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Lutter contre les pauvres ou contre la pauvreté ?

Article du numéro 465 - 01 juin 2013

Idées

Les Presses Universitaires de France exhument un texte original de John Locke. Le penseur libéral propose, à la fin du 17e siècle, un panaché de coercition, de moralisation et d'institutionnalisation pour la prise en charge des pauvres. Loin d'être désuète, l'analyse revient aux fondamentaux de la lutte contre la pauvreté. Et active des débats très contemporains.

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John Locke, Que faire des pauvres ? PUF, 2013, 64 pages, 7 euros.


Lettré et médecin anglais, John Locke (1632-1704) est un des (nombreux) points cardinaux de la pensée philosophique occidentale. À la base du libéralisme politique, il fut un des inspirateurs du Siècle des Lumières et de la Constitution américaine. Participant à la création de la Banque d'Angleterre et au développement des colonies, il propose, avec ce court rapport, d'agir pour mettre fin à la pauvreté.


Travail et propriété pour solutions

Disqualifiant les doctrines et les régimes affectant la souveraineté à un unique individu, Locke fonde une nouvelle légitimité politique à partir des droits naturels et du contrat. L'homme dispose de la liberté individuelle, de la possibilité de posséder et de la capacité d'exercer des droits reconnus par des lois positives. La société politique est une « société d'assurance mutuelle » protégeant des citoyens qui sauvegardent, par un contrat social (même si l'expression n'est pas de Locke...) leur liberté, leur propriété et leurs possibilités d'agir en égalité. Pour Locke l'essentiel est dans la propriété. Et par propriété « il faut entendre cette propriété que les hommes ont sur leurs personnes autant que celle qu'ils ont sur leurs biens ». À défaut de propriété et d'accomplissement par le travail, l'individu ne saurait être pleinement homme.
Concrètement, Locke publie une sorte d'évaluation des politiques. Il regrette l'ineffectivité des mesures qui ont été décidées. Et il propose. L'ambition est de centrer l'assistance, assurée par les paroisses, sur l'obligation de travailler.


Évaluation et rationalisation

Cette lutte contre l'oisiveté (que l'on pourra lire, rétrospectivement, comme une guerre contre les défavorisés) passe d'abord par une banale bipartition entre le bon pauvre (qui ne peut subvenir à ses besoins) et le mauvais (qui peut travailler mais ne le souhaite pas). Elle établit ensuite des obligations pour les individus mais aussi pour la collectivité.
La dureté de l'auteur de La Lettre sur la tolérance surprendra. Il recommande des châtiments corporels même pour les enfants mendiants. On pourra se gausser de ses positions moralisantes sur la nécessaire fermeture de certaines tavernes ou sur l'obligation de fréquenter l'église. Mais ses idées tiennent en un véritable programme. Il faut, tout d'abord, en finir avec les vagabonds oisifs. Au-delà de la répression, il convient de leur fournir du travail. Ensuite, la création d'écoles s'impose pour les enfants. Ces écoles étant accessibles aux adultes, il y a, avec l'idée lockienne, des racines de la formation professionnelle. Enfin, des corps professionnels spécialisés sont nécessaires. Ce sont des « inspecteurs » et « gardiens » des pauvres. Les termes sonnent de façon désagréable, mais l'idée revient à créer un ancêtre des métiers du travail social.
Ces pages rédigées à une période d'intense croisade contre le vagabondage et de puissantes innovations, un peu partout en Europe, pour chercher à mettre au travail les pauvres viennent s'inscrire parmi les classiques. On glissera l'opus entre Tocqueville et son Mémoire sur le paupérisme (1835) et Simmel et sa perspective sur Les Pauvres (1907). Le grand intérêt des classiques est de permettre des regards distanciés sur des problèmes classiques. À découvrir donc, pour apprécier et/ou critiquer.