| Lettre du cadre | Techni.Cités | Tessolidaire | Profession territoriale | Fiches pratiques | Dossiers d'experts | Classeurs |
Le magazine des professionnels de la gestion territoriale.
|
Le magazine des professionnels de la gestion territoriale.
|
A partir de : |
![]() |
Article du numéro 419 - 01 avril 2011
Mini ou micro... pour désigner aujourd'hui ces logements parisiens dont on écouvre, outre qu'ils sont « minuscules » - on n'ose écrire microscopiques -, que leurs loyers sont maxi, maximums, maximisés pour leurs propriétaires. Tous les articles du numéro 419 |
Télécharger cet article en PDF
Les professionnels ont coutume de parler de rente foncière pour décrire un mécanisme d'enrichissement lié à la propriété du sol. Une notion proche est vite apparue, la rente immobilière que chacun comprend : un placement de « père de famille ». Aujourd'hui, l'actualité braque les projecteurs sur une figure nouvelle : le microrentier. Serait-il le nouveau Thénardier de nos villes ?
La position de rentier peut se démocratiser et ne plus être réservée à de riches héritiers, actionnaires ou entrepreneurs : un « petit propriétaire » d'une chambre de bonne de 10 m2 dans un quartier moyen à Paris (1) se trouve à la tête d'un patrimoine qui vaudrait selon la Chambre des notaires environ 75 000 euros : il y applique un taux de rendement brut de presque 13 % (ce que demandent au minimum les fonds de pension). Il parvient ainsi à un loyer de quelque 800 euros/mois !
Imaginons que ce bien ait été acquis il y a une petite dizaine d'années pour la moitié de son « prix » actuel, et voilà la rentabilité qui double ! Autour de 25 % l'an en brut... de quoi se retrouver dans la cour des grands, voire dans celle des « marchands de sommeil ».
Mais Benoist Apparu parle de limiter cette manne, exactement à la moitié d'ailleurs. Il évoque un processus fiscal (malin !) de taxation au-delà de la barre - jugée excessive donc - des 40 euros par mois et par mètre carré ! Mais le sort de notre microrentier nous préoccupe assez peu, pour être tout à fait honnête.
Le moindre des paradoxes n'est-il pas que, dans ce contexte, ceux qui devraient se loger à bon compte, qui ne demandent que quelques mètres carrés, sont justement ceux à qui l'on fait payer le plus cher ? On le savait déjà avec les pauvres, de chez nous ou immigrés, victimes là de vrais marchands de sommeil ! Mais nos « mini-locataires » sont aujourd'hui souvent des enfants de la classe moyenne. Il est vrai que l'on n'est pas obligé de vivre à Paris ou à proximité. Il est vrai aussi que la vitalité économique de la capitale repose sur sa capacité à attirer - et donc à loger - talents et force de travail.
Rappelons que les hôtels meublés, aujourd'hui quasiment disparus, jouaient en grande partie ce rôle de loger des actifs seuls, souvent sur des durées moyennes. Et puis ne revenons pas sur la pénurie de logements étudiants... La solution pour notre mini-locataire est-elle de rester, ou d'aller « en province » ?
Ce débat, pour factice qu'il soit au fond (on feint de découvrir une réalité connue de tous !) met en lumière quelques questions simples sur la politique logement dans ces territoires où l'offre est structurellement inférieure à la demande. Ne veut-on y voir résider que des cadres de haut niveau sans enfants ? de riches quinquas étrangers ? quelques privilégiés (de fait) en HLM ou logement de fonction ?
J'imagine les commentaires sur les folies parisiennes : prends garde, ami lecteur de province te croyant à l'abri... Une société qui loge si mal ses jeunes - qui forment le gros de la troupe des candidats à un « micrologement » - peut réserver bien des surprises ! Le rapport Attali ne préconisait-il pas, face aux difficultés et aux « égoïsmes », de créer de toutes pièces de nouvelles... villes nouvelles... en province ?
1. Et encore, grâce à Marie-Noëlle Lienemann, ministre à l'époque, et son fameux décret de janvier 2002 décrivant le logement « indigne », il faut une surface minimale fixée à 9 m2, avec hauteur sous plafond d'au moins 2,20 m...

Votre panier est vide.