Tous les dessins d'actu

Envoyer Envoyer à un ami

La Lettre du cadre territorial

Le magazine des professionnels de la gestion territoriale.

Accueil > Presse en ligne > Lettre du cadre

La Lettre du Cadre Territorial

Le magazine des professionnels de la gestion territoriale.
Bimensuel de plus de 120 pages, à destination des cadres A+, A et B, filière administrative.

Ajouter au panier Vous abonner (voir tarif )
(Règlement par CB, chèque bancaire ou mandat administratif)

A partir de :

63 €

Culture pour tous : une utopie à poursuivre

Article du numéro 425 - 01 juillet 2011

A la une

Depuis des décennies, on parle de démocratisation culturelle. Si la décentralisation a permis de rapprocher les équipements et les spectacles des publics, l'élitisme n'a pas dit son dernier mot. Les politiques ministérielles, comme certains responsables de structures, ont encore des progrès à faire en matière de culture pour tous.

Envoyer cette page à un ami

Soyez le premier à rédiger un commentaire !

Tous les articles du numéro 425


Télécharger cet article en PDF

Le sujet est revenu sur la table à l'automne dernier, à l'occasion de la fuite dans la presse du rapport d'un conseiller du ministre de la Culture actant « le résultat décevant des politiques de démocratisation culturelle » et préconisant de « passer de la culture pour tous à la culture pour chacun ». Au regard de statistiques nationales (1), les populations défavorisées et les jeunes, notamment, ne fréquenteraient pas davantage les équipements culturels malgré des décennies d'efforts des pouvoirs publics.

Ce concept de démocratisation culturelle est un fondement des politiques publiques en matière de culture depuis les années 1960 sous l'égide d'André Malraux, le premier ministre de la Culture français, qui décida de créer « en province » des Maisons de la culture décentralisées. Des artistes comme Antoine Vitez et son utopie d'un « élitisme pour tous », Jean Vilar au TNP et au festival d'Avignon, contribuèrent de façon décisive à ce mouvement.


La culture, ce n'est pas pour moi...

Le modèle de démocratisation culturelle avait déjà été mis en avant durant la Révolution française et Richard Wagner, dans un essai écrit au lendemain de la Révolution de Dresde de 1849 (L'art et la révolution), tenta d'en théoriser les principes en prônant un théâtre pour le peuple... Ce n'est pourtant pas vraiment ce qu'est devenu le festival de Bayreuth qu'il créa ensuite ! Alors, si la réalité de la démocratisation n'est jamais à la hauteur des attentes, peut-on parler d'un mythe ? Pour le chercheur Guy Saez, « c'est un mythe qui chemine à l'intérieur de l'État-nation, mais il s'agit malgré tout d'un mythe mobilisateur et puissant », donc nécessaire, qui a du sens.

Le problème de l'accessibilité des ½uvres au plus grand nombre n'est pas qu'une question des tarifs (on a vu que la gratuité peut parfois dévaloriser l'offre culturelle et ne faire qu'augmenter la fréquentation des usagers habituels). Il renvoie aussi à la question de l'appétence culturelle, qui a été stimulée différemment selon le milieu social hérité et l'éducation reçue. Intervient aussi la manière dont l'artiste va conjuguer - ou non - exigence artistique et volonté de se faire comprendre par le plus grand nombre. Il y a enfin les efforts que font - ou que font insuffisamment - les responsables d'équipements et diffuseurs pour construire les outils de sensibilisation qui permettront à des publics spécifiques d'apprendre à aimer une ½uvre, en sachant en déchiffrer quelques codes. C'est la médiation culturelle, qui s'est beaucoup développée.


Beaucoup d'expériences remarquables

On ne peut nier les importantes avancées réalisées en faveur d'une offre plus égalitaire pour les Français. La décentralisation culturelle n'a fait que favoriser le développement de nombreuses initiatives par les collectivités territoriales, notamment pour le développement d'équipements, de manifestations et de services de proximité (que l'on pense à l'explosion des bibliothèques, notamment dans les quartiers et en milieu rural), mais aussi pour diversifier le type d'équipements (scènes de musiques actuelles, friches, etc.), ou encore pour accompagner de nouvelles pratiques (la BD et le polar, le rap, le hip hop, le slam...), significatives du profond renouvellement des pratiques culturelles.
Des financements conjoints État (CNC)/collectivités ont aussi permis un dense maillage du territoire dans le domaine du cinéma, afin que des salles puissent subsister ailleurs que dans les grandes villes... et aujourd'hui se doter d'un équipement numérique.

Pour en revenir aux enquêtes nationales, on peut constater que la base du public des équipements culturels s'est quand même élargie, notamment vers les classes moyennes qui ont explosé en France.
Mais les statistiques nationales ne disent rien de la richesse d'innombrables actions locales, souvent peu analysées, qui permettent de toucher et de faire participer des publics dits éloignés de la culture : ruraux, jeunes de quartiers « sensibles », personnes âgées, en situation de handicap ou détenues... Ces actions font de plus en plus souvent l'objet de conventions d'objectifs passées entre les tutelles (État et collectivités) et les responsables d'équipements culturels. Des dispositifs incitatifs existent aussi dans le cadre de la politique de la ville, de « Culture à l'hôpital », des politiques locales d'éducation artistique. Par exemple, la région Rhône-Alpes, constatant que certains projets favorisant la médiation artistique et culturelle ne répondaient pas aux critères des aides « verticales », a créé un Fonds d'aide aux initiatives artistiques et culturelles (FIACRE).
Ces actions peuvent prendre la forme de créations d'artistes puisant leur inspiration dans leur échange avec telle ou telle population, de projets intergénérationnels, d'ateliers de pratique artistique liés à une création... L'important, c'est de garder à l'esprit que plus il s'agit de publics défavorisés ou éloigné de la culture, plus on doit être attentif justement à la qualité des actions menées, et aussi aux moyens qu'on y affecte.


Des corporatismes... à l'audace, l'innovation et l'ambition politique

On ne peut pourtant pas nier une certaine crise de la démocratisation culturelle.

D'une part, le ministère de la Culture a semblé davantage préoccupé jusqu'à ces derniers temps par le numérique et les industries culturelles que par les questions de territoire et de démocratisation.
L'horizon des politiques culturelles s'est arrêté durant des décennies à la construction d'équipements et à la création de nombreux postes de professionnels, au détriment d'une vision d'un projet culturel qui serait construit en phase avec son territoire et ses habitants, ses langages et ses valeurs.
« Nos salles sont pleines, où est le problème ? », entend-on chez certains directeurs de gros équipements artistiques qui s'adressent en priorité à un public de connaisseurs... Alors, il faut oser dire qu'il existe parfois un certain décalage entre ces responsables de structures qui ne savent ou ne veulent pas diversifier leur action et n'arrivent à se remettre en question (la question de la planification de la mobilité de ces professionnels reste un sujet tabou), et la réalité des habitants, le « non-public », mais aussi les amateurs, les semi-professionnels, bref des personnes ayant d'autres aspirations. C'est en raison de la frilosité de ces professionnels que la Charte des missions de service public pour le spectacle (Catherine Trautmann, 1998) n'a pas connu à l'époque un franc succès.

Si le soutien à la création reste fondamental, il faut toujours se rappeler que par définition, l'art divise plus qu'il ne réunit, tant il rend compte de la complexité et des contradictions de la condition humaine. En conséquence, seule une action publique forte et déterminée peut gérer cette tension entre l'offre artistique et la culture qui ½uvre à un mieux vivre-ensemble. Elle seule peut permettre d'éviter qu'on entende des personnes décréter, avant même d'aller voir un spectacle ou un musée, que la culture, « ce n'est pas pour moi », « c'est ennuyeux » ou « on n'y comprend rien »...
Les responsables des politiques culturelles n'ont pas d'autres choix aujourd'hui que de s'interroger sur l'évolution des missions du service public culturel et sur la façon d'impliquer davantage les populations, d'intégrer les attentes de publics diversifiés qui sont parallèlement soumis à de multiples sollicitations, en raison de la mondialisation des échanges dont internet, après la télévision, devient la figure de proue.
Faire vivre l'idéal d'une « culture pour tous » ne se décrète pas. Cela passe, au-delà des moyens financiers indispensables, par la généralisation d'expériences concrètes d'échange et de partage avec les autres, notamment les artistes. Ceux-ci sont indispensables, mais il faut rappeler qu'ils ne survivront que pour autant qu'existent suffisamment de personnes qui aient envie de les rencontrer !


1. Enquête sur les pratiques culturelles des Français à l'ère du numérique (2008) : www.pratiquesculturelles.culture.gouv.fr


Témoignage

Claire Aussilloux
directrice des services culturels de Martigues,
vice-présidente de l'association des directeurs
culture de PACA (Pacadac)

"Il faut du temps et du recul"
« Démocratiser la culture à l'échelle locale : question difficile car centrale dans toute politique culturelle locale, en prise directe avec le terrain, donc en permanence confrontée à son impact réel. Plusieurs types de réponses existent qui rencontrent toutes des limites et obligent à des questionnements renouvelés.
C'est d'abord l'attention quasi individuelle apportée à chacun, débats autour d'un film d'art et essai au cinéma Jean Renoir pour qui chaque spectateur compte, qui fait un pas de côté par rapport au multiplex, le café philo de la MJC dans une dynamique d'éducation populaire ou la rencontre d'auteurs préparée par des ateliers à la médiathèque Louis Aragon. C'est ensuite, le partenariat et la co-construction, comme pour le carnaval de Martigues qui associe une compagnie d'arts de rue, actuellement le théâtre Nono, à des bénévoles des maisons de quartier, des foyers de personnes âgées, crèches et associations.

La gratuité d'entrée au musée ou d'actions qui surgissent dans la rue pendant le festival « Small is beautiful » grâce à la complicité de Lieux publics. La transgression des frontières, relier le « Salon des jeunes » à la « Nuit des musées » par une déambulation nocturne amène un nouveau public au musée Ziem, mêle professionnels et amateurs de l'école de danse. Les partenariats développés avec l'Éducation nationale ou le portage de livres à domicile. Pour autant, les freins sont importants.

Tout d'abord, le temps. Celui nécessaire pour le langage du partenariat qui croise les technicités propres à chaque secteur de l'action publique. Ensuite, pouvoir sortir de l'opérationnalité immédiate pour réfléchir et construire ce maillage. Parfois, on fait et l'on peine à faire savoir. Ce qui semble si simple, la communication, est en fait complexe dans un monde saturé d'informations où une partie de la population n'est pas concernée par les canaux classiques de communication.

D'où la question de l'emploi insuffisamment prise en compte par manque de complémentarité entre les différents niveaux territoriaux, de réflexion en termes d'aménagement du territoire. Prenons l'exemple d'un cinéma d'art et essai, souvent seul lieu ouvert dans la ville, qui ne peut exister sans aide publique. On assiste au paradoxe de régions avec un soutien fort aux tournages et une inégalité territoriale d'accès aux ½uvres, des salles indépendantes qui peinent à survivre.

L'expérience de Marseille-Provence, capitale européenne de la culture, est à cet égard intéressante qui invente de nouveaux modes de travail, amorçant ici une coopération culturelle au sein d'une agglomération, obligeant à penser projet commun, durabilité, coopération qui dépasse les frontières des territoires.

Cette troisième étape de la décentralisation : inventer les complémentarités entre niveaux territoriaux dans un souci d'aménagement du territoire, de démocratisation et d'équité entre les secteurs culturels.

Cette inventivité qui permet d'adapter l'accueil dans nos établissements, la plasticité des lieux et des formes d'action, « lieux de vie », convivialité, services, horaires décalés. Cela bouscule nos usages mais comment dérouter les gens, créer du décalage, des temps différents pour franchir les barrières d'une culture vue comme « élitiste » à l'heure du tout divertissement.

C'est aussi décaler le paradigme de l'évaluation, du pseudo-échec de la démocratisation qui emprunte des passages obligés (statistiques du DEP, fréquentation des salles) mais oublie la fête de la musique, les fêtes populaires, microprojets, actions culturelles. Sortir de la logique comptable, ne pas oublier que la culture est le lieu de création du symbolique ou, comme le dit Nicolas Roméas (1) « ne pas baisser les armes de la pensée, de l'émotion et de l'imaginaire ».


Témoignage

Jack Maignan
DGA « éducation, formation, culture et sports » au conseil régional Basse-Normandie
président de l'Association nationale des Directeurs d'action culturelle des régions (ANDACRE)

« Instiller de la culture dans tous les budgets »

« Les régions ont mis au c½ur de leur politique culturelle la question de la démocratisation culturelle et plus particulièrement celle de l'accès des publics qui en sont le plus éloignés. Très souvent, elles ont ciblé en priorité les publics dont elles ont la responsabilité, en particulier les lycéens, apprentis et jeunes en général. La conquête des publics est essentielle. Beaucoup insistent sur les liens entre éducation et culture, nombre de régions ont mis en place des cartes culture afin de permettre à des jeunes de dépasser le barrage de l'argent, mais aussi d'affirmer une démarche de médiation culturelle grâce à des relais dans les différents établissements. Certaines régions comme Poitou-Charentes ont installé des médiateurs culturels dans les lycées. En Basse-Normandie, nous travaillons, par exemple, à favoriser la découverte par les lycéens et les apprentis, de la création théâtrale au Festival d'Avignon notamment.
Ce type d'action rentre complètement dans le cadre des politiques éducatives.
Il s'agit d'optimiser les moyens, de jeter des ponts entre apprentissage et culture, aménagement du territoire et culture.
On essaie d'instiller de la culture dans tous les budgets en visant certains publics, plus particulièrement les jeunes, qui représentent plus de la moitié des budgets régionaux. Cet enjeu de médiation culturelle et d'éducation populaire est un souci constant. À souligner également, les conventions signées en direction des publics empêchés (prison, culture à l'hôpital, etc.) ou des dispositifs culture solidarité pour réussir à toucher des publics qui se déplacent rarement ou jamais ».


Témoignage

Odile Petermann
directrice des affaires culturelles
conseil général de la Moselle

« Rendre accessible ou rendre plus démocratique »
« Démocratiser : est-ce rendre accessible ou rendre plus démocratique ? Cette dualité fait encore débat entre les protecteurs d'½uvres à faire connaître au plus grand nombre et les défenseurs de la diversité des pratiques favorisant la vitalité culturelle des citoyens... Une collectivité locale peut fonder sa politique culturelle au croisement de ces deux modèles et agir au c½ur même de cette tension. Elle peut développer une offre culturelle exigeante et accessible. Elle initie, souvent dans ses propres lieux, des expositions et festivals, dévoilant des patrimoines et des univers artistiques originaux. Si elle mène une politique d'ouverture incitative (tarifs, horaires), elle diversifie aussi des démarches de médiation adaptées aux publics. Elle finance et accompagne des artistes, structures professionnelles, établissements d'enseignements artistiques et associations d'amateurs. Ce soutien favorise des actions artistiques très diverses et une large contribution à la vie culturelle locale. Avec la crainte du mélange des genres, du sacrifice du plaisir ou de l'excellence, la méfiance, les périmètres étanches, les postures figées et la défense de prés carrés peuvent empêcher l'épanouissement de projets culturels partagés. Pourtant, la transmission et le partage d'expériences sensibles rendent curieux et créent de l'appétence... La culture comme « intérêt général » est un défi permanent ».


Témoignage

Isabelle Chardonnier
Directrice de la culture, conseil régional Rhône-Alpes

« Une politique de l'offre et de la demande «
« La région Rhône-Alpes s'est positionnée de deux manières autour de la démocratisation culturelle. D'abord comme un opérateur direct avec la carte M'RA ! qui est désormais remise gratuitement par la région aux 350  000 jeunes âgés de 16 à 25 ans. Elle leur permet d'accéder à une très large offre culturelle. Ensuite, en accompagnant les acteurs d'opérations innovantes en faveur de la démocratisation culturelle sur le territoire rhonalpin. C'est le sens de l'appel à projet FIACRE qui soutient des projets culturels de médiation, lesquels favorisent la rencontre entre citoyens et artistes régionaux. Nous consacrons 800 0000 euros par an à ce dispositif. Il faut rappeler qu'au titre d'autres politiques sectorielles la culture est présente. C'est le cas en matière de politique de la ville qui finance notamment des projets de médiation. Le budget culture représente 50 millions d'euros et près de 70 millions d'euros quand on prend en compte la présence de la culture dans d'autres politiques sectorielles (PNR, enseignement supérieur...). Les mesures de démocratisation culturelle proprement dites représentent 5 à 6 millions par an. Nous développons une politique de l'offre et de la demande, on marche ainsi sur nos deux jambes ».


Témoignage

Valérie Painthiaux
chef du service du développement culturel des territoires,
Direction de la culture
conseil général du Pas-de-Calais

« La jeunesse est au c½ur des réflexions »

« Culturelle ou non, la démocratisation est au c½ur de l'action publique. Quelle(s) politique(s) publique(s) territoriale(s) permettent de toucher le plus grand nombre sans tomber sous le joug de l'évaluation statistique. Le pluriel de la question est une première réponse ! Comment créer le désir, l'appétence de l'émotion du sensible est une question centrale de l'élaboration des politiques publiques culturelles des collectivités territoriales. Plus l'expérience du sensible est précoce, plus elle a des chances de s'épanouir. C'est donc assez naturellement qu'une attention particulière sur la jeunesse est au c½ur des réflexions.

La diversité des réponses autour du tryptique « Production-Diffusion-Médiation » est le gage de la « formation de l'esprit artistique ». Tricoter la relation demande du temps dans la durée et de l'écoute, l'un et l'autre font parfois défaut. C'est quelquefois un frein.

L'économie de la culture est une économie de prototypes en production qui rencontre une individualité de la réception au niveau de la demande. L'équilibre s'opère donc dans une multiplicité de propositions répondant à autant d'équations qu'il est possible d'en créer. En ce sens, faire sens avec les chiffres est forcément partiel, voire erroné sur la question de la démocratisation culturelle.

Dans une collectivité telle que le département du Pas-de-Calais, la préoccupation de la démocratisation se concrétise par la mise en place de dispositifs destinés à favoriser la rencontre entre l'artiste, l'½uvre et le citoyen. Dans ce département aux trois identités contrastées - littorale, rurale, industrielle, (895 communes, 45 EPCI, de 58 à 1 112 habitants/km2) - l'action publique locale est forcément multiple.

Trois exemples mis en ½uvre par le département l'illustrent :
- L'½uvre dans l'environnement quotidien du public :
Permis de musé (er), met en scène, au sein des collèges, une ½uvre majeure d'un des musées de France du département et peut être approchée par l'ensemble des collégiens, leurs parents et les habitants. Une fois le travail de médiation opéré, l'appropriation favorise la venue aux musées des personnes ainsi sensibilisées et initie à l'arrivée du Louvre-Lens. C'est ainsi « Le paradis terrestre » de Brueghel, en partenariat avec le Musée des Beaux-arts d'Arras, qui réside au collège Diderot de Dainville pendant trois semaines.

- Une offre qualitative de proximité - des saisons culturelles intercommunales - alliée à des opérations départementales itinérantes : les « Scènes vagabondes »
Proposer aux communautés de communes d'élaborer des saisons culturelles professionnelles en les accompagnant tout à la fois en ingénierie, en diffusion et en médiation. Compléter cette offre artistique et culturelle en milieu rural par des tournées départementales qui impliquent la population telle l'expérience du Théâtre de l'Aventure en 2010.

- La transversalité comme outil de médiation culturelle
Mettre la pratique circassienne au c½ur de la politique sociale du renforcement du lien parent/enfant ou du lien intergénérationnel pour sensibiliser le « non public ».
Organiser des randonnées pédestres contées et musicales... telle la découverte du Marais de Feuchy en Arrageois ou du Cap Gris Nez sur le Boulonnais, avec la compagne du Petit Orphéon ou le travail de la compagnie « Cirqu'en Cavale » avec la Maison départementale de la solidarité sur la petite enfance.

Même si la démocratisation de la culture sous-tend une action publique la plus large possible, il faut se préserver d'une réponse uniforme et globale. Multiplier les approches, les propositions, importantes ou confidentielles, permet de ne pas oublier tout à la fois l'unicité et l'universalité du geste créateur. Inventer des formes de médiation publique entre cet acte et les habitants d'un territoire devrait pouvoir se conduire dans une coopération renforcée entre les différentes institutions publiques, à la fois au niveau politique et technique.

Quelques éléments de contexte sur le département du Pas-de-Calais : le Pas-de-Calais se caractérise par un important déséquilibre entre ses territoires, entre le littoral, le bassin minier, les zones rurales, avec, par exemple, plus de 750 communes de moins de deux mille habitants. La politique culturelle porte donc, à l'instar des autres politiques de la collectivité, une vraie mission de rééquilibrage urbain/rural...
Pour ce faire, et depuis cinq ans, le conseil général a engagé un travail de fond, et construit aujourd'hui son action autour de deux grandes orientations : la territorialisation, et la contractualisation.
La territorialisation des services répond de manière pragmatique à un service public rendu au plus près des bénéficiaires.
La contractualisation renforce le partenariat auprès des 45 établissements publics de coopération intercommunaux, par la signature de contrats territoriaux de développement durable pour trois années, basés sur un diagnostic prospectif partagé.

La politique culturelle s'inscrit donc dans cette volonté de rapprocher l'action du département au plus près des usagers et de la population. Avec la création de neuf territoires - regroupements d'intercommunalités -, la mise en place de vingt-sept maisons départementales, la direction de la culture dispose ainsi d'un rapport très spécifique et de proximité, à la fois en soutien auprès des élus, et en interaction avec les acteurs culturels de terrain. En 2007, l'assemblée départementale a, entre autres, voté la mise en place d'un « Fond d'innovation et d'expérimentation territoriale culturelle », qui a permis de proposer de nouveaux dispositifs. »


Témoignage

Marie-Annick Bernard-Griffiths
Directrice culture/sport/patrimoine,
conseil régional du Limousin
Vice-présidente de l'ANDACRE

Le rapport à l'art est encore trop sacralisé
« Je ne connais personne qui ne soit animé par la noblesse de l'objectif consistant à rendre l'art, l'½uvre, la culture accessibles à tous ... Pourtant la question de savoir si on s'en rapproche ou s'en éloigne est toujours lancinante. Notre société est en souffrance et pas essentiellement du fait de la culture... De quelle culture parle t-on d'abord ? À qui veut-on parler de culture et pour quoi faire ?
S'il s'agit d'un socle partagé de connaissances, d'esprit critique, il reste du travail... Mais n'est ce pas vers l'Éducation nationale qu'il convient de se tourner ? Les régions ont certes une responsabilité à l'égard du public lycéen : en Limousin, si les élus s'impliquent dans un renforcement de l'éducation et de l'action artistique, ils se refusent toutefois à suppléer les insuffisances de l'État.
S'il s'agit de convaincre des populations à se rendre dans des lieux dédiés à la culture, il faut croire que tout n'a pas encore été tenté ou que tout n'a pas réussi ... Le rapport à l'art est encore trop sacralisé : le fait de sortir l'½uvre des murs qui l'enferment trop souvent a obtenu des résultats encourageants. Essayons de la rendre familière aux moins convertis. »


DocDoc

À découvrir
La lettre d'information « Culture »

À écouter
L'interview de François Deschamps « Culture et collectivités : la crise continue »


Pour aller plus loin

- Guide de l'élu délégué à la culture
- Diriger un service des affaires culturelles
Des ouvrages de Territorial Éditions : sommaire et commande sur http://librairie.territorial.fr


Mon panier

Votre panier est vide.