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Nous avons perdu trop de temps face à la récession

Article du numéro 466 - 15 juin 2013

Leader

L'économiste Alain Trannoy estime que le gouvernement n'a pas perçu la gravité de la crise et l'urgence d'agir rapidement. À l'entendre, il serait déjà presque trop tard.

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Alain Trannoy

Directeur de l'AMSE (Aix Marseille Sciences Économiques), membre du Conseil d'analyse économique (CAE)


Les prévisions de la Commission européenne font état d'un déficit à 3,7 % de PIB en 2013, 3,9 % en 2014. La dette bondirait ainsi à 95 % du PIB. Est-ce lié à la récession ou François Hollande a-t-il sa part de responsabilité ?

Ce décrochage n'est pas étonnant dans le sens où le Crédit d'impôt pour la compétitivité et l'emploi (CICE) n'est pas financé. En 2014 et 2015, le CICE pompera dans les caisses 10 milliards d'euros chaque année, ce qui alourdit de fait la facture. Cette mesure, financée uniquement par le crédit, s'ajoute à la rigueur et aux budgets des collectivités sous pression, en France et partout en Europe. En fait, il aurait fallu créer le CICE plus tôt. Les effets de ce crédit d'impôt ne se feront éventuellement sentir qu'en 2016. L'urgence qu'impose la situation économique ne peut supporter de tels atermoiements.


Le risque n'est-il pas que François Hollande traverse un quinquennat marqué par l'austérité, sans aucune marge de man½uvre pour inverser la tendance...

Il s'est mis en situation de traiter le malade avec des moyens homéopathiques alors qu'il fallait imposer un traitement roboratif. La guérison va donc traîner. Je pense que d'autres stratégies auraient pu être adoptées. Le risque est grand que les Français perdent patience et soient déçus bien avant 2017.


À quelles autres stratégies pensez-vous ?

Je ne suis pas là pour donner de leçons. Et François Hollande a raison lorsqu'il indique que la politique, c'est comme le football, c'est plus facile quand on regarde ça à la télé. Je prends juste un domaine que je connais, le logement (1). Le gouvernement n'a pas engagé les réformes de fond. Dans le rapport du CAE, nous insistons, avec Étienne Wasmer, sur le fait qu'il fallait s'occuper en priorité des prix de la construction, pour les faire baisser, de la disponibilité des terrains, etc. L'inflation des prix de l'immobilier est l'une des principales plaies budgétaires des Français. Il y a certes eu des mesures de simplification mais sur le fond, comme le fait de produire du logement moins cher, en explorant les modèles étrangers, l'action du gouvernement reste timide. Hollande a perdu trop de temps.


La fronde sénatoriale contre le Grand Paris n'arrange pas les affaires du marché immobilier...

Cette résistance des petites communes contre la métropole ne va pas détendre le marché immobilier en Ile-de-France, qui est chaque jour un peu plus sous tension. Depuis quinze ans, les communes se regardent et attendent que le voisin construise à sa place. Sur des zones aussi denses, il faut dégager une volonté commune de construction de logement social. Dans le cas contraire, il ne faut s'étonner de voir les prix flamber. C'est un principe de base que la rareté crée l'offre excessive... Mais bon, les sénateurs pensent certainement à la sauvegarde de leur mandat. Là aussi­, François Hollande aurait été inspiré de limiter très vite, dans les six premiers mois, le cumul des mandats pour éviter de se retrouver dans cette situation. L'absence de cette réforme ralentit de fait le rythme du changement. Tout le monde sait qu'un nouveau gouvernement doit agir très vite dès la première année pour imposer ses réformes structurelles, mêmes les plus impopulaires. Je pense que le fait que les socialistes n'aient plus gouverné depuis dix ans a été un frein. Dans le cas contraire, l'acuité de l'urgence face à laquelle nous nous retrouvons aurait été perçue plus rapidement.


(1) Document du travail du Conseil d'analyse économique (CAE), « Le prix de l'immobilier et les politiques inflationnistes », Alain Trannoy, Étienne Wasmer.