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WEB 2.0 POUR LES ZEROS JE SUIS NUL MAIS JE VEUX APPRENDRE

Article du numéro 467 - 01 juillet 2013

A la une

Vous avez un problème avec Facebook, vous trouvez que Twitter ne sert à rien et vous préférez le bon vieux CV à une visite de Viadeo ou Linkedin... Sans aller jusqu'à faire imprimer vos e-mails par votre secrétariat pour les lire dans un parapheur (quoique...), tout ce qui a trait aux réseaux sociaux vous ennuie... ou vous dépasse. On va vous expliquer pourquoi c'est une erreur et, surtout, comment sortir de votre coquille numérique. Accrochez-vous, ce n'est pas si difficile.

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Quand j'ai vu dans ma timelime qu'un hashtag concernait sa commune et que cela générait un max de RT et de flood, je lui ai envoyé aussitôt un DM. Il faut dire que pimper autant sa fanpage en période pré-électorale est un peu risquée : il aurait pu comprendre que les trolls allaient se déchaîner et que ça finirait par avoir des conséquences IRL. Il m'a répondu : +1. Manifestement, il avait prévenu, mais n'avait pas été écouté. » Vous n'avez pas compris ces quelques lignes ? C'est normal. Elles concentrent, sous une forme parodique, un jargon des technologies de l'information et de la communication. Pourtant, même sans un tel excès, combien de territoriaux ont l'impression d'avoir déjà laissé passer le train ? Perdus pour les réseaux sociaux, les plus à la traîne font encore imprimer leurs e-mails par leur secrétariat pour le poser sur le bureau de leur collaborateur préféré. Pourtant, les raisons obligeant à une remise à niveau sont nombreuses. La bonne nouvelle, c'est que ce n'est pas si difficile. Voilà quelques connaissances et solutions pour ne pas passer pour le dernier des ringards auprès de vos élus et collaborateurs (qui, eux, savent faire).


Dans la jungle des outils collaboratifs et d'alerte

Les outils numériques abondent. Fidel Navamuel, directeur du développement de l'École des métiers de l'information, les recense dans plusieurs annuaires thématiques en ligne : Allweb2.com, OutilsCollaboratifs.com, OutilsVeille.com, OutilsTice.com. En moyenne, chacun de ces quatre répertoires augmente d'une dizaine de références chaque semaine ! Un panorama exhaustif est donc impossible : ce serait un listing d'innombrables entrées, périmé en quelques heures. Néanmoins, quelques outils dominent. Voici une sélection de ceux qui sont absolument incontournables, en raison de leur intérêt en termes d'usages et de leur nombre d'utilisateurs.

Les alertes Google
En France, Google domine le marché des moteurs de recherche. Il compte à lui seul pour 94 % selon le rapport France Digital 2013 publié par Comscore. Son usage est connu du moindre utilisateur d'internet : taper un ou plusieurs mots au centre de sa page d'accueil et vous obtenez des listes de liens qui s'y rapportent. Mais Google n'est pas qu'un moteur de recherche. C'est un ensemble de bien d'autres services. Parmi ceux-ci les alertes Google (www.google.fr/alerts). Cet outil permet de surveiller facilement le web sur les thèmes qui vous intéressent. Sa mise en place est très simple : seulement cinq cases à renseigner. Ensuite, chaque jour ou chaque semaine, selon la fréquence choisie, vous recevez un e-mail qui vous indique les nouveautés correspondant aux thèmes que vous avez enregistrés. Selon Intel, fabricant de processeurs, chaque minute, sont publiés sur Internet six articles d'encyclopédies, trois mille nouvelles photographies, trente heures de vidéos, etc. C'est dire l'utilité des Alertes Google qui suivent cette actualité et en extraient ce qui est susceptible de vous concerner ! Indispensable.


Facebook
Les chiffres ne manquent pas pour souligner l'importance du réseau social de référence. Retenons-en deux : en France, 26 millions d'inscrits dont plus de 16 millions se connectant au moins une fois par jour selon Nielsen. Le débat sur Facebook est clos. C'est un lieu incontournable d'échanges sur le web. Les collectivités l'investissent chaque jour davantage : par 92 % des régions, 80 % des villes de plus de 86 000 habitants et 52 % des départements selon l'édition de juin 2013 du baromètre Collectivités territoriales et réseaux sociaux de l'institut Edgard Quinet. Une ville comme Lieusaint (Seine-et-Marne) est ainsi en lien avec 15 % de ses habitants, ce qui est beaucoup pour un canal de communication auquel sont venus s'inscrire d'eux-mêmes les administrés. L'institut Edgard Quinet estime la croissance du nombre de collectivités présentes sur Facebook entre 2 et 7 % par mois. Ces « pages » Facebook des collectivités - en quelque sorte un mini-site hébergé dans le réseau social pour une entreprise, une personnalité, etc. - font que les territoriaux se doivent également d'être présents, avec un « profil » - l'équivalent d'une « page » mais pour les individus. C'est nécessaire pour comprendre le fonctionnement de Facebook et travailler efficacement avec les collègues gérant cet outil. L'embarras d'une directrice des services techniques incapable de traiter une problématique soulevée par un habitant parce qu'elle lui avait été communiquée par e-mail sous forme d'un lien vers un commentaire sur la page Facebook de la collectivité est en cela un exemple éloquent...


Twitter
Twitter est le challenger de Facebook. Bien que doté de beaucoup moins d'utilisateurs - le cinquième environ -, il est très médiatisé : selon une étude Ipsos d'avril 2013, sa notoriété est de 90 %. C'est actuellement le chouchou des chaînes de télé pour créer de l'interactivité et faire parler de leurs émissions. Les collectivités ne sont pas en reste : 73 % des régions, 66 % des villes de plus de 86 000 habitants et 48 % des départements selon l'édition de juin 2013 du baromètre Edgard Quinet. L'enquête Ipsos pointe un intérêt limité : seuls 5 % des Français sont utilisateurs et 93 % des non-utilisateurs n'ont aucune intention de le faire. Le principe de Twitter est d'envoyer des messages courts - 140 caractères -, reçus par les personnes qui ont choisi de suivre tel ou tel émetteur. Le premier intérêt de cet outil est donc de suivre ceux qui diffusent le contenu le plus riche. Par exemple, le jour d'écriture de ce dossier, l'observation de l'activité d'Éric Delcroix, un expert s'exprimant plus loin dans un encart, montre la diffusion d'une vingtaine de liens divers sur les nouvelles technologies de l'information et de la communication. En quelque sorte sa revue de presse numérique... dont Twitter vous permet de disposer.

Viadeo/Linkedin
Au contraire de Facebook qui a une vocation grand public, ces deux réseaux sociaux concurrents sont réservés à un usage professionnel. Ils comptent plusieurs millions d'inscrits. Ce sont d'abord des bibliothèques de CV en ligne. Certains recrutements, notamment ceux initiés par des cabinets de « chasseurs de têtes », se font uniquement par leurs intermédiaires. Un cadre territorial avec un objectif de mobilité ne doit faire l'impasse ni sur l'un ni sur l'autre. Même sans projet de changement de poste, il est important d'y posséder, d'y enregistrer et d'y mettre à jour son profil. Le référencement de ces deux outils est performant : si bien que si quelqu'un effectue une recherche concernant un tiers, par exemple via Google, le lien vers sa fiche Viadeo et Linkedin figurera quasi certainement dans les premières places. Quel que soit celui qui effectue cette recherche - élu curieux, collègue qui veut prendre la mesure d'un des encadrants, journaliste qui a besoin de l'équivalent d'une biographie, etc. -, il est toujours mieux que les informations ainsi obtenues soient celles d'une présentation que l'on a soi-même sélectionnée et rédigée ! Au-delà, Viadeo et Linkedin proposent de nombreux outils de réseautage - groupes de discussions, carnets d'adresses, questions-réponses, etc.

Blogs
Nés au Canada dans les années 1990, les blogs - des journaux de bord en ligne, composés de billets classés de manière antéchronologique - se sont beaucoup développés en France entre 2002 et 2007. Depuis, ils ont un peu périclité, à tel point que certains peuvent les considérer comme ringards.
Pourtant, leurs articles fournissent du contenu, qui alimente souvent les échanges sur les réseaux sociaux. Suivre quelques blogs de référence dans son domaine de compétence est donc un moyen irremplaçable pour développer ses compétences professionnelles et enrichir sa réflexion personnelle. En créer un, et diffuser une matière qui suscite l'intérêt régulier de lecteurs, est une manière de devenir un territorial qui « compte »... Ainsi, les blogs http://cattiauemmanuel.expert
public.fr/(Emmanuel Cattiau, DGS), http://thebaultmarc.expertpublic.fr/(Marc Thébault, directeur de la communication), http://benjaminteitgen.expertpublic.fr/(Benjamin Teitgen, directeur adjoint à la communication digitale) ou http://arnaud latreche.expertpublic.fr/(Arnaud Latrèche, responsable marchés publics) apportent des informations et points de vue toujours intéressants... et contribuent à la renommée de leurs auteurs.


Construisez votre écosystème web

Faire une recherche avec Google sur le mot écosystème (1) est intéressant. Bien que ce terme relève de l'écologie, un lien relatif au web apparaît dès la quatrième position. En effet, écosystème s'est peu à peu imposé dans le domaine des technologies de l'information et de la communication. Il désigne ainsi un ensemble d'outils numériques en interaction les uns avec les autres. Cette notion d'inter­ac­tion est importante. C'est la clé de toute présence sur internet. Sa nature de réseau fait que tout y est lié... plus ou moins efficacement. Si vous décidez d'utiliser des outils présentés dans la première grande partie de ce dossier, la question n'est donc pas seulement de choisir lesquels, mais aussi d'orchestrer leur mise en synergie de manière performante. C'est-à-dire de la construction de votre écosystème web. Ce dernier dépend des objectifs que vous vous fixez. Par conséquent, voici quatre recettes pour concocter votre dispositif personnel. Chacune part d'un but, répertorie les outils les plus appropriés et propose une organisation possible pour les exploiter pleinement. Bien sûr, nombre d'autres assemblages sont possibles : à l'instar des grands chefs, n'hésitez pas à vous inspirer de ces propositions clés en main pour arranger à votre manière les ingrédients, les mettre « à votre sauce » et composer votre succès.

Recette 1, le service minimum
L'objectif de ce dispositif est de vous familiariser avec des notions. Créez une fiche sur Viadeo et Linkedin et mettez-la à jour quand votre CV connaît des changements majeurs. Si votre collectivité possède une page Facebook et/ou un compte Twitter, inscrivez-vous à ces deux réseaux sociaux pour suivre cette page et/ou ce compte et consultez-les au moins une fois par semaine pour voir ce qu'il s'y dit. Si votre collectivité en est dépourvue, suivez ceux d'une ou deux collectivités actives sur l'un et/ou l'autre des réseaux pour observer et comprendre leurs pratiques.

Recette 2, la veille
L'objectif de ce dispositif est de vous permettre d'effectuer un suivi attentif sur les domaines, collectivités et/ou personnalités de votre choix. Créez une Alerte Google pour chaque sujet et peu à peu repérez ainsi les émetteurs pertinents et les supports à lire. Cherchez s'ils possèdent un compte Twitter - c'est généralement une information facile à trouver sur les sites web, les blogs et même les publications papier - et suivez leurs messages. Dans Twitter, indiquez dans votre présentation que votre compte est destiné à la veille afin que vos interlocuteurs comprennent pourquoi vous ne vous exprimez pas. Si vous voulez effectuer une veille plus poussée, référez-vous à l'article internet : « Construire son fil d'Ariane d'information » paru dans La Lettre du cadre territorial numéro 413 de décembre 2010.

Recette 3, la curation (2)
L'objectif de ce dispositif est de vous positionner comme un relais d'information. Il nécessite d'abord que vous ayez mis en ½uvre la recette 2. Cette veille vous fournira une masse de données dans laquelle vous pourrez sélectionner les contenus que vous estimez intéressants. Utilisez Twitter pour les relayer. Soit en « retweetant », c'est-à-dire faisant suivre un tweet - un message envoyé via Twitter -, soit en diffusant un tweet personnel. Fixez-vous un rythme régulier, par exemple 1 tweet et 1 retweet chaque jour.

Recette 4, la e-réputation (3)
L'objectif de ce dispositif est de développer votre notoriété et votre image. Utilisez les recettes de veille et la curation pour vous constituer un réseau qui vous reconnaît. Enrichissez votre curation d'une analyse personnelle et d'une exposition de vos pratiques professionnelles. Créez un blog qui serve de vaisseau amiral à votre expression. Écrivez un billet de manière récurrente, une fois par semaine si possible, au maximum une fois toutes les deux semaines. Faites-le connaître via Twitter, ainsi que grâce aux fonctions sociales de Viadeo et Linkedin. Engagez le dialogue avec tous ceux qui mentionnent ou commentent vos messages et proposez-leur de coécrire un prochain billet de votre blog.


NOTES

(1) Un écosystème est l'ensemble de la faune et de la flore réunies dans un espace naturel. Il est composé de producteurs (les plantes), de consommateurs (les animaux carnivores) et de décomposeurs (souvent des insectes), qui sont aidés par la chaleur naturelle du soleil (source : Wikipédia).
(2) La curation de contenu (de l'anglais content curation ou data curation) est une pratique qui consiste à sélectionner, éditer et partager les contenus les plus pertinents du web pour une requête ou un sujet donné. La curation est utilisée et revendiquée par des sites qui souhaitent donner une plus grande visibilité et une meilleure lisibilité à des contenus (textes, documents, images, vidéos, sons...) qu'ils jugent utiles aux internautes et dont le partage peut les aider ou les intéresser (source : Wikipédia).
(3) L'e-réputation, parfois appelée web-réputation, cyber-réputation, réputation numérique, sur le web, sur internet ou en ligne, est la réputation, l'opinion commune (informations, avis, échanges, commentaires, rumeurs...) sur le web d'une entité (marque, personne, morale (entreprise) ou physique (particulier), réelle (représentée par un nom ou un pseudonyme) ou imaginaire) (source : Wikipédia).


Avis d'expert

Mehdi Gharsallah
Directeur de l'offre internet & digitale du cabinet Infhotep www.infhotep.com
Comprendre la révolution numérique
Le numérique modifie notre rapport au temps, à l'espace et aux autres. Ces technologies sont une révolution sociétale historique. Après Copernic (l'Homme qui n'est pas au centre de l'univers), Darwin (l'Homme singe évolué), et Freud (l'Homme pas maître de son psychisme), les technologies numériques fascinent autant qu'elles font peur. Nombreux sont ceux qui pensent que l'Homme est la première victime de ce qu'il a généré. Pourtant cette révolution est source de renouveau. Issue des utopies des années soixante-soixante-dix, refusant de cantonner l'informatique aux applications militaires et étatiques, la culture digitale propose une réappropriation par et pour l'Homme de ce réseau mondial et communautaire. Internet était né. Trente ans plus tard, nous constatons cette transformation radicale, qui nous fait entrer dans la société de la connaissance. L'accroissement des compétences favorise le partage du savoir. Simultanément, la démocratisation conduit à une massification réduisant les capacités intellectuelles de l'Homme à dire « j'aime ». Dans ce contexte instable, se former au numérique devient une condition sine qua non pour inventer un avenir dans lequel un progrès, intellectuel, peut se dessiner.


Avis d'expert

Hervé Pargue
consultant en stratégie digitale. Il présente plus longuement les « Company Pages » sur son blog : pargatruk.fr.
Focus sur les « Company Pages »
« Nous avons fait quelque chose sur notre commune dans Viadeo ? » demande un maire de la région parisienne après qu'un candidat lui en ait parlé lors d'un entretien de recrutement. Non, affirme son directeur de la communication. Avant de se dédire quelques heures plus tard : « Nous avons une page, mais je ne sais pas qui l'a créée... » Après les « pages » de Facebook, intéressez-vous donc aux « Company Pages » de Viadeo et Linkedin : saviez-vous qu'il existe probablement déjà une page dédiée à votre collectivité sur Viadeo et Linkedin ? ! Ces pages sont générées automatiquement dès lors qu'un certain nombre de membres déclarent travailler dans telle ou telle entreprise... ou collectivité ! Si les entreprises commencent à s'y intéresser, trop rares sont les collectivités à avoir revendiqué la propriété de leur page. Les opportunités de communication sont pourtant réelles, tant pour cibler les professionnels et cadres supérieurs (valorisation du territoire, promotion des aides économiques) que pour valoriser l'image de la collectivité en tant que recruteur potentiel.


Avis d'expert

Éric Delcroix
expert des médias sociaux et de la communication on line.
Sa barbe est une authentique star sur Twitter (twitter.com/erdelcroix) et Facebook (www.facebook.com/eric.delcroix).
La disparition des ordinateurs... et de l'écriture manuscrite ?
Pas aisé de donner une vision précise sur les évolutions d'internet... D'ailleurs, ce n'est pas anodin si plus d'un quart des Français se disent dépassés par les nouvelles technologies de l'information et de la communication et que 81 % estiment avoir besoin d'une remise à niveau (enquête Grenade & Sparks). L'axe principal de l'évolution sera certainement la disparition des ordinateurs, au profit des tablettes et téléphones liés au Cloud computing. Cette extinction ira de pair avec la mort du web. La mesure de l'influence (Klout ou Peerindex) sera au c½ur de la recommandation des pairs. Des révolutions pointent le bout du nez. La fin de la suprématie de l'écriture en est une. On parle déjà picture marketing avec l'émergence de Pinterest, de la reconnaissance « faciale » dans Google, des images éphémères avec Snapchat ! D'ailleurs, est-il encore essentiel d'apprendre l'écriture manuscrite dans les écoles ! Que nous réserve comme autres révolutions l'arrivée de la génération Z (les 0-18 ans), les vrais digitaux natifs et les 70 % de métiers du futur n'existant pas aujourd'hui : un monde virtuel ?