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Le magazine des professionnels de la gestion territoriale.
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Article du numéro 420 - 15 avril 2011
« En voilà des sales types, les gens ! ». Alphonse Allais résumait ainsi notre belle capacité gauloise à préférer le chacun pour soi à l'ouverture aux autres. Face à un monde de plus en plus incertain, c'est un luxe que nous ne pouvons plus nous offrir. Tous les articles du numéro 420 |
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L'aptitude à l'altérité et à la vie en réseau va devenir essentielle dans le monde de demain. À l'époque de la société collaborative, celui qui ne saura ni constituer, ni entretenir son réseau d'amis, de complémentaires, d'alliés, ni s'insérer dans des réseaux de compétences et de création pour y œuvrer en coopération, risquera d'être rapidement une personne socialement marginalisée. Nos exigences de qualité, la concurrence mondiale, les dangers liés à la puissance de nos moyens, tout cela va nous confronter à une complexité croissante des problèmes et de leurs solutions, toujours plus pluridisciplinaires, mobilisant plusieurs métiers, obligeant à collaborer, condamnant ceux qui s'isolent intellectuellement et affectivement.
Chacun constate que notre société fabrique de la « déliaison » - beau et triste mot d'Edgar Morin -, de profondes ruptures des liens sociaux entre les acteurs. Les sociétés occidentales connaissent de considérables fractures dans lesquelles les véritables relations fraternelles sont remplacées par des systèmes administratifs de solidarités institutionnelles. Les causes de cette déliaison sont connues : compétition économique, culte de la consommation, affaiblissement des solidarités militantes, multiplication des foyers monoparentaux...
Dans cette déliaison généralisée, l'ouverture attentive, positive, volontaire aux autres, ne constitue plus une attitude spontanée de l'homme occidental en général, et du Français en particulier. Au mieux, elle est intéressée : « Ce type, à quoi peut-il me servir, qu'est-ce que je peux en tirer ? »
À cette déliaison appauvrissante, opposons l'altérité. Edgar Morin appelle cela la « reliance », la décision forte, personnellement irréversible, de refuser le tropisme fatal et imbécile du « tous concurrents ». La décision consciente de préférer la richesse de la rencontre avec les autres, au risque d'y perdre et de s'y faire voler un peu de son originalité, de ses idées, de ce à quoi on tient parce que l'on pense en être, si peu que ce soit, le propriétaire ; la décision de croire dans l'apport des autres.
La véritable altérité est généreuse, gratuite. Elle est un pari sur la richesse inconnue de l'autre. Elle choisit le beau risque de la confiance, en sachant que si dans 10 % des cas, elle est trahie, elle ouvre presque toujours 90 % de nouvelles occasions de progrès, ce qui, face à l'incertitude galopante, est un taux de succès qu'on ne peut refuser. C'est en partie ce qu'exprime l'explosion sur Internet des « contenus générés par les utilisateurs » (ou User generated contents), de Wikipedia aux millions de blogueurs-citoyens et aux différentes collaborations dans les communautés, des réponses aux problèmes de vie courante aux authentiques co-créations.
Les autres sont notre meilleure chance, pour peu que l'on porte un sens fort en soi. Amin Maalouf (1) nous le rappelle : « Pour aller résolument vers l'autre, il faut avoir les bras ouverts et la tête haute, et l'on ne peut avoir les bras ouverts que si l'on a la tête haute : si, à chaque pas que l'on fait, on a le sentiment de se renier, la démarche est viciée ; cela cesse d'être un geste d'ouverture pour devenir un acte d'allégeance et de soumission. »
1. Maalouf Amin. Les identités meurtrières. Le livre de Poche, 1998.

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