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L'action sociale a-t-elle encore un avenir ?

Article du numéro 450 - 01 octobre 2012

Leader

Vous avez intitulé votre ouvrage avec une question presque
« provocatrice » : « L'action sociale a-t-elle encore un avenir ? »
Cela peut paraître provocateur, mais au-delà des problèmes de conjoncture, la question de la place, incertaine, de l'action sociale se trouve posée. Il y a donc nécessité de proposer des scénarios d'évolution possible. Les logiques budgétaires ont prédominé dans l'ensemble de mesures mises en oeuvre ces dernières années.

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Vous avez intitulé votre ouvrage avec une question presque «provocatrice»: «L'action sociale a-t-elle encore un avenir ?»

Cela peut paraître provocateur, mais au-delà des problèmes de conjoncture, la question de la place, incertaine, de l'action sociale se trouve posée. Il y a donc nécessité de proposer des scénarios d'évolution possible. Les logiques budgétaires ont prédominé dans l'ensemble de mesures mises en œuvre ces dernières années. On perd les questions de sens et d'utilité sociale. L'action sociale est traversée depuis plus de trente ans par trois grands champs de tensions qui n'impactent pas totalement les mêmes registres mais qui dessinent le système. Le premier, qui a largement frappé les différents dispositifs de protection
sociale et de santé, prend appui sur une approche globale des dépenses sociales dont le poids est réputé à la fois trop lourd et contre-productif, dans une logique néolibérale. Le second renvoie à l'accroissement de problèmes sociaux de toute nature. Le troisième champ de tensions renvoie à la façon dont des évolutions profondes de la société, bien au-delà des approches néolibérales, se traduisent par des exigences collectives renouvelées. Les exigences de droits des usagers, de personnalisation, de qualité comme en termes d'ouverture des institutions, de territorialisation, de partenariat en sont des marqueurs. C'est aussi une ambition de ce livre que de montrer la complexité de ce qui se joue.


Il y a pourtant, dans nombre de collectivités, des expériences intéressantes ?

Si les départements sont directement impactés, les villes sont aussi concernées car elles ont une antériorité et se trouvent aussi confrontées à des problématiques fortes : celles de «réencastrer» les questions sociales en lien avec l'urbanisme, le logement... Il existe donc des leviers pour réorganiser l'action sociale autour de besoins plus avérés. Des expérimentations intéressantes se font jour autour des CUCS, de l'habitat collectif adapté pour des personnes en situation de handicap, ou intergénérationnel. Ces expériences intéressantes ne sont pourtant pas suffisamment capitalisées ou évaluées. Le lien entre les ESAT et les entreprises s'avère également intéressant mais trop parcellaire pour nourrir des réflexions sur des politiques publiques...
On répond à des problèmes sociaux au coup par coup, par des politiques au jour le jour. Il y a une vraie difficulté à repenser les questions sociales en terme de politiques publiques et non simplement de dispositifs. La non-consommation des crédits affectés sur la question de l'Alzheimer est un révélateur de cette situation.


Dans ce contexte, comment doit s'envisager l'avenir ?

On connaîtra, selon le moment ou le secteur, des inflexions vers une logique néolibérale plus affirmée ou, au contraire, améliorant des dispositifs solidaires. Outre la fragilisation croissante des établissements et des services que cette approche induit, une succession de mesures partielles peut, à un moment donné, favoriser un basculement de logique. Dans ce contexte, les acteurs du champ de l'action sociale sont amenés à se positionner autour de quatre postures types. La première se coule dans le moule de la rationalisation, trouvant des vertus aux mesures prises, assumant pleinement la prévalence du technique sur d'autres motivations. La seconde se veut radicale et s'inscrit dans une action déterminée contre un néolibéralisme omniprésent. La troisième, plus pragmatique, porte un regard critique sur l'existant, mais peine à avancer des stratégies alternatives, conduisant à des postures plutôt défensives et plus affirmées après les décisions qu'avant. La dernière, qui est défendue dans ce livre, cherche à analyser les événements de façon à mettre en lumière les dimensions de sens qu'ils recouvrent, à porter une critique nuancée, à regarder aussi les tensions et les contradictions en jeu, cherchant au final à tracer des orientations pour agir sur un plan à la fois immédiat et stratégique. En tout état de cause, le maintien du statu quo ou le retour à une situation antérieure ne sont pas envisageables, ne serait-ce que parce que les changements structurels depuis une trentaine d'années sont déterminants et qu'ils ont conduit à une transformation significative des cadres de pensées, normes et principes d'action guidant les politiques et les pratiques professionnelles.


Pierre Savignat

ancien élève de l'École des Hautes Études de Santé Publique (EHESP), directeur d'hôpital est maître de conférences associé, master «Évaluation et management des politiques sociales, de santé et du vieillissement», à l'Université Pierre Mendès- France. Membre du conseil scientifique de l'Agence Nationale de l'Évaluation Sociale et Médico-sociale (ANESM), il est également membre de la Société Française de l'Évaluation.