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Edito

Coopération intercommunale : l'observation de la dimension culturelle. (18/03/2009)

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Le dernier chapitre de l'ouvrage déjà signalé (1) rend compte des conclusions des études de cas réalisées,et permet de tracer un certain nombre de perspectives pour l'intercommunalité culturelle. Je me permets ainsi d'emprunter à ses auteurs (E. Négrier, Ph. Teillet et J. Préau) une partie des résultats de leur étude. Qu'ils en soient ici remerciés.


La légitimité du territoire retenu ne signifie pas qu'il soit pertinent. Il faut se défaire par ailleurs d'une vision manichéenne de l'espace intercommunal, avec d'un côté des communes centrales qui pousserait au transfert d'équipements, et de l'autre des communes périphériques qui s'y opposeraient, car en réalité les acteurs des villes centrales sont parfois les plus réticents.


L'essor du leadership intercommunal explique la tournure prise par la culture communautaire. Le consensus intercommunal est l'expression d'un rapport de forces, et non sa négation. Imposer le transfert de la culture à l'agglo suppose une capacité à transformer la vision que les protagonistes ont de la culture et de son rapport à l'intercommunalité. Cette capacité dépend de diverses variables : le temps long de la présence de la culture sur le territoire ; le retard culturel patent d'un territoire, qui permet d'envisager de fortes marges de progression ; la structure politique des jeux entre élus ; les possibilités (y compris financières) offertes aux leaders de compenser un accord dans un secteur...par un compromis dans un autre (échanges de ressources).


Compte également le rapport particulier que le leader politique entretient avec la culture (la manière dont il a été amené à apprécier la culture en tant que secteur légitime d'intervention). Ce n'est pas une donnée héritée mais un construit. Elle suppose des agents - des médiateurs, tels qu'un élu déterminé et un professionnel (DAC) enraciné - qui vont donner à l'intervention culturelle une valeur qui puisse être intelligible au-delà du champ des seuls acteurs culturels.


Quand on étudie les référentiels sur lesquels reposent les transferts, on découvre parfois des finalités extrinsèques, c'est-à-dire qu'on justifie l'intervention culturelle par des objectifs qui ne sont plus spécifiquement culturels : rayonnement territorial, intégration sociale, développement économique (nouvelle filière).


Le scénario de la permanence l'emporte dans les cas étudiés sur celui du changement dans les politiques culturelles intercommunales. Cependant, le cadre intercommunal pousse à concevoir l'intervention culturelle non en fonction de valeurs ou d'enjeux sectoriels et professionnels, mais au regard d'une stratégie territoriale globale (logique transversale de décloisonnement), qui la rapproche parfois des projets et valeurs emblématiques du secteur dit socio-culturel ou qui permet une coopération avec les milieux scolaires. Cependant l'éloge de la transversalité est plus le fait d'élus ou de techniciens que des professionnels, souvent inquiets d'une certaine instrumentalisation de leurs activités.


Ces professionnels sont souvent moins présents dans les débats intercommunaux que les élus (qu'ils ne reconnaissent pas depuis longtemps comme des interlocuteurs pertinents et compétents) . Cependant, les métiers qu'ils exercent (bibliothécaires, coordonnateurs d'écoles de musique) se transforment. La parole experteet les valeurs professionnelles sont moins assurées de leur domination, ou du moins doivent surmonter avec succès l'étape de leur mise en discussion.


En effet, la question des amateurs et des bénévoles (notamment dans le domaine des bibliothèques et des enseignements artistiques) est incontournable : les écarts de situation au sein d'intercommunalités urbaines et mêmes rurales sont souvent tels qu'il ne peut être envisagé de reproduire intégralement le modèle professionnalisé des politiques culturelles tel qu'il s'est imposé en France depuis les années 60.


Malgré tout, la tendance est de suivre la trace des « standards » des politiques culturelles nationales : forte sectorisation, tropisme des « équipements » labellisés par le ministère. Les savoirs-faire, les méthodes, les modes d'organisation, les enjeux identifiés et les difficultés rencontrées paraissent assez peu changer d'un territoire à l'autre.On observe trois logiques de reproduction :

- la rhétorique du besoin (ce qui n'existe pas sur leur territoire mais qui existe ailleurs) ;

- le mécanisme du transfert de l'existant (équipements ou manifestations) ;

- la prise de compétence, afin de créer sur le territoire ce qui existe ailleurs.

Un vaste transfert de compétences culturelles ne signifie pas nécessairement, du moins dans un premier temps, un changement aussi radical des instruments d'action et des méthodes (ex : politique des labels, professionnalisation des équipements).


Ces dernières décennies, les évolutions ont rapproché les offres culturelles au sein des différentes catégories de communes. Le résultat constitue l'un des plus fameux paradoxes de la décentralisation : c'est avant tout par l'action des collectivités territoriales que les standards nationaux des politiques culturelles se sont déployés sur une vaste partie du territoire. Pour autant au niveau des offres culturelles intercommunales, il y a de puissants facteurs de différenciation (liés au nombre de compétences transférées, à leur diversité).


En conclusion, nos chercheurs semblent avoir eu des difficultés à voir dans les structures intercommunales observées l'espace d'invention qu'elles pourraient être, si par exemple elles s'appuyaient sur la pertinence de la notion de diversité culturelle, liée à des phénomènes sociaux et culturels de grande ampleur. Le chemin de l'intercommunalité culturelle, phénomène récent, est encore long !


François Deschamps


(1) « Intercommunalités : le temps de la culture », par Emmanuel Négrier, Philippe Teillet et Julien Préau, les éditions OPC, sept 2008, 277 p.).

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Extrait de Lettre d'information du réseau culture - N° 200 (18/03/2009)
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