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Il est temps !

Article du numéro 430 - 15 octobre 2011

Repères

Face aux changements profonds que connaît notre monde, nous continuons à parler de crises, comme si elles ne devaient être que ponctuelles. Quand prendrons-nous la mesure de ces bouleversements et en tirerons-nous les conséquences ?

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Le ton et le fond de cette chronique surprendront peut-être ceux qui parcourent régulièrement les écrits que La Lettre du cadre me convie régulièrement à publier. Surprenant, mais pas forcément déroutant. En effet, la perplexité m'envahit en ce début d'automne. Quel sujet aborder ? Et qu'en dire ? Certes, l'actualité déborde d'événements, nationaux ou internationaux, économiques ou politiques, le tout dans une confusion extrême où les faits s'entrechoquent, les données se croisent, les dires se contredisent.

Alors, une option s'impose peut-être d'elle-même : non pas traiter, comme à l'accoutumée, de tel ou tel sujet, mais embrasser d'un large regard cet ensemble complexe.

Les rumeurs fusent, zébrant sans cesse l'information et la réflexion. À peine avancées, elles sont retirées, puis reviennent telles des vagues polluées, structurant le présent d'éléments tirés de manière obscure ou de façon tronquée d'un passé révolu et entachant l'avenir de leur ombre portée.

Saisi par la justice, untel est aussitôt condamné sans appel par les médias, puis relaxé sans explications vraiment éclairantes, ou innocenté sans que soit vraiment effacée dans l'opinion publique l'accusation dont il aurait été l'objet.


Crises ?

Si la communauté internationale, ici, intervient, pour sauver un peuple des méfaits d'un dictateur, là, elle se contente de déplorer des faits fort semblables, tel celui qui octroie une piécette à un mendiant rencontré mais se garde bien de concevoir une politique d'ensemble en faveur des déshérités.

Face à la mutation structurelle qui, tel un mouvement tellurique, affecte le système économique mondial dans son fonctionnement d'ensemble comme dans chacune de ses composantes, qu'elles soient politiques, sociales, économiques ou financières, on ne parle que de crises, c'est-à-dire de séquences brèves suivies sans problème d'un retour à la normal. Est-ce pour ne pas effrayer le malade ou pour ne pas avoir à prendre les décisions qui s'imposent, celles qui seraient réellement à la hauteur des enjeux en cause.
La « crise » de l'euro, puisque c'est le mot consacré, n'en est pas une. Mais elle va le devenir à force d'adopter à petits pas comptés des mesures partielles dont on diffère l'entrée en vigueur pour résoudre et résorber le problème posé par la Grèce. Sans parler du cataclysme que déclencherait la sortie, volontaire ou forcée, de cet état de la Zone euro, solution doctement avancée pourtant par de nombreux Ponce Pilate.


Des problèmes toujours repoussés

Au niveau national, les cancers que sont, bien que de natures différentes, le chômage et l'endettement public rongent les États. Et, le plus souvent, les mesures annoncées - et pas toujours enclenchées ! - pour y remédier ne font que repousser le problème en en aggravant les conséquences. Mais si, fait plus rare, des avancées partielles sont envisagées, les propriétaires d'avantages acquis s'insurgent aussitôt.

Différents, mais se conjuguant, ces éclairages jettent une lumière crue sur notre situation : la crise - terme adéquat, cette fois - du politique menace la démocratie.

Jean Monnet estimait que « les hommes n'acceptent le changement que dans la nécessité et (qu')ils ne perçoivent la nécessité qu'en temps de crise ».

Alors quand ? Il est temps.


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