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Comment éviter les décisions catastrophiques ?

Article du numéro 450 - 01 octobre 2012

Idées

Cet ouvrage sur les décisions catastrophiques dans le domaine aérien en dit long sur les processus managériaux d'autres organisations. L'analyse livrée ici donnera
matière à penser aux hiérarchies pesantes ou aux organisations sans collégialité.

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La démocratie dans le cockpit

Le titre de cet ouvrage pourrait faire craindre le superficiel ou l'anecdotique : il n'en est rien, le travail est des plus sérieux. Les dizaines de cas qui y sont disséqués (recueillis dans les compagnies d'aviation, les salles d'opération, les armées, la NASA...) sont catastrophiques plutôt qu'absurdes ; ils font ici l'objet d'une rigoureuse analyse sociologique qui, loin de s'arrêter aux descriptions, conduit à un ensemble de recommandations très éclairant. Les décisions que décortique Christian Morel ont en commun, outre d'avoir causé des désastres, d'avoir été prises alors qu'il y avait toutes les raisons de ne pas les prendre. Comment le comprendre ?


La faute aux hiérarchies

Premier constat, le plus important de tous : c'est souvent de l'excès de hiérarchie qui est à l'origine des errements observés. La plupart des mauvaises décisions recensées ici ont été prises dans des contextes de hiérarchie pesante ; des personnes détentrices d'informations cruciales, ou porteuses d'intuitions qui auraient été salutaires, ne se sont pas senties autorisées à prendre la parole, ou n'ont pas été entendues. La conséquence à en tirer est aussi simple que le constat : c'est sur la collégialité qu'il faut tabler pour se donner les meilleures chances de bien agir en situation difficile. Le mode hiérarchique, qui peut convenir pour la gestion de l'ordinaire, est à proscrire lorsque survient une difficulté inhabituelle. Ensuite se pose la question, plus complexe, des conditions auxquelles une bonne décision peut être prise collectivement. Libérer la parole est indispensable, mais ne suffit pas. Il faut aussi prendre garde aux dérives classiques de la dynamique de groupe qui portent par exemple à privilégier les positions radicales aux dépens des analyses prudentes et nuancées, ou à faire prévaloir le souci de la bonne entente sur l'expression des doutes. L'expression des désaccords, loin d'être rejetée, doit être recherchée et organisée. Toute hypothèse doit donner lieu à examen contradictoire, quitte à désigner un avocat du diable chargé de démolir ce qui semble évident. Il faut se méfier des consensus apparents, trop vite obtenus., expression d'une fausse unanimité. Bien conduire une délibération collective ne va pas de soi, et les organisations qui y préparent leurs personnels par des formations «aux facteurs humains» se donnent de meilleurs atouts que les autres pour bien agir quand vient le moment de l'épreuve.


Ne pas punir les erreurs

Il est un autre domaine particulièrement important à travailler pour accéder à la «haute fiabilité» des décisions : le rapport à la règle et à l'erreur. Sur ce point aussi, l'analyse de l'auteur est à contresens des idées reçues. Les organisations les plus avancées en ce domaine ont toutes remis en question le principe de punition des erreurs. Elles se sont rendu compte que punir les erreurs conduisait leurs auteurs à les dissimuler, rendant ainsi impossible le repérage et le traitement de problèmes à l'origine, ensuite, de graves difficultés. Elles ont compris aussi que la sacralisation de la règle est source de danger, dès lors qu'elle empêche de s'en écarter lorsqu'il le faudrait, pour bien réagir à une situation imprévue ; et compris qu'une organisation a tout autant à apprendre des erreurs et des échecs que des réussites conformes au modèle prescrit. D'autres pistes de réflexion aussi stimulantes sont proposées par l'auteur, qui réussit son projet de mettre à disposition des organisations une «sociologie des décisions hautement fiables», tout aussi utile dans les bureaux et les comités de direction que dans les cockpits


Les Décisions absurdes II. Comment les éviter ?
Christian Morel, éditions Gallimard 2012.
Retrouvez des extraits de cet ouvrage sur www.lettreducadre.fr/comp-redac.html, complément rédactionnel n°1017.