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Les chinois débarquent à Châteauroux

Article du numéro 429 - 01 octobre 2011

Développement économique

L'Indre a beaucoup souffert de la délocalisation. Et voilà que les Chinois souhaitent la réindustrialiser. D'ici 2017, Châteauroux accueillera une cinquantaine d'entreprises chinoises.

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L'Allemagne compte 450 entreprises chinoises, la France : 80 (1)... Châteauroux devrait contribuer à combler ce « retard » en devenant l'une des têtes de pont chinoise pour les marchés européens et africains, voire moyen-orientaux. Les chiffres sont très alléchants. 50 entreprises chinoises sont annoncées d'ici 2017, et 4 000 emplois dont 80 % pourvus par des Français localement. Qu'a de si attractif Châteauroux ? De nombreuses villes en France ont aussi du foncier (et un site militaire qui déménage) et des projets de zones d'activités. Mais la ville se démarque par ses infrastructures autoroutières, son aéroport (la deuxième plus longue piste de France) et la très forte implication de réseaux d'entrepreneurs chinois.


Au début, une histoire d'aéroport...

Les premières démarches remontent à 2007. La région qui gère l'aéroport veut développer le fret avec les Chinois. Se tissent alors des relations avec la Wecba (World Eminence Chinese Business Association), l'équivalent du Medef. La région installe une antenne de son agence de développement à Pékin. Pendant deux ans des réunions et des voyages se multiplient. Au printemps 2009, une délégation franco-chinoise vient visiter l'aéroport, et... le futur parc d'activités industrielles d'Ozans. Les industriels chinois manifestent un vif intérêt, qui se concrétise par la création de la SFDEC, Sino-Française de développement économique de Châteauroux (2). Cette société a pour objectif d'implanter des entreprises sur le « Châteauroux Business District ». Son rôle ? Acheter les terrains viabilisés, faire construire des bureaux, des ateliers etc. puis les louer ou les vendre à des entreprises chinoises. Ses partenaires ? La Chinese Development Bank, l'équivalent français de la Caisse des Dépôts et Consignations, et la Fédération des industries légères, ce qui correspond à la CGPME. 500 millions d'euros d'investissements sont espérés, étalés sur cinq ans pour la création de cette plate-forme de coopération franco-chinoise à Châteauroux.


Une stratégie, des garanties...

À Paris, en novembre 2010, une conférence de presse officialise la venue des Chinois (3). La date est choisie à dessein : le président chinois Hu JinTao est au même moment en visite officielle en France. Et qu'y découvre la presse ? Une maquette... Là : le Châteauroux Business District. Ici : un campus universitaire franco-chinoise. Là : des centres de recherche franco-chinois... Tout le volet « enseignement formation » est suivi par la CCI. « Nous travaillons avec des CCI chinoises et l'IUT de Châteauroux, pour mettre sur pied une offre de formations en matières de langues et de spécialisations pertinentes qui intéressent les étudiants chinois mais également les étudiants français. » Les filières retenues devraient être la logistique, le software, et l'énergie explique Paulette Picard, présidente de la CCI de l'Indre. La viabilité du projet passe aussi par la sélection intelligente des entreprises.
La SFDEC déploie actuellement dix commerciaux en Chine pour rencontrer des entreprises adhérentes à la Wecba et trouver des candidats. Un comité de pilotage (SFDEC, l'agglomération, la CCI, le conseil général et régional) se réunira en 2012 pour choisir les entreprises. Ce sera à ce comité d'être vigilant pour sélectionner les entreprises qui auront une vraie ambition pour le développement local, qui associeront « production et recherche » dans leur fonctionnement notamment... La communauté d'agglomération castelroussine qui pilote le dossier de l'aménagement du site, a d'ores et déjà renforcé son équipe avec un technicien dédié à ce dossier. « Il sera essentiel de réussir les premières implantations », estime Paulette Picard. Enfin, première des garanties : les emplois seront à 80 % destinés à des salariés français, (en grosse majorité des cadres). « On croyait que cette exigence aurait été difficile à négocier, mais cela n'a pris que quelques minutes » déclare un proche du dossier.


Tout reste à faire...

Les premiers terrains ne seront disponibles que fin 2012. La CAC doit encore négocier avec les agriculteurs pour acquérir les dernières parcelles... Elle a acquis environ 300 hectares des 500 qui formeront la zone d'Ozans. Les premiers bâtiments seront livrés en 2012-2013. Mais déjà des entreprises chinoises demandent à s'installer. En juin dernier une entreprise chinoise faisait un crochet à Châteauroux, après avoir inauguré une succursale en Allemagne... « Dans le cadre du Châteauroux Business District, nous leur proposons d'autres ZA existantes : Grandéols, La Malterie, la partie civile de La Martinerie... » assure Jean-François Mayet, maire de Châteauroux et président de la CAC. Ainsi, quatre entreprises chinoises vont-elles dans les mois prochains débarquer à Châteauroux... Aux 500 ha de la zone Ozans, on pourra bientôt ajouter le site militaire de la Martinerie, qui libérera 300 nouveaux hectares à partir de juillet 2012. Cerise sur le gâteau : le territoire a été classé en zone restructuration défense (ZRD), les entreprises (chinoises ou pas...) qui souhaitent s'installer, pourront bénéficier de conditions sociales et fiscales avantageuses.


1. Elles emploient au total plus de 5 000 personnes. La Chine se positionne au neuvième rang des investisseurs étrangers en France. L'Allemagne est, avec 43 % des projets, le premier pays d'accueil des investissements chinois en Europe, suivi du Royaume-Uni (19 %) et de la France (9 %) source : chiffres 2011 de l'Agence française pour les investissements internationaux.
2. À sa tête : Jacques Gautherie ancien responsable de filiales de multinationales françaises du BTP en Chine et le Chinois Shao Peng'en en sont respectivement DG et président.
3. En présence de responsables chinois, de fédérations d'entreprises chinoises, de la SFDEC, des collectivités : communauté d'agglomération castelroussine, conseil général de l'Indre et du conseil régional du Centre.


Témoignage

Marie-Madeleine Mialot,
vice-présidente du conseil régional du Centre,
déléguée à l'économie et à l'emploi

« Tous les 15 jours, une délégation chinoise nous rend visite »
« Tous les 15 jours, nous avons une délégation chinoise qui nous rend visite... Dans ce dossier de Châteauroux, il faut être prudent, ne pas lancer de chiffres sans certitude. La concurrence inter et infrarégionale existe, il ne faut pas faire de la surenchère. Cela étant, nous sommes optimistes, nous avons obtenu de nombreuses garanties des Chinois. Pour eux, ce qui ne sera pas simple, c'est le respect des normes européennes. Cela va leur demander un effort, mais ils se sont montrés
très intéressés. »


Témoignage

Jean-François Mayet,
sénateur-maire de Châteauroux et président de la CAC

Nous voulons créer de l'emploi »
« Dans ce projet, on nous promet souvent des moments difficiles. Pourtant l'enjeu est simple : nous voulons créer de l'emploi. Pourquoi discuter avec les Chinois ? Parce qu'ils se sont montrés très intéressés par notre projet, et ont pris les choses en main. Dans les 20 prochaines années, les Chinois vont faire ni plus ni moins que ce que les Américains ont fait après la guerre : soutenir l'économie mondiale. Ils vont créer une industrie offshore... »


Témoignage

Benjamin Pelletier,
formateur en management interculturel et animateur du site web Gestion des risques interculturels

« Quelles sont exactement les intentions des Chinois ? »
« Ce projet présente un indéniable intérêt stratégique pour la région. Je constate cependant que les informations ne sont pas encore très claires, notamment en ce qui concerne les précisions sur l'activité des entreprises chinoises prévues sur site. On évoque ainsi des usines d'assemblage de pièces fabriquées en Chine. Quelles sont exactement les intentions des Chinois ? Européaniser leur production, labelliser leurs produits made in France ? Une réflexion sur les limites à imposer à l'utilisation du label français a-t-elle eu lieu ? Pour rappel, à Prato, la capitale du textile italien, les Chinois ont racheté des entreprises et marques locales en faillite mais le label made in Italy en a beaucoup souffert au passage... »