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Le président, le coiffeur, Pierrette et le potelet

Article du numéro 449 - 15 septembre 2012

Repères

Je m'appelle Jean-Pierre et suis président de l'association créée pour rendre aux piétons la rue GG à Paris. La mairie nous a promis un aménagement définitif d'ici quelques mois. En attendant, on a voulu expérimenter une solution provisoire et seuls des potelets ferment la rue.

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C'est une catastrophe car depuis six mois, ils sont régulièrement brisés. Les clients des coiffeurs veulent continuer à se garer jusque devant chez eux. Ou alors, ce sont les entreprises qui y mettent leurs véhicules pour la journée. Nous avons toujours voulu que cette rue soit paisible et accueillante pour tous, résidents ou coiffeurs. Mais ce souhait est sans arrêt contredit par ces maudits potelets toujours cassés et qui n'empêchent en rien les voitures d'occuper l'espace...
- « Je m'appelle Slimane et suis coiffeur chez MG3D. Avant, les voitures pouvaient passer devant le salon et déposer les clients devant la porte. Maintenant ce n'est plus possible. Il faut laisser la personne au bout de la rue. D'un côté c'est mieux car les enfants peuvent jouer sur la chaussée et il y a moins de bruit. Mais d'un autre côté, certains clients enlèvent les potelets ou profitent du fait qu'il y en a souvent un de cassé pour venir se garer. La rue piétonne est bien pratique : quand je fais une pause, je m'assois devant le salon, je discute ou regarde les gens passer. Mais elle redevient comme avant. On a des discussions avec l'association, mais c'est pas facile...
- « Je m'appelle Pierrette et vit dans la rue depuis cinquante ans. Avant c'était comme un village. On se disait bonjour. Tout le monde se connaissait. Maintenant vous avez vu tous ces noirs ! Et puis ils ne respectent rien. Il y a plein de cheveux par terre. Et même, l'association avait fait partir les voitures garées. Moi, je ne demandais rien. Mais regardez ! Les potelets sont toujours cassés. Les coiffeurs ne respectent rien...
- « Je m'appelle Philippe et coordonne les actions de la ville de Paris sur les espaces publics de l'arrondissement. Les associations nous demandent d'améliorer la vie quotidienne. Quand il s'agit de faire une rue neuve, on sait faire. Mais on n'a pas les budgets pour rénover toutes les rues de Paris ! Alors, comme dans la rue GG, on imagine des solutions provisoires. Déjà c'est plus propre. Les agents passent régulièrement et c'est plus facile pour eux car le matin, il n'y a pas de voiture. Mais on n'arrive pas à tenir les potelets. On ne va pas mettre la police dans chaque rue ! Alors pour l'instant, on travaille avec la ville et l'association à une solution plus pérenne. Mais c'est pas facile... ».
Le fonctionnement d'une rue est complexe, contradictoire, à l'image de la société urbaine. Pour l'améliorer, la bonne volonté ne suffit pas. Il faut aussi comprendre avec finesse les usages, même conflictuels, élaborer un projet qui met en lien les diverses actions à conduire et définir des priorités car tout n'est pas possible.
Des rues à Paris, Copenhague ou Istanbul portent des fonctions semblables. Elles ne peuvent pourtant être traitées de la même façon car non seulement elles ont une histoire différente, mais les modes de gestion, la pression sociale et le rapport que les citadins entretiennent avec la civilité n'y sont pas les mêmes. Or, il n'est pas dit qu'à Copenhague ou à Istanbul des potelets soient toujours nécessaires !

1. Voir La lettre du cadre n° 429 du 1er octobre 2011.