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Entreprise : un modèle peut en cacher un autre...

Article du numéro 440 - 01 avril 2012

Idées

L'entreprise est, plus que jamais, omniprésente dans l'univers public : la gestion déléguée classique (DSP) ou nouvelle (PPP) est en essor, les entreprises publiques locales vont vers de nouveaux développements à travers la SPL, et les services en gestion directe sont invités à chercher du côté de l'entreprise privée leur référentiel managérial.

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Refonder l'entreprise
Blanche Segrestin, Armand Hatchuel, Éditions du Seuil
Retrouvez des extraits de cet ouvrage sur www.lettreducadre.fr/comp-redac.html, complément rédactionnel n° 1012


L'entreprise est, plus que jamais, omniprésente dans l'univers public : la gestion déléguée classique (DSP) ou nouvelle (PPP) est en essor, les entreprises publiques locales vont vers de nouveaux développements à travers la SPL, et les services en gestion directe sont invités à chercher du côté de l'entreprise privée leur référentiel managérial.
L'entreprise serait donc, à tous égards, l'avenir du secteur public, et aurait valeur de modèle. Mais de quel modèle s'agit-il au juste ?


Comportements suicidaires

L'ouvrage de B. Segrestin et A. Hatchuel arrive à point nommé pour lancer le débat à ce sujet. Ils placent au point de départ de leur réflexion le comportement des banques dans la crise de 2008. Nombre d'entre elles ont eu une conduite quasi-suicidaire, prenant des risques inconsidérés au regard des règles du métier, et privilégiant à outrance les objectifs de rentabilité à court terme. Ces comportements, qui semblent aberrants, trouvent leur explication dans la mutation qu'a connue le management de ces entreprises : au lieu d'être au service de leur intérêt à long terme, il est désormais assujetti aux seules exigences de rentabilité à court terme pour les actionnaires. D'où cette fuite en avant dans les aventures financières à haut risque, mais momentanément très rentables.
Les auteurs n'ont pas de peine à montrer que cette « grande déformation » de l'entreprise touche l'ensemble de la sphère marchande. Le modèle de la corporate governance, enseigné aujourd'hui dans toutes les écoles de gestion, n'est rien d'autre que la mise en forme de la prise de pouvoir des actionnaires dans l'entreprise, aux dépens de toutes les autres parties prenantes. Cette évolution est en fait très récente : c'est au début des années quatre-vingt que s'est installée cette fausse évidence selon laquelle les actionnaires, au lieu d'acteurs parmi d'autres, sont les propriétaires de l'entreprise et seuls habilités à fixer le cap pour ses dirigeants. Ce qui s'est passé équivaut à une prise de pouvoir de la société anonyme (les capitaux) sur l'entreprise comme collectif ; corporate, en effet, signifie société, et non entreprise.


La société anonyme s'est retournée contre l'entreprise

Le modèle qui s'est imposé est en rupture avec les valeurs fondatrices de l'entreprise. Quand celle-ci s'est installée au c½ur de la société moderne, fin 19e -début 20e siècle, elle constituait une forme inédite et prometteuse d'action collective, orientée avant tout vers l'activité innovante. Ses dirigeants y étaient d'abord en charge d'orchestrer une performance collective, reposant sur des coopérations et des apprentissages faits en commun. Dès lors que la valeur pour l'actionnaire devient la seule boussole des dirigeants, au détriment de la capacité d'innovation et de l'équité dans le partage des résultats et des risques, la légitimité de l'entreprise est gravement atteinte.
C'est là que nous en sommes : la société anonyme s'est retournée contre l'entreprise, et il y a urgence à inventer un autre cadre qui redonne à l'entreprise les moyens de répondre aux attentes de la société d'aujourd'hui. Les auteurs esquissent pour ce faire une formule de « contrat d'entreprise » qui redonnerait à l'ensemble des parties prenantes, (salariés, mais aussi fournisseurs, clients, riverains...) une place en rapport avec les risques qu'ils prennent, et leur intérêt de long terme à sa bonne marche. Ainsi se dessine une autre figure de l'entreprise, ouverte à la recherche du bien commun, et à même d'entrer de plain-pied dans des partenariats féconds avec les institutions publiques.