pas nouvelle, comme le souligne l'édition du 23 janvier dernier de l'émission "Place de la toile" sur France Culture (encore disponible en podcast), très bien synthétisée par Hubert Guillaud sur Internet Actu.
Déconnecter, c'est reposant, voire pour certains salutaire. On peut néanmoins se poser la question de notre rapport à l'information, quels qu'en soient l'origine et le support (flux, e-mails, forums, messagerie instantanée, SMS, téléphone...) et s'interroger sur le pourquoi de cette boulimie, voire de ce rapport amour/haine que les plus connectés entretiennent avec l'info. Comme souvent, tout est question de quantité et l'adoption d'un régime informationnel équilibré est vraisemblablement la clé.

Votre panier est vide.