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Article du numéro 424 - 15 juin 2011
Face à la crise, nous avons tendance à incriminer l'autre, toujours responsable de notre malheur. Cependant, parce que nous sommes citoyens, nous sommes en charge de notre destin personnel mais aussi du progrès collectif. Alors, aux actes ! Tous les articles du numéro 424 |
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En 2011, l'indignation est très « tendance ». Le brûlot de Stéphane Hessel a fait un malheur et c'est bien normal. Qui peut comprendre qu'avec tous les atouts qui sont les nôtres nous décrochions dans tant de références internationales ? Comment expliquer la misère croissante des « sans » (sans papiers, sans domicile fixe, sans travail, sans qualification, sans salaire décent...), la montée de la peur du déclassement de la classe moyenne, le burn out sociétal généralisé dans une France qui a connu, somme toute, moins de chocs que les économies qui l'entourent et où les politiques de solidarités sont parmi les plus généreuses du monde ?
Sans doute avons-nous trop attendu, les uns du marché, les autres de l'État. Mais le premier s'est perverti tant dans la financiarisation et la course au profit que dans un marketing de l'offre qui crée sans cesse de nouveaux besoins donc de frustrations permanentes. Quant à l'État, il est devenu, avec sa dette colossale, si impécunieux qu'il ne peut plus améliorer les services qu'il nous rend, ni même amorcer sérieusement sa propre réforme.
D'où la tentation d'incriminer le monde entier, la finance internationale, les banquiers, la Droite, la Gauche, les chefs d'entreprise, le système éducatif, les syndicalistes, les fonctionnaires, les immigrés, les Chinois, l'Autre. C'est oublier que nous sommes citoyens, et donc coresponsables de ce bien commun dont le philosophe François Flahault se demande où il est passé (1). L'historien Todorov aurait-il raison quand il se demande « si après les décennies du totalitarisme, nous n'aurions pas nourri un nouveau monstre : un individualisme débridé qui exerce sa domination aux dépens de la société » (2), un chacun pour soi forcené qui nous aurait fait oublier, en France plus qu'ailleurs, notre responsabilité de citoyen ?
Être citoyen, c'est affirmer que nous sommes, chacun, en charge non seulement de notre destin personnel mais aussi du progrès collectif, des conditions de vie de ceux qui nous entourent, là où nous vivons. La qualité d'une société dépend d'abord du comportement de ceux qu'elle réunit, de leur dynamisme généreux et de leur capacité à innover pour dépasser leur intérêt personnel. Il ne s'agit pas là d'une vaticination « Bisounours », mais d'un constat d'évidence : une société qui se réduit à l'addition d'individus centrés chacun sur son nombril n'est rapidement plus une société. C'est le constat de Jean-Paul Delevoye dans son ultime rapport de médiateur de la République : en France, « jamais l'engagement individuel et collectif n'a été si nécessaire, jamais le découragement et la lassitude n'ont été aussi grands ».
Heureusement, tout ce qui n'est pas interdit est permis. De partout se multiplient dans le pays les initiatives citoyennes dans les champs de l'entreprise, de l'éducation, du développement territorial et des nouvelles formes d'élaboration collaborative (le « web 2.0 »), des citoyens inventent des pratiques neuves qui, de proche en proche, contribuent discrètement mais en profondeur à transformer la République et donc à faire reculer ce sentiment mortifère de déclin irrémédiable. Sans avoir fait l'inventaire exhaustif de ces initiatives, nous avons voulu rappeler, avec André-Yves Portnoff, combien il était urgent que se multiplient ces comportements généreux et innovateurs pour que nous prenions chacun en charge le progrès de notre environnement proche : « Aux actes, citoyens ! » (3).
1. François Flahault ; Où est passé le bien commun ? ; Éditions Mille et une nuits ; 2011
2. Tzvetan Todorov ; La tyrannie de l'individu ; Le Monde ; 27/28 mars 2011
3. André-Yves Portnoff et Hervé Sérieyx ; Aux actes, citoyens ! (de l'indignation à l'action) ; Éditions Maxima ; 2011.
Hervé Sérieyx vient de publier avec André Yves Portnoff : « Aux actes citoyens », aux éditions Maxima

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