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V • Des évolutions sensibles dans la nouvelle législation

Fiche de cas n° 1  Situations de handicap rencontrées par les personnes sourdes ou par les personnes malentendantes

La présente fiche de cas s’appuie sur des recherches bibliographiques ainsi que sur des investigations de terrain réalisées dans le cadre d’une thèse de doctorat, soutenue par Laurent Saby à l’École nationale des travaux publics de l’État (ENTPE), à Lyon, entre 2003 et 2007.

 

La déficience auditive est une déficience encore méconnue. Pourtant, et bien que des chiffres précis soient difficiles à établir, de nombreux auteurs estiment que la population française comprend au moins 3 à 5 millions de personnes sourdes ou malentendantes. En outre, les situations de handicap rencontrées par ces dernières au quotidien semblent largement ignorées, voire sous-estimées ; elles sont pourtant nombreuses et il existe de nombreuses pistes de travail à explorer afin d’améliorer l’accessibilité urbaine pour tous ceux qui entendent mal ou qui n’entendent pas.

 

1. Une population difficile à appréhender

 

a) Sourds ou malentendants ? Les deux existent mais ne doivent pas être confondus.

 

Il existe différents degrés de surdité (légère, moyenne, sévère, profonde) mais également différentes sortes de surdité (de transmission ou de perception) ou encore différentes catégories de sourds (sourds de naissance ou devenus sourds, sourds prélinguaux ou postlinguaux). C’est pourquoi il est abusif de désigner les « sourds et malentendants » comme un ensemble homogène et bien identifié. En effet, si les deux termes sont classiquement associés par le grand public pour englober le plus grand nombre possible de situations particulières, ils ne sont pas employés indifféremment par les acteurs du domaine de la surdité. D’après le rapport Gillot, les malentendants sont des personnes qui peuvent, au moins partiellement, percevoir la parole, c’est-à-dire des personnes atteintes de surdité légère, moyenne ou sévère. Seuls les sourds profonds ou totaux sont donc susceptibles d’être appelés sourds.

 

Cependant, en pratique, tout n’est pas si clair. En effet, appeler quelqu’un « sourd » ou « malentendant » revient à se prononcer sur le seuil de perception de la personne. Or ce dernier varie en fonction du sujet considéré mais aussi des moyens techniques disponibles au moment où l’on parle. Selon Goust, « avec le matériel disponible il y a dix ans, une personne atteinte d’un déficit auditif supérieur à 80 % était sourde, c’est-à-dire incapable de communiquer de manière courante. Avec les matériels actuellement disponibles, elle reste malentendante mais peut communiquer ». La limite est donc floue et il semble, en fait, que le meilleur moyen de distinguer sourds et malentendants est de s’appuyer sur le type d’aide efficace pour chaque individu et notamment sur son utilisation de la Langue des signes française (LSF) ou, plus largement, des signes. C’est l’option choisie par Renard, pour qui les malentendants sont des personnes qui « disposent d’un reste auditif exploitable et peuvent bénéficier d’aide sonore » alors que les sourds sont des « sourds profonds (…) ne pouvant être aidés que par des techniques visuelles ou la langue des signes ».

 

Ainsi les sourds qui utilisent la LSF forment-ils ce que Stiker appelle une « communauté culturelle minoritaire » sourde, dotée d’une culture, d’une histoire et d’une langue propre à ses membres. Pourtant, comme le remarque Mottez, la langue française ne dispose pas de terme précis pour désigner ceux qui, parmi l’ensemble des gens touchés par des problèmes d’audition, font partie de cette communauté sourde. À l’écrit, depuis les années 60, ils ont été désignés par le terme « Sourds », avec une majuscule. Mais à l’oral, on se trouve aujourd’hui obligé d’inventer des noms pour désigner les membres de cette communauté comme « sourds-sourds », « vrais sourds », « sourds LSF », « sourds signants »…

 

Nota
La surdité a cette particularité qu’elle a donné naissance à une langue, la langue des signes (LSF). Langue à part entière, possédant sa propre syntaxe, elle n’est pas le seul moyen de communication utilisant les signes : certains sourds utilisent le Langage parlé complété (LPC), code signé qui permet aux personnes utilisant la lecture labiale de distinguer les sons ayant la même signature labiale ; d’autres traduisent le français en signes de manière littérale (on parle alors de français signé).


 

b) Des chiffres peu nombreux et parfois variables mais permettant de fixer des ordres de grandeur

 

Différentes sources de données statistiques permettent d’estimer la prévalence actuelle de la déficience auditive entre 7 et 10 % de la population française. Les différences entre ces résultats peuvent notamment s’expliquer par le fait que les enquêtes ne font pas référence à la perte auditive de la même manière : limitation fonctionnelle (« entendre »), restriction de la participation (« suivre une conversation »), déficience… Enfin, contrairement à ce qui se pratique dans certains pays, aucune enquête nationale de santé n’a encore eu recours à des examens médicaux. Les déficiences sont donc évaluées selon le seul mode déclaratif, ce qui peut entraîner une sous-estimation des populations concernées.

 

Une exploitation récente de l’enquête HID estime l’effectif des déficients auditifs en France à un peu plus de 5 millions de personnes, soit une prévalence globale proche de 9 %. Parmi ces personnes :

- 6 % auraient une déficience auditive profonde ou totale et seraient incapables d’entendre une conversation ;

- 28 % auraient une déficience auditive moyenne à profonde et n’entendraient une conversation que lorsqu’une seule personne parle et que cette dernière parle fort ;

- 66 % auraient une déficience légère à moyenne et n’entendraient une conversation que lorsqu’une seule personne parle.

En outre, cette étude nous enseigne trois chiffres à garder à l’esprit concernant les personnes touchées par la déficience auditive :

- deux sur trois sont âgées de 60 ans et plus ;

- moins de 1 % (environ 44 000 personnes) déclarent utiliser la LSF ;

- 14 % seulement utilisent une aide auditive.

 

Ainsi, la comparaison de plusieurs sources et de plusieurs enquêtes permet d’estimer que la déficience auditive touche actuellement près de 10 % de la population française – comme de la population mondiale – et que cette proportion devrait augmenter en France dans les années à venir, notamment en raison du vieillissement de la population. Ce chiffre pourrait être sous-évalué en raison du mode déclaratif des enquêtes et du tabou social pesant sur la surdité, mais il est également à relativiser puisque environ un déficient auditif sur deux seulement présente des pertes auditives suffisamment importantes pour entraîner un handicap au quotidien.

 

Nota
L’enquête « Handicaps Incapacités Dépendance » (HID) a été menée par l’Institut national de la statistique et des études économiques (Insee) entre 1998 et 2001 sur un échantillon de 15 000 personnes vivant en institution et de 20 000 personnes vivant à domicile.


 

2. Les situations de handicap rencontrées par les sourds et les malentendants en milieu urbain

 

a) Un manque de connaissance des situations vécues

 

On trouve peu d’études réalisées dans l’optique de recenser, d’analyser et de hiérarchiser les situations de handicap rencontrées par les personnes présentant des troubles de l’audition. La majorité des études existantes concerne le domaine des transports. Ainsi l’étude de Fitz-Patrick permet-elle, après avoir justement souligné le peu d’études menées sur le sujet en Amérique du Nord, d’estimer l’accessibilité aux sourds et malentendants de plusieurs installations terminales canadiennes, sur la base de visites expertes, mais également d’évaluer la perception de cette accessibilité par la population concernée, au travers de réponses à un questionnaire détaillé. Cette étude met notamment en avant le caractère jugé « mauvais » des mesures d’urgence de nature visuelle prévues dans les cinq gares ferroviaires visitées par les experts. Elle permet aussi d’établir que, tous types de gares confondus, les annonces faites aux voyageurs constituent un problème pour plus de 4 déficients auditifs sur 5.

 

Une étude menée en gare de Lyon par Sanchez et Velche avec des usagers présentant tous types de déficiences met en évidence de grandes difficultés pour réaliser un parcours imposé parmi les personnes ayant des problèmes d’audition : « Le groupe de sujets ayant un handicap auditif présente l’un des plus faibles taux de réussite sans difficultés des trajets proposés (11 %). C’est dans ce groupe que la proportion d’abandons est la plus élevée (un tiers contre à peine plus de 18 % en moyenne sur l’ensemble des sujets). » Ce résultat s’explique, selon les auteurs, par l’invisibilité naturelle de la déficience auditive qui ne génère pas d’assistance spontanée de la part du public ou du personnel en gare, par le manque de formation du personnel à la communication orale avec les malentendants, mais aussi par la réticence des principaux intéressés à annoncer leur déficience.

 

Une autre analyse ergonomique de suivis d’itinéraires de sourds et malentendants, réalisée dans les transports en commun parisiens, met également en exergue cet évitement de toute interaction par les usagers sourds, parmi d’autres stratégies de compensation (anticipation des déplacements, évitement de la foule, contrôle de l’environnement…).

 

En 2000, dans leur rapport d’audit sur l’accessibilité des transports publics, Defoug et De Vincenti dressent le tableau d’une situation bien peu favorable aux sourds et malentendants : « Les équipements dits «accessibles» sont peu nombreux et, quand ils existent, sont insuffisants, surtout pour les handicapés sensoriels et mentaux (les sourds sont les plus isolés) (…) ; ils sont souvent inadaptés ; ils sont parfois obsolètes ; ils sont dans certains cas incohérents. » Selon le rapport Lévy, les lacunes en matière d’équipements pour les sourds et malentendants dans les transports se trouvent principalement dans le domaine de l’information aux voyageurs, pour leur orientation, mais aussi pour leur sécurité. Malgré l’identification de cette problématique, ce rapport ne contient pas de propositions pour améliorer la situation, pas plus que n’en contiennent la plupart des études sur l’accessibilité de l’information aux voyageurs des transports collectifs recensées par l’étude de Dessaigne consacrée à cette dernière thématique. Son rapport place d’ailleurs la question de la sécurité, notamment des personnes ayant un handicap auditif, parmi les deux sujets faisant l’objet du moins grand nombre d’études bibliographiques et de réalisations (avec l’information à destination des personnes handicapées cognitives).

 

b) Une étude globale pour recenser l’ensemble des situations de handicap tout au long de la chaîne du déplacement

 

Face au peu de références disponibles et au caractère sectoriel de ces dernières, notre approche a pour objectif d’approfondir l’identification des situations de handicap rencontrées par les sourds et par les malentendants tout au long de la chaîne du déplacement afin d’identifier les pistes d’amélioration de l’accessibilité urbaine à leur égard.

Notre approche s’appuie sur la complémentarité de plusieurs méthodes d’enquêtes telles que :

- des entretiens semi-directifs auprès de 12 personnes concernées par la déficience auditive au quotidien et auprès de 12 autres personnes en charge de l’accessibilité dans des collectivités ou de grandes entreprises ;

- des parcours en milieu urbain avec 19 personnes sourdes, malentendantes ou entendantes ;

- un questionnaire diffusé auprès du milieu associatif par courrier et par voie électronique, auquel 149 personnes sourdes ou malentendantes ont répondu.

 

L’enquête par entretiens auprès des professionnels met en évidence le manque de connaissances de ces derniers sur la déficience auditive, mais également le peu de personnes-ressources (professionnels du handicap, membres d’associations, chercheurs, entreprises…) identifiées pour bâtir des partenariats sur ce sujet. L’enquête par entretiens auprès d’usagers déficients auditifs, associée à la réalisation des parcours, permet quant à elle d’identifier les situations de handicap rencontrées par les sourds et malentendants et de classer ces dernières selon la typologie suivante : situations de gêne, de stress et de danger (cf. figure « Exemples de situations de handicap rencontrées par les sourds et malentendants en milieu urbain »).

 

Les situations de gêne sont notamment celles liées à l’absence de dédoublement de certaines informations sonores sous forme visuelle (fermeture des portes dans certains transports collectifs, par exemple), à la sensibilité accrue des malentendants au bruit ambiant, aux difficultés de localisation et d’identification de sources sonores, au manque de lisibilité d’espaces complexes ou de leur signalisation, aux difficultés de communication causées par une ambiance lumineuse ou acoustique inadaptée ou par un manque de sensibilisation du personnel d’accueil…

 


Figure « Exemples de situations de handicap rencontrées par les sourds et malentendants en milieu urbain »


 

Les situations anxiogènes (dites « de stress ») sont, elles, dues aux difficultés pour obtenir les informations sur des événements imprévus, notamment dans les transports (grèves, incidents, modification d’une information). Elles sont également liées à la vigilance accrue dont semblent faire constamment preuve les déficients auditifs dans l’espace public afin de ne pas se laisser surprendre par un autre piéton ou par un véhicule (voiture, vélo, véhicule prioritaire…) arrivant en dehors de leur champ visuel.

Enfin, les situations de danger sont essentiellement liées à la difficulté ou à l’impossibilité de percevoir les alarmes (et autres messages d’évacuation d’urgence) dans le cadre bâti ou le bruit des moteurs ou des avertisseurs sonores des véhicules dans la rue, ainsi qu’à la difficulté de donner l’alerte en cas de problème.

 

Il semble important d’insister sur le fait que la déficience auditive génère, au delà des situations de handicap sensoriel, des situations de handicap social. En effet, elle rend d’abord impossible ou difficile la communication avec autrui, tant à cause des difficultés des déficients auditifs eux-mêmes à oraliser, entendre ou lire qu’en raison de l’incapacité d’adaptation dont font généralement preuve leurs interlocuteurs entendants. En outre, c’est une déficience invisible qui place les sourds et malentendants face à un dilemme : faut-il cacher sa surdité, au risque de rencontrer des situations plus difficiles à affronter, ou faut-il la révéler et ainsi se retrouver considéré comme une « personne handicapée » ?

 

L’enquête par questionnaire permet de hiérarchiser ces situations de handicap, tout en précisant bien que l’échantillon touché n’est pas statistiquement représentatif de la population sourde et malentendante française, puisqu’il est principalement constitué de sourds sévères ou profonds, majoritairement jeunes et oralistes. Leurs réponses mettent en avant que près de la moitié des personnes interrogées se sentent moins autonomes qu’un entendant en milieu urbain et qu’environ deux tiers estiment que la ville génère pour eux une ou plusieurs craintes particulières telles que, par ordre d’importance :

- manquer une annonce sonore dans un lieu public (44 % de l’échantillon) ;

- ne pas pouvoir rentrer dans un bâtiment à cause d’un interphone (41 %) ;

- se faire adresser la parole et ne pas réussir à comprendre (35 %) ;

- se faire renverser par une voiture (28 %) ou par un véhicule prioritaire (19 %).

Ces craintes sont appuyées par des situations vécues puisque, en moyenne, plus de la moitié des individus ayant répondu à notre enquête est insatisfaite des informations données aux voyageurs en situation perturbée dans les transports collectifs et qu’un peu plus du quart d’entre elles considère que sa surdité l’a déjà fait se tromper de train ou manquer une correspondance. Par ailleurs, 83 % des personnes affirment avoir déjà eu des problèmes de compréhension aux guichets. Enfin, 21 et 19 % des répondants disent se laisser « souvent » surprendre respectivement par une voiture ou un vélo (51 et 44 % « parfois »).

Pour finir, si seulement un peu plus du tiers du panel a déjà été confronté à l’évacuation d’urgence d’un bâtiment, 75 % des personnes interrogées estiment que leur surdité aggrave le danger qu’elles encourent dans ce type de situation. Le manque généralisé de formation des personnels et de sensibilisation du grand public au sujet de la surdité et des éléments facilitant la communication avec un déficient auditif est également souligné par les répondants dans cette enquête.

 

3. Quelles pistes d’amélioration de l’accessibilité urbaine pour les sourds et malentendants ?

 

a) Divers types de solutions existent déjà

 

D’une manière générale, on peut distinguer, parmi les solutions existantes, les solutions humaines, les aménagements (architecturaux ou urbains) et les aides techniques.

 

Les solutions humaines peuvent être des actions de sensibilisation et de formation des professionnels à l’accueil des personnes handicapées, et en particulier à la communication avec les sourds et les malentendants. Il peut également s’agir de la mise en place de services d’accompagnement ou d’assistance pour les individus ne pouvant effectuer une action de manière autonome (en général pour des personnes ne souffrant pas seulement d’une déficience auditive mais d’un polyhandicap).

 

Sur le plan des aménagements (qui peuvent intégrer la mise en place d’aides techniques), les grands principes sont :

- soigner l’ambiance sonore pour favoriser l’intelligibilité et éviter les nuisances sonores ;

- multiplier les perspectives visuelles ;

- dédoubler toute information sonore sous forme visuelle (ou autre) ;

- prendre garde à la qualité des indications visuelles (harmonisées, lisibles, compréhensibles…) ;

- veiller à ce que l’éclairage permette de distinguer et d’identifier les lieux, d’accéder aux informations visuelles, d’éviter les phénomènes d’éblouissement, de voir son ou ses interlocuteurs ;

- aider au maintien de l’équilibre et éviter les obstacles aux cheminements.

 

Enfin, les principales aides techniques à l’usage des déficients auditifs sont :

- les appareils auditifs médicaux (prothèses, implants…) ;

- les systèmes de transmission et d’amplification du son (systèmes de sonorisation de la parole associés à des systèmes de transmission par induction magnétique, hautes fréquences ou infrarouge) ;

- les avertisseurs lumineux (détecteurs + flash) pour avertir des sonneries de téléphone, de porte d’entrée ou de réveil, comme d’alarmes incendie… ;

- les avertisseurs vibrants dans les mêmes cas que précédemment, ainsi que les avertisseurs par souffle d’air (moins répandus) ;

- les supports de texte ou d’images tels que visiophone, télécopieur, ordinateur relié à Internet, décodeur télétexte, systèmes de projection, tableau et panneau lumineux, visioconférence, etc.

Les aides techniques peuvent être soit personnelles (appareils auditifs, avertisseurs lumineux ou vibrants portables…), soit intégrées dans le milieu environnant (systèmes de sonorisation, avertisseurs lumineux…). Certaines aides personnelles, utilisables dans un logement, peuvent également être intégrées dans un bâtiment ou un espace public pour un usage collectif (anciennement Minitel et plus récemment bornes Internet…). Par ailleurs, certaines aides intégrées ne fonctionnent qu’en présence d’aides personnelles. C’est le cas de la transmission sonore par hautes fréquences (HF) ou par ondes infrarouges (IR) qui appellent l’utilisation d’un casque. De même, le fonctionnement de certaines aides personnelles nécessite la présence d’un système technique intégré dans l’environnement ; le fonctionnement des prothèses en position « T » n’est par exemple possible qu’en présence d’une boucle à induction magnétique (BIM) dans le bâtiment.


b) D’autres pistes de solutions font encore l’objet de recherches

 

Malgré le peu de réalisations nouvelles, on trouve quelques études relatives à l’évaluation ergonomique de l’utilisation des aides techniques par des sourds et malentendants. Ainsi, d’après l’étude de Geehan, la mise en place de BIM en quatre endroits de l’aéroport de Vancouver a été identifiée au préalable comme stratégique et potentiellement bénéfique par les participants de focus groups, avant que la faisabilité de l’opération ne soit évaluée par des spécialistes de l’audiométrie. Dans l’aéroport d’Ottawa, la mise en place de signalisations visuelles spécifiques et indiquées comme telles a augmenté l’indépendance et l’assurance de déficients auditifs et cognitifs ayant accepté de réaliser des parcours tests réalisés par Rutenberg. Enfin, la mise en place, par l’autorité de transports publics Métro, d’un système d’annonce visuelle du prochain arrêt sur une ligne de bus entre Leeds et Birmingham a été jugée très utile par les membres sourds d’un focus group. Ces derniers ont également mis en avant les améliorations qui pourraient être apportées à leur intention : augmenter la quantité d’information textuelle, ajouter de l’information graphique pour faciliter le repérage dans l’espace et pour permettre d’associer un lieu (concret) à un nom d’arrêt (abstrait). Cette dernière remarque se comprend d’autant mieux lorsque l’on sait qu’un nombre important de sourds de naissance maîtrisent mal le langage écrit. Enfin, signalons l’existence d’approches pluridisciplinaires associant acousticiens et sociologues pour identifier et supprimer les situations de handicap rencontrées par les malentendants dans le cadre bâti. Ces travaux visent à améliorer l’acoustique des locaux d’enseignement, de formation ou de réunion à l’aide de systèmes passifs (traitements acoustiques en termes de matériaux et de formes) et actifs (électroacoustiques et électromagnétiques, pour l’amplification de la voix) (Guerra).

 

Dans le cadre de nos propres investigations, la méthode des parcours nous permet aussi d’identifier des leviers d’amélioration possibles de l’accessibilité urbaine en pointant les dispositifs existants appréciés par les sujets : qualité de la signalisation, affichages d’information en temps réel, identité spécifique à certains lieux, marquages au sol… Du point de vue de la perception du milieu urbain, les personnes sourdes ou malentendantes ayant réalisé des parcours se montrent sensibles à des éléments spécifiques tels que la quantité et la qualité de la lumière (appréciant notamment la lumière naturelle à l’intérieur du cadre bâti), l’impression d’identité singulière renvoyée par un lieu, la quantité d’espace disponible pour circuler, le dégagement du champ visuel ou la qualité de la signalisation. Le sentiment de sécurité est principalement mis en relation avec les notions de bonne visibilité et de bonne lisibilité des espaces, alors que les sujets entendants font essentiellement référence à la présence d’autres usagers sur ce sujet. Ce dernier point renforce l’idée selon laquelle les déficients auditifs semblent attendre peu d’aide de la part de tierces personnes, notamment pour ceux qui, en raison de leur handicap de communication, sont habitués à être autonomes. Enfin, les personnes malentendantes confirment leur sensibilité particulière au bruit ambiant de la ville (en intérieur comme en extérieur), s’avérant ainsi facilement gênées ou fatiguées, y compris par des bruits habituellement jugés comme plaisants, voire apaisants, par les personnes entendantes (le bruit d’une fontaine au niveau sonore particulièrement élevé par exemple).

 

À l’avenir, on peut donc envisager que, à l’instar des approches de design sonore qui existent déjà et prennent en compte l’oreille « moyenne », certains bruits présents dans l’environnement urbain seront spécialement modifiés pour être plus agréables pour les malentendants. De même, des études sur le confort visuel, et notamment lumineux, pourraient être menées avec des sujets sourds, malentendants et entendants afin d’évaluer les éventuelles différences de besoin en lumière. Les résultats obtenus dans notre expérimentation dans les lieux intérieurs, et plus particulièrement dans un hall de gare, suggèrent en effet que la déficience auditive s’accompagne d’une augmentation du seuil de confort lumineux et d’une sensibilité plus grande à la qualité de la lumière. Ces différences peuvent se justifier par la dépendance plus importante des sourds et malentendants aux informations visuelles disponibles autour d’eux.

 

Enfin, le développement des technologies de l’information et de la communication (TIC) et leur diffusion croissante dans les lieux publics, sous la forme d’écrans, de bornes automatiques, de réseaux non filaires, voire d’objets communicants et de systèmes de réalité augmentée, offrent aujourd’hui la possibilité de concevoir des systèmes de diffusion de l’information sous de nouveaux formats, inédits et multiples, et avec des temps de réponse permettant de délivrer de l’information en temps réel. Différents projets de recherche en cours visent à développer l’utilisation de ces technologies pour répondre aux besoins spécifiques des personnes touchées par une ou plusieurs déficiences.

 

4. Références

 

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DESSAIGNE M.-F., LEQUATRE F., Accessibilité de l’information aux usagers déficients sensoriels dans les transports collectifs urbains - Phase I : État de l’art, Rapport de recherche PREDIM, 2005, 76 p. Disponible sur http://www.predim.org/spip.php?article2506 (consulté le 01/04/2009)

 

FITZ-PATRICK M., BARKOW B., BEATTIE J., Le transport interurbain des voyageurs sourds ou malentendants - Analyse de l’accessibilité actuelle, Rapport de l’étude réalisée par la Société canadienne de l’ouïe et la société Behavioural Team, Toronto, Centre de développement des transports (Transports Canada), 1990, 57 p.

 

GEEHAN T., ARNOLD A.-K., WALLERSTEINER U., SUEN L., Évaluation ergonomique d’appareils de sonorisation assistée pour voyageurs ayant un handicap auditif., in M. DEJEAMMES and J. P. MEDEVIELLE, Actes de la 6e conférence COMOTRED : Mobilité et transport des personnes âgées ou à mobilité réduite, Lyon, Inrets, 1992, pp. 554-563

 

GILLOT D., Le droit des sourds - 115 propositions, Rapport à Monsieur le Premier ministre, Paris, 1998, 19 p.

 

GOUST J., Guide des aides techniques pour les malentendants et les sourds, Paris, Liaisons, 2001, 154 p.

 

GUERRA L., Évaluation par des critères physiques des performances acoustiques de la salle de TD n° 142 - Bât. 336 - Campus d’Orsay, in Atelier CAPS, 2 décembre 2003, Orsay, 2003.

 

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STIKER H.-J., Pour le débat démocratique : la question du handicap, Paris, Éditions du CTNERHI, 2000, 149 p. (Collection « Essais »).

 

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