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« Devenir trader n'est pas l'ambition de tous les jeunes »

Article du numéro 427 - 01 septembre 2011

Leader

Philippe Frémeaux est président de Scop Alternatives Économiques et éditorialiste. Il est chroniqueur sur France Info et France Culture. Il a publié notamment "Petit Dictionnaire des mots de la crise" et dernièrement "La nouvelle alternative ?" (Les petits matins).

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Malgré ses deux millions de salariés, l'économie sociale et solidaire (ESS) peine à être considérée comme une alternative à l'économie dominante. Pourquoi ?

La force de l'ESS relève d'une volonté d'entreprendre sans pour autant s'enrichir de façon excessive, et ce dans le cadre d'une gouvernance démocratique au sein d'une entreprise. Une petite minorité d'acteurs de ce mouvement considère qu'il peut s'agir d'une alternative mais la grande majorité ne partage pas ce sentiment. Certains étendards associatifs, comme l'Uniopss ou encore des coopératives agricoles, répondent à ces critères d'un mode d'organisation démocratique. D'autres ont un peu plus de mal à conserver l'esprit qui a prévalu à leur naissance.


Quelles sont les forces et les limites de l'économie sociale et solidaire ?

L'ESS relève avant tout d'une organisation interne à l'entreprise. Ce mouvement a pu déteindre sur l'économie capitalistique. Par exemple, il serait souhaitable que les salariés soient mieux représentés au sein des conseils d'administration, comme c'est d'ailleurs le cas en Allemagne ou ailleurs. Je pense même qu'une telle mesure serait bénéfique pour les actionnaires. L'ESS a pour mission de transformer la société, de réparer les dégâts de l'économie de marché. Elle lance des idées mais elle ne peut les mettre complètement en œuvre parce que les moyens financiers sont entre les mains du capitalisme. Sur les nouvelles mobilités ou les énergies renouvelables, l'ESS a joué un rôle d'éclaireur. Mais seuls les grands groupes (Suez, Bolloré, etc.) sont en capacité de les mettre en œuvre à une grande échelle.


Dans votre livre, vous portez un regard souvent ironique sur le milieu de l'ESS ?

J'essaie d'être lucide, d'établir un constat équilibré entre mon métier d'observateur, de journaliste, et celui de président de la Scop Alternatives économiques. La plupart des entreprises de l'ESS sont très fortement imbriquées dans l'État et les collectivités locales. Le risque de leur banalisation et de leur instrumentalisation se renforce avec le temps. Dans le même temps, l'apparition de nombreux élus adjoints à l'ESS dans les collectivités révèle une volonté de répondre aux agressions de la crise, pour offrir des chantiers d'insertion aux jeunes. Ce n'est donc pas seulement de l'affichage. Pour les entreprises de l'ESS inscrites dans le marché, telles que le Crédit Agricole, la MACIF ou la MAIF, les managers ont parfois tendance à oublier la part d'innovation sociétale qui a fait leur réputation. Le plus important est de conserver un temps d'avance en matière d'innovation. Ce qui est important parce que, même si ces grandes institutions ne peuvent rivaliser avec les entreprises inscrites dans l'économie de marché, elles peuvent peser sur leurs pratiques à la marge. Je ne suis pas désabusé, je crois à l'avenir de l'ESS. J'ai l'occasion d'intervenir dans les écoles de commerce et beaucoup de jeunes n'ont pas pour seul horizon carriériste l'ambition de devenir des traders.


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